Après quelques années de relatif silence, Valérie Lemercier revient peu à peu sur le devant de la scène. Retour sur son parcours à l'occasion de la sortie de L'Invité.
Pour certains, elle est cette bourgeoise pète-sec qui l'a révélée à ses débuts. Pour d'autres, elle est la bête de scène qui fait hurler de rire les théâtres parisiens depuis 20 ans. Pour d‘autres encore, elle est cette réalisatrice à l'humour acide et décapant. Ou bien une énergique maîtresse de cérémonie des Césars. Ou encore une inoubliable femme fragile perdue dans des embouteillages un Vendredi soir. Et bien d'autres choses encore. Valérie Lemercier est tout cela à la fois.
« C'est moi qui l'ai fait ! »
Et pourtant, on ne peut pas dire que le destin prédestinait cette fille de la campagne, née à Gonzeville dans une famille d'agriculteurs aisés, à rejoindre le monde du spectacle. Timide et farouche, Valérie Lemercier grandit avec ses trois sœurs, et se distingue très vite à l'école où elle passe son temps à amuser la galerie. C'est donc tout naturellement qu'elle finira par intégrer le Conservatoire de Rouen. A 18 ans, elle monte à Paris, et commence la vie de galère des apprentis comédiens, alternant petits boulots et cours d'art dramatique. La chance finira cependant par frapper à sa porte, sous les traits de Jean-Michel Ribes. Nous sommes en 1988, elle a 22 ans, et le prestigieux metteur en scène lui offre un rôle dans la série Palace. Sa carrière est lancée. Au milieu d'un casting prestigieux d'acteurs célèbres ou appelés à le devenir rapidement (Alain Chabat, Christian Clavier, Pierre Arditi, Michel Blanc…), la jeune Valérie incarne Lady Palace, gardienne guindée du bon goût. Elle trouve ainsi le rôle qui l'enfermera pendant longtemps dans un style qui la rendra célèbre : la bourgeoise coincée. Elle l'exploite aussitôt sur scène, mais aussi à la télévision, et la France reprend bientôt en cœur le menteur « C'est moi qui l'ai fait ! » d'une pub pour surgelés.
Le coup de pouce des Visiteurs
Et c'est tout naturellement qu'elle fait en 1990 ses premiers pas au cinéma. Si Après après-demain de Gérard Frot-Coutaz n'a pas franchement laissé de souvenirs impérissables dans les mémoires, Milou en mai lui permet en revanche de se frotter à deux monstres sacrés du cinéma : Louis Malle et Michel Piccoli. Pas mal pour un début ! Mais là encore, la comédienne exploite son personnage de bourgeoise, que l'on retrouvera dans nombre de comédies françaises de qualité franchement variable (Opération Corned-beef en 1991 , Sexes faibles ! en 1992). C'est alors que Valérie Lemercier commence à se lasser quelque peu de son rôle qu'on lui propose celui qui va faire d'elle une star, et fixer sa composition au panthéon de la comédie. Ce rôle, c'est évidemment celui de Béatrice de Montmirail dans Les Visiteurs, dans lequel Jean Reno et Christian Clavier se retrouvent propulsés directement du Moyen-Age au XX° siècle. Le film attire 13,7 millions de spectateurs en 1993, et vire presque au phénomène de société (les « Okaaaaaaayyyyyy !!! » fusent à tous les coins de rue). Nommé au César du Meilleur Film (qu'il n'obtiendra pas, Dieu soit loué), Les Visiteurs permet à Valérie Lemercier d'atteindre la reconnaissance de ses pairs en décrochant son tout premier César du Meilleur Second Rôle Féminin. Face au succès, une suite – qui se révélera immonde – est rapidement mise en projet. Mais l'actrice refuse catégoriquement de reprendre un personnage qui l'a épuisée, et avec lequel elle dit se sentir mal à l'aise. En 1998, Les Visiteurs 2 : les couloirs du temps sort avec Muriel Robin en lieu et place de Valérie Lemercier. La comparaison n'est pas à l'avantage de la remplaçante, et c'est peu de le dire. L'aventure des Visiteurs s'achèvera en 2000 avec un encore plus pitoyable Visiteurs en Amérique. Mais à cette date, Valérie Lemercier est loin, très loin de tout cela.
Une actrice multi-fonctions
Alors que la suite logique d'un tel triomphe l'aurait vue enchaîner les comédies populaires à un rythme infernal, Valérie Lemercier se fait discrète sur grand écran. On la voit en veuve joyeuse dans La Cité de la peur avec ses copains les Nuls, puis dans l'inattendu Casque bleu de Gérard Jugnot, avant de faire une apparition américaine dans Sabrina, le remake mollasson du chef-d'œuvre de Billy Wilder par Sydney Pollack. Mais c'est sur scène que l'actrice se sent le plus à l'aise. Ses one woman show sont des succès critiques et publics, et elle sera récompensée par trois Molières du Meilleur 'one man show' ou spectacle de sketches, en 1991, 1996 et 2001. On la voit même s'essayer à la chanson, et elle sort en 1996 un album, baptisé Valérie Lemercier chante, enregistré avec l'ex-idole des 60's Bertrand Burgalat. Certes, « Goûte mes frites » ne révolutionnera pas l'Histoire de la musique, mais l'humour poil-à-gratter de l'humoriste se retrouve à chaque vers. Son humour décapant s'affirme et devient reconnaissable. La plume la démange manifestement, et après quelques publicités destinées au petit écran, Valérie Lemercier signe enfin son premier long-métrage, Quadrille. Il s'agit de l'adaptation d'une pièce de théâtre de Sacha Guitry, dans laquelle elle se met en scène aux côtés d'André Dussollier (encore un ancien camarade de Palace), Sandrine Kiberlain et Sergio Castellitto. Quel rôle y tient-elle ? Celui d'une actrice de théâtre… Deux ans plus tard, Valérie Lemercier transforme son coup d'essai avec une deuxième réalisation : Le Derrière. Elle y incarne une jeune femme de la campagne découvrant que son père (Claude Rich) qu'elle n'a jamais connu, est un homosexuel très parisien. Choc des cultures assuré ! Difficile de ne pas faire le rapprochement entre l'héroïne du film et la comédienne elle-même, provinciale débarquée toute jeune à Paris. Mais l'on voit surtout se profiler l'un des traits préférés de Valérie Lemercier : se moquer du politiquement correct. On la voit par la suite très peu hors de ses spectacles, et ses seules participations cinématographiques restent des doublages pour le dessin-animé Tarzan, et le Chicken run de Nick Park et Peter Lord. Partenaire récurrente de Kad et O pour d'hilarants sketches télévisuels, elle ne reviendra pas au cinéma avant 2002. Mais la surprise est de taille.
Et le vilain petit canard devint cygne
On avait jusqu'ici toujours connu l'actrice dans des rôles extravagants, pour lesquels elle se plaisait à se travestir, se vieillir, voire s'enlaidir. Claire Denis lui offre alors un contre-emploi qui va bouleverser tout ce que l'on croyait savoir de l'actrice. Dans Vendredi soir, tiré d'une nouvelle de Emmanuèle Bernheim, elle est Laure, jeune femme coincée dans les embouteillages parisiens un soir des grèves de 1995, et qui va prendre en stop le mystérieux Jean (Vincent Lindon). Ils finiront par passer la nuit ensemble. Qui aurait imaginé la peu glamour Lady Palace dans la peau d'un personnage aussi sensible, pudique et sensuel ? En tout cas, Valérie Lemercier s'en tire à merveille. Ce rôle sera un tournant décisif dans sa carrière. Après quelques années d'un relatif silence (elle fait des apparitions dans RRRrrrr !!! et Narco, puis fait un doublage pour Le Manège enchanté), Valérie Lemercier tourne son troisième long-métrage, et le plus abouti à ce jour. Pour Palais royal !, elle réunit un casting… royal, et s'associe les services de Catherine Deneuve et Lambert Wilson. Un fois encore, elle tient le rôle principal, celui d'une orthophoniste mariée à un prince de la famille royale, et qui va se retrouver reine bien malgré elle. C'est là qu'explosent toutes les thématiques chères à l'actrice. Le politiquement correct et les apparences sont passées à la moulinette à travers cette simple question : la gentillesse en est-elle encore lorsqu'elle est mise en scène et orchestrée ? C'est là toute l'histoire d'Armelle, d'abord princesse gourdasse et raillée, qui va bientôt se transformer en reine de cœur pour ses sujets. Mais c'est aussi l'histoire d'un vilain petit canard devenant cygne. Et donc, quelque part, l'histoire de Valérie Lemercier, comédienne ayant débuté en jouant des sexagénaires à l'âge de 20 ans, et qui avait pris l'habitude de se cacher derrière des lunettes à double foyer ou des perruques poussiéreuses. Comme le dira Catherine Deneuve à son sujet : « Je crois qu'elle abandonne beaucoup de choses quand elle fait un spectacle, et c'est une façon de tourner en ridicule ce qu'elle aime le moins chez elle. Aujourd'hui, elle en joue moins, je crois qu'elle accepte mieux sa beauté et, surtout, sa singularité. » Et en effet, lorsque l'actrice apparaît pour la première fois en maîtresse de cérémonie des Césars en 2006 dans un tailleur chic, on a du mal à faire le rapprochement avec Frénégonde de Pouille. Valérie Lemercier en est – bien sûr – consciente : « Tout ce qu'on peut faire pour changer, pour modifier la perception que les gens ont de nous – ou même la nôtre ! – n'est pas vain. Mistinguett ne pensait pas à autre chose quand elle disait « Mes jambes sont sorties de ma tête. » Elle n'avait pas forcément les plus belles jambes du monde, mais elle était arrivée à le faire croire, et peut-être même à le croire aussi. »
La voie royale
Palais royal ! est un succès, et Valérie Lemercier est nommée au César de la Meilleure Actrice, qui ira finalement à Nathalie Baye pour Le Petit lieutenant. Mais la comédienne livre ce soir-là une performance d'anthologie en maîtresse de cérémonie déchaînée, réveillant une salle glaciale, et gérant avec grand professionnalisme les perturbations générées par l'intervention d'intermittents du spectacle énervés. Sa prestation servira de tremplin à son grand retour au cinéma, et on la verra dans deux films au cours de l'année 2006. Si Le Héros de la famille, sorti en décembre, ne restera pas dans les annales malgré son casting brillant (Catherine Deneuve, Emmanuelle Béart, Miou-Miou, Gérard Lanvin, Géraldine Pailhas…), c'est Danièle Thompson et son Fauteuils d'orchestre qui lui fait le plus beau cadeau. Valérie Lemercier incarne au milieu d'un casting de premier ordre (décidément…) une actrice à succès rêvant de films d'auteurs. Sa scène face à Sydney Pollack en réalisateur célèbre, qu'elle supplie de lui confier un rôle, devient instantanément culte. Cette fois-ci personne ne s'y trompe. Et au cours d'une cérémonie des Césars 2007 exceptionnelle, après avoir dansé sur Zouk-Machine, fait s'embrasser toute une salle de convives, ressuscité Rabbi Jacob, offert des séjours de découverte de l'huile d'olive et affirmé préférer le « Jude Law » au jus d'orange, Valérie Lemercier reçoit son deuxième César pour le Meilleur Second Rôle Féminin, remis par un Gérard Darmon complice et face à une salle enthousiaste.
La suite ?
Valérie Lemercier est donc bel et bien de retour, débordante de projets, et personne ne s'en plaindra. Outre L'Invité, qui sort ce mercredi, on a pu cette année apprendre avec plaisir que l'actrice tournait Agathe Cléry, une comédie musicale sous la direction d'Etienne Chatiliez, avec aussi Anthony Kavanagh, Jean Rochefort et Isabelle Nanty. L'actrice confirme ainsi son attachement à la musique, quelques mois à peine après avoir enregistré « Pourquoi tu t'en vas ? » avec Christophe Willem. Doit-on s'attendre à un nouvel album de la part de la maîtresse de cérémonie ? Elle seule le sait, et bien malin celui qui saura prévoir ce que nous prépare cet électron libre de grand talent.
Quelques vidéos
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Enterrement de jeune fille agité avec Kad et O
La Partouze, toujours avec Kad et O
Tiphanie est en galère, ou les jeux de l'amour. Avec Kad et O, une tragédie antique en 717 avant Britney Spears
Une entrée endiablée aux Césars 2007 sur Zouk Machine