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Dossier : Rencontre Un secret |
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En 2004, Un secret était une autobiographie du psychanalyste Philippe Grimbert couronnée par un succès public et critique. Mêlant la petite histoire à la grande dans un drame poignant, il attire bien évidemment l'attention du grand écran. En 2007, il prend les traits d'un film réussi réunissant Patrick Bruel, Ludivine Sagnier et Julie Depardieu sous la direction de Claude Miller.
L'aventure commence par un Patrick Bruel profondément touché par cette histoire de reconstruction personnelle, et plus particulièrement par le portrait du père du narrateur ; et qui ne cache pas sa farouche volonté d'être de la partie : « J'ai voulu savoir très, très vite si quelqu'un avait les droits, si un metteur en scène était pressenti. On m'a donné le nom de quelques metteurs en scène, ceux qui avaient envie de le faire. Je m'en suis approché comme un acteur qui veut absolument faire ce film et faire ce rôle. Je n'allais pas du tout vers la bonne direction puisque que ce n'étaient pas du tout ces gens-là qui avaient le film. Et un jour par hasard, alors que j'avais rendez-vous avec Claude Miller le lundi midi, on me dit le samedi soir qu'UGC a les droits pour Claude Miller. Je suis tombé de mon siège, j'attendais le lundi avec impatience. »
« Je suis arrivé le lundi à un déjeuner où il voulait me parler de projets. J'étais ravi qu'on parle de projets. Il me dit « j'ai trois projets dont il faut que je te parle ». Formidable ! Ca fait quelques années qu'on faisait des déjeuners un peu informels parce qu'on avait envie de partager quelque chose ensemble. Et il me parle d'un premier projet, d'un deuxième projet, dont je me souviens même plus à l'heure qu'il est. Il me parle d'un troisième projet, là je me relève sur mon siège, et il me parle d'une série pour la télévision qui se passe en Afrique. Je lui dis « ça va pas le faire du tout, tu ne me parles pas de la seule chose qui m'intéresse et que t'as entre les mains ». Il me dit « Quoi ? », « Un bouquin ! », « Quoi, Un secret ? », je lui dis « Ben, oui. Maxime, c'est moi ». Il fait « Maxime, c'est toi ? », et il ne réfléchit pas longtemps et il fait « Ca pourrait être toi Maxime, c'est vrai. ». Et puis, un quart d'heure plus tard, il me tape dans la main et me dit « Maxime, c'est Toi ». Une belle histoire. C'est comme ça que ça s'est fait. »
Pour Claude Miller, « la première impulsion, c'est la rencontre d'une histoire d'amour assez transgressive, finalement, avec ce contexte de Shoah. Le fait que cette histoire d'amour, qui n'aurait pu être qu'une histoire d'adultère intentionnelle, et peut-être même pas réalisée, devienne une tragédie parce que ça se passe à cette époque. L'acte d'Anna, qui est le secret, n'aurait pas été possible si ça n'avait pas été à cette époque. Ce qui est un peu l'ordinaire de la vie des gens devient une tragédie. Dans toute ma vie de cinéaste, j'ai mis en scène des comportements transgressifs et j'ai toujours estimé qu'il n'était pas dans ma nature de cinéaste de les juger. Ce qui m'intéresse, c'est de le montrer, que le spectateur se fasse son idée, en discute après la séance. (…) Ce qui m'intéresse, c'est cette complexité, ce mystère, cette ambiguïté des êtres. »
Malgré sa conviction d'incarner Maxime, Patrick Bruel conservait cependant quelques doutes, « j'étais extrêmement sceptique quant à la manière dont il allait adapter. Ce n'était vraiment pas facile. Parce qu'il fallait choisir le point de vue, c'est vraiment un livre de points de vue, le point de vue du père, de la mère, de la sœur… Quand j'ai lu le scénario, j'ai eu exactement la même émotion que quand j'ai lu le bouquin, avec en plus la mise en vie des personnages. On leur mettait des dialogues, on les faisait parler, alors que dans le bouquin on ne parlait pas tellement. »
Doutes que n'a pas connus Julie Depardieu qui interprète Louise, elle aussi conquise par le travail scénaristique effectué : « J'ai lu le livre avant. Très peu de temps après, j'ai lu le scénario qui était très différent. Les deux, c'est une très grande émotion. C'était la même chose montrée différemment, deux émotions très violentes. Le livre et le scénario m'ont bouleversés, donc à partir du moment où Claude me demande d'être Louise, franchement c'est très émouvant. Je pense que cette femme qui ne juge pas, c'est vraiment une femme de confiance. Toutes ces personnes sont émouvantes et Louise aussi. Il n'y a pas un personnage qui me bouleverse plus. C'est le point de vue de cet auteur qui me bouleverse. »
SPOILERS !
Outre une formidable œuvre de fiction, Un secret s'avère un puit psychologique sans fond aux résonances plus ou moins profondes pour son équipe, qui nécessitaient des performances d'acteurs à la hauteur des thèmes explorés, comme lors de la scène clef où le secret prend forme par le prisme de Ludivine Sagnier, interprétant Anna :
«C'était la scène que je redoutais le plus. Quand on joue un personnage, on est obligé de le comprendre, de suivre son impulsion, d'avoir la même psychologie à un moment donné. Il fallait que j'arrive à comprendre l'acte irréparable qu'elle commet. Comment comprendre ? Ca c'est un travail de préparation psychologique. »
« On parlait avec Claude [Miller] du syndrome de Médée, qui est un syndrome, pas fréquent, mais assez connu en psychanalyse. Donc, je me suis penché un peu sur la question technique, ce que pouvait représenter ce symptôme de Médée, une femme qui va sacrifier par dépit. Pour tout un tas de raisons, elle va se retrouver amener à se sacrifier elle et ses enfants. J'ai essayé de chercher du coté psychanalytique et du coup d'élargir un peu mes recherches à d'autres cas, d'autres anecdotes auxquelles je pourrais plus m'identifier pour essayer de comprendre le chemin psychologique parcouru et jouer cette scène sans évidemment le moindre jugement. Je n'avais pas à juger cette femme, il fallait que je la comprenne. »
FIN DES SPOILERS
Le personnage de Maxime, campé par Patrick Bruel, revêtait lui aussi une certaine complexité à travers ses actions : « Ca m'intéressait pas de jouer un personnage au premier degré antisémite, ce qui m'intéressait c'est de savoir pourquoi on pouvait penser qu'il y a avait une ambiguïté, pourquoi cette ambiguïté, qu'est-ce qu'il cultivait, qu'est ce que Maxime voulait dire, ce qu'il était par rapport à ça. Cette ambiguïté est intéressante car il tombe amoureux d'une autre femme le jour de son mariage. Elle est blonde aux yeux bleus, les cheveux très courts, type aryen. »
« C'est un personnage blessé, un personnage qui s'isole, qui a des failles, des excès de confiance, de doute. C'est un être extrêmement friable. Pour aller le chercher, il faut forcement occuper l'une de ses composantes à un moment de ma vie où je me pose énormément des questions. Je ne dis pas que le film y répond, mais se les poser n'est certainement pas mauvais pour le personnage. »
Le film semble, en effet, avoir confronté le comédien à des expériences personnelles, qui n'étaient pas forcement celles qu'il avait soupçonnées : « On me demande souvent si on sort intact d'un film comme celui-là, je dis qu'il ne fallait pas être tout à fait intact pour y rentrer. Toutes les composantes de ce film sont des choses assez traumatisantes, la guerre, la Shoah bien sûr. Tomber amoureux d'une autre femme le jour de son mariage, c'est troublant. »
« Prendre un enfant dans ses bras et voir une telle ressemblance physique avec moi petit. Les photos de Simon, c'est moi petit. Moi petit, ce sont mes deux enfants. J'avais vraiment mon enfant dans les bras, quand j'étais fier de lui, quand je le montais en haut de la corde, quand je faisais du sport avec lui… Les journées que je passais avec lui, je m'entendais super bien avec le gosse, il se passait un truc. Il se passe un truc très fort avec lui pour le meilleur et pour le pire. »
« Le meilleur, c'est ce que je viens de décrire, et le pire, c'est quand j'imaginais les choses, quand je faisais un transfert obligatoire, l'âge… C'était très difficile d'éviter des larmes qui auraient été hors-sujet. C'était compliqué. Ca a été très traumatisant pour moi. »
Ainsi, la rencontre avec l'auteur du livre avait déjà été charnière en termes d'émotions :
« Philippe Grimbert est venu sur le tournage. Il était très ému et très touché de voir son père et sa mère au cinéma, et il nous trouvait une crédibilité ce qui est plutôt agréable, flatteur… c'était de l'ordre des choses normales, c'était intéressant. Ce qui était beaucoup plus surprenant, plus troublant et bouleversant, c'est quand il est venu à la synagogue, le jour du mariage, quand il est venu voir cette partie qu'il n'a jamais connu, cette partie de ce secret qui a été de son imaginaire. La première fois qu'il a vu Simon en vrai, c'était un choc, quand il a vu Ludivine, quand il a vu son père se marier avec cette première femme, cet enfant, cette histoire, la synagogue. Philippe Grimbert dans une synagogue, ça résonne aussi de façon incroyable… Ca a été très touchant, c'était ça la source d'inspiration pour essayer de travailler dans la continuité du livre. Je n'ai pas été voir Philippe Grimbert en lui disant raconte-moi ta vie, j'ai vais essayer de refaire… Je n'ai pas fait ça, j'ai pris le livre, une fiction et juste avancer dans la fiction. Mais j'avais quand même ce regard-là bienveillant, très ému et très touché. »
Même les séances de maquillages nécessaires à son vieillissement pour certaines scènes prenaient un tour introspectif inattendu : « ce qui est troublant, c'est le miroir en face de soi, on n'a pas le droit de parler, de bouger pendant 4 heures. On est en face de soi et on voit la dégradation lente, ce qu'on va devenir. Pour quelqu'un qui a plutôt peur de la mort et qui craint la vieillesse, c'est spécial de voir apparaître un membre de sa famille, un grand oncle. »
Un secret permet aussi à Claude Miller d'évoquer une part de son enfance, jamais mise en avant jusqu'alors : « C'était une façon de rendre hommage à mes parents. Je n'ai jamais abordé ces thèmes-là dans mes films. La rencontre avec ce roman a fait que ça m'ouvrait la porte pour pouvoir le faire. Ce n'était pas tellement par rapport à cette période, c'était vraiment par rapport à mes parents parce qu'il se trouvait une familiarité de situation assez troublante. Par exemple, l'histoire de l'étoile : mon père qui était un jeune homme, qui n'avait pas 30 ans en 42, est allé faire la queue un dimanche à la préfecture pour aller chercher l'étoile. Il faisait chaud, c'était un type très sanguin, impétueux. Ca l'emmerdait, c'était trop long. Il est parti et on n'a jamais pris d'étoiles et ça nous a sauvé la vie. Quelques semaines plus tard, on partait se cacher sous la ligne de démarcation. Je sentais une grande familiarité même de milieu social. Ce milieu social, ni petit bourgeois, ni grand bourgeois, genre moyen. C'était vraiment ma famille. Donc ça m'a permis de rendre une espèce de tribut aux miens. Je ne pense pas avoir pu le faire avant, pas seulement à cause de l'aspect historique des choses mais aussi de tout l'aspect passionnel, des thèmes passionnels de cette histoire. Je crois que c'était le meilleur moment pour moi pour le faire. A 65 ans, on n'est jamais intact. Donc je l'ai fait comme un homme de mon âge. »
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Publié
le 06/10/2007 par Steve Gallepie
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