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Dossier : Rencontre Age d'homme |
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A l'occasion de la sortie de L'âge d'homme, rencontre avec le réalisateur Raphael Fejtö et ses acteurs Romain Duris et Aïssa Maïga.
Alors que la conférence de presse n'est pas encore commencée, le trio formé par le réalisateur Raphael Fejtö et ses deux acteurs Romain Duris et Aïssa Maïga est déjà déchaîné. Après un petit tour de chant du comédien, la discussion avec les journalistes peut commencer, une discussion conviviale où l'on peut se rendre compte de la complicité entre Fejtö et Duris. Les deux hommes se sont rencontrés sur le tournage d'Au revoir les enfants de Louis Malle alors qu'ils n'avaient que 12 ans. Des années à regarder des films ensemble après, l'acteur de L'Auberge Espagnole joue dans Osmose, le premier long de Raphael Fejtö, l'un de ses meilleurs amis devenus réalisateur. Pour son second film, L'Age d'homme… maintenant ou jamais !, il a décidé de faire à nouveau appel à son ami de 20 ans pour le rôle principal et nous confie « C'était une évidence que Romain joue dans ce film par ses qualités d'acteur. Non seulement c'est un grand acteur, mais je pense qu'il a un registre très grand et ça m'a amusé de l'imaginer passer à ce point là d'un état à un autre, du comique à l'émotion, au burlesque. Je pense qu'il y a assez peu d'acteurs capables de telles performances».
Raphael Fejtö tient toutefois à préciser : « J'aime le concept de famille de cinéma, travailler avec des gens qu'on aime et ne pas penser le cinéma comme quelque chose de professionnel au sens négatif du terme. Mais dans famille, il y a aussi quelque chose d'un peu autiste. J'aime bien me dire qu'à chaque fois que j'écris un projet, ça reste ouvert. Peut-être à 90 ans, au bout du 28ème film avec Romain, on me dira encore « est-ce que vous pensez le reprendre pour votre prochain film ? » et je répondrai toujours la même réponse « d'abord y'a une envie de faire un film et après qui prendre ? ». Pour preuve, si Clément Sibony et Rachid Djaidani étaient déjà de l'aventure Osmose, Aïssa Maïga est elle une nouvelle venue. Sa présence au générique n'était pourtant pas une évidence. En effet, Raphael Fejtö avait écrit le rôle pour une blonde. Après plusieurs castings infructueux, la directrice de casting fait passer des essais à Aïssa Maïga qui séduit immédiatement le réalisateur. Ayant déjà jouée avec Duris dans Les Poupées russes, l'actrice trouve facilement sa place avec ces deux hommes.
Si L'Age d'homme… maintenant ou jamais ! n'est pas une réussite totale, Raphael Fejtö a eu le mérite de prendre des risques sur la construction narrative de ses deux premiers films. « Ce que je veux raconter ne peut pas se raconter d'une manière classique. Du coup, arrive à chaque fois une forme différente. Mon premier film, c'étaient des saynètes séparées par des cartons, là c'est plutôt une autre idée. Je voulais tout réduire dans un espace temps limité : 24 heures dans une ville. Ca me permet de passer de scènes en scènes de cette manière. Ca m'apporte une plus grande liberté dans la narration. Du coup je peux mettre en valeur chaque scène, sans qu'une scène en amène forcément à une autre, mais c'est l'agencement des scènes qui va créer quelque chose. » Pour ce qui est de la musique, argument mis en avant lors de la promotion du film notamment à cause de la présence d'une chanson de Mika, Raphael Fejtö explique avoir choisi des chansons préexistantes qui apportaient quelque chose selon l'état d'esprit de son personnage et qui pouvaient être écoutées par un trentenaire dans de nombreux pays. Une musique originale lui aurait fait perdre cette universalité. Que ce soit pour la bande-originale ou pour la réalisation, il semble avoir bénéficié d'une liberté et d' « une jeunesse d'esprit » qui l'a lui-même surpris de la part de son producteur, et qu'il n'aurait peut-être pas trouvée chez « des jeunes producteurs indépendants parisiens plus coincés, plus formatés».
Avec une mise en scène assez simple, Raphael Fejtö avoue avoir voulu faire un film d'acteur. Des comédiens qui semblent totalement libérés dans les scènes de comédie. « J'aime que les journalistes se demandent si c'est improvisé ou pas, savoir si c'est sorti naturellement de l'acteur. C'est le plus grand compliment qu'on puisse faire à un réalisateur ou à un acteur. Mon premier film avait peut-être un peu plus d'improvisation. Dans celui-là, j'avoue que c'est très écrit. J'aime avoir un scénario très écrit, mais mettre les comédiens dans des conditions où ils doivent réinventer leurs dialogues avec de toutes petites choses plus fines qu'inventer des phrases, par des manières de se comporter, des gestes, des regards... Très souvent avec Aïssa et Romain, toutes les prises sont radicalement différentes avec un dialogue qui est pratiquement le même. C'est peut-être ça qui donne cette sensation d'improvisation.» Romain Duris, lui, nous explique les avantages de jouer sous la direction d'un réalisateur à l'écoute de ses comédiens, de leur feeling et qui cherche le dérapage. « A chaque fois, on récrée la vérité de l'instant. On ne cherche pas à approfondir une prise numéro 1. On revit la chose comme si on ne l'avait jamais vécue. Si on n'a pas une caméra qui suit, si c'est trop cadré, programmé, c'est pas possible. Ca se joue à pas grand-chose car le cadre est très précis, on n'est pas non plus freestyle mais on sent qu'on est libre ».
Malgré sa prolifique carrière, Romain Duris nous explique avoir eu le trac, surtout la première semaine de tournage, l'exigence entre les deux amis et les moyens techniques plus lourds que sur Osmose n'ayant pas aidé. Il tient toutefois à préciser qu'être à l'aise est un piège dangereux pour un acteur. Essayant de rester mystérieux sur sa vraie nature, cet acteur aux multiples visages déclare « J'aime tous ces personnages différents. Je prends mon pied à chaque fois. » Toutefois, jouer des caractères qui ne lui ressemblent pas lui demande beaucoup plus de travail. « J'ai besoin d'aller chercher comment ils fonctionnent, ce qu'ils ont pu traverser dans leur vie, où ils ont pu habiter… Ca m'est apparu pour L'Auberge Espagnole. J'ai eu besoin pour la première fois d'aller imaginer son adolescence, les raisons pour lesquelles il se retrouve à 25 ans avec ces questionnements. J'avais besoin de savoir : est-ce qu'il a fait une crise d'adolescence ? Est-ce qu'il s'entend avec ses parents ? Les autres personnages que j'avais joués ne m'avaient pas demandé cette recherche».
Pour L'Age d'homme… maintenant ou jamais !, Duris joue un rôle passant dans de nombreux registres puisque tout le film tourne autour de lui, et qui se réfère peut-être plus à son ami réalisateur qu'à lui. Lorsqu'on pose à Raphael Fejtö, réalisateur de 32 ans, la part de lui qu'il y a dans Samuel, son personnage réalisateur de 30 ans, il répond en se référant tout d'abord à Woody Allen, sa plus grande inspiration pour ce film, avant d'avouer : « Il y'a une part d'autobiographie mais ce qui était amusant avec Romain, c'était de créer un personnage qui ne soit pas moi. Je pars d'observations de la vie, c'est mon matériau de base. Je suis parti de moi, mais aussi d'autres gens, et notre plus grande ambition était de créer un personnage qui n'existe pas. Un moment fort du tournage a été lorsque Romain et moi avons eu le sentiment d'avoir créé ce personnage. Ca nous a donné une autre manière d'y accéder parce qu'il existait. Après la question était : comment le nourrir ? » Le réalisateur scénariste se défend aussi d'avoir voulu faire une étude sur les trentenaires. « Ca représente peut-être un certain type de trentenaire. En tout cas, c'est ce que j'ai observé autour de moi. En tant que trentenaire, j'ai peut-être plus accès à des gens de cet âge, pas avec un recul comme si j'avais 40 ou 50 ans».
Reste que la plus grande fierté de Raphael Fejtö est que ce travail de composition, et le trac que tout le monde avait sur le tournage, ne se voit pas, et qu'on lui fasse régulièrement la réflexion qu'il a dû participer au tournage le plus cool de l'histoire…
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Publié
le 06/09/2007 par Yannick Gallepie
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