Figure à part dans un cinéma coréen qui a explosé ces dernières années en Occident, le prolifique Kim Ki-duk nous revient cette année avec deux films, Time, sorti le 8 août, et Souffle en novembre.
Les débuts d'un autodidacte
Né le 1er janvier 1960 dans un petit village de campagne de Corée du Sud,
Kim Ki-duk grandit très loin du milieu cinématographique. Si sa famille déménage à Séoul alors qu'il a 9 ans, on ne peut pas dire que le garçon adopte un style de vie de citadin puisqu'il intègre une école d'agriculture. Le destin du jeune homme semble toutefois loin d'être fixé. A 17 ans, il commence à travailler à l'usine. De 20 à 25 ans, il s'engage dans la marine avant de passer deux ans dans un couvent. Alors qu'il pensait devenir prêtre, on retrouve
Kim Ki-duk à 30 ans à Paris étudiant les Beaux-arts. Ayant dépensé toutes ses économies pour se payer le billet d'avion, il vit en vendant ses peintures sur les trottoirs parisiens. Après deux ans, il retourne en Corée avec une nouvelle passion découverte pendant son séjour : le cinéma.
En 1992,
Kim Ki-duk décide de se lancer activement dans le cinéma, et cela passe selon lui par des concours de scénario. Cet autodidacte débutant est très vite remarqué puisqu'il gagne, de 93 à 95, plusieurs concours d'envergure nationale pour des scripts qu'il ne réalisera jamais. Alors qu'on ne lui connaît pas de carrière dans le court métrage, l'impatient coréen passe directement au long métrage en réalisant son premier film,
Crocodile, en 1996. Il y montre déjà sa fascination pour les amours étranges puisqu'il y raconte comment un SDF sauve une femme du suicide, la viole jusqu'au moment où elle tombe amoureuse de lui … Homme à tout faire sur ses réalisations,
Kim Ki-duk s'improvise aussi pour ce film attaché de presse puisqu'il doit appeler lui-même les journalistes pour qu'ils se déplacent aux projections du film. Seul les programmateurs du Festival international du film de Pusan en Corée semblent s'intéresser à ce jeune réalisateur et décident de diffuser son film pendant l'événement, lui donnant ainsi un petit coup de pouce.
Loin de se laisser abattre,
Kim Ki-duk sort un second film la même année.
Wild animals s'inspire de son vécu puisque l'action suit un peintre coréen vendant ses toiles dans les rues de Paris pour survivre et se liant d'amitié avec un ancien militaire nord-coréen. Malgré l'étonnante présence de Richard Borhinger au générique, le film n'a été diffusé en France qu'en 2004 lors d'une rétrospective
Kim Ki-duk au festival du film asiatique de Deauville. Il tourne ensuite
The Birdcage Inn, où il décrit le destin d'une prostituée : cette fois, le film obtient une diffusion lors de l'AFI Fest à Los Angeles. Kim Ki-Duk sera ensuite diffusé en Russie pour
Real Fiction, un film tourné en temps réel.
L'explosion en Occident
C'est en 2000 que sa carrière de réalisateur décolle à l'international grâce à l'intriguant
L'île. Abordant à nouveau le thème de la prostitution et des relations amoureuses, il place cette fois son action dans de minuscules cabanes flottantes louées aux pêcheurs, donnant ainsi une ambiance unique au film. Accueilli assez froidement, voire conspué, dans son pays d'origine,
L'île permet à
Kim Ki-duk de se faire connaître au niveau international. Le film est sélectionné au festival de Venise en 2000. Le réalisateur en repart avec une mention spéciale et une réputation des plus étranges puisqu'un journaliste italien s'est évanoui lors d'une projection presse alors qu'une scène difficile passait à l'écran. Projeté et récompensé dans d'autres festivals européens ou à Toronto,
L'île est le premier
Kim Ki-duk à connaître une sortie dans de nombreux pays dont la France. Malgré cela, le coréen est frustré de l'indifférence ou de la haine qu'il suscite dans son pays et décide un boycott des interviews qui ne tiendra pas bien longtemps.
Toujours aussi prolifique,
Kim Ki-duk enchaîne avec deux films en 2001,
Address Unknown et
Bad Guy. Le premier, explorant les stigmates de la guerre de Corée dans la société actuelle, permet au réalisateur de revenir au festival de Venise. Avec le second, il passe encore un cap. Outre une sélection à Berlin,
Bad Guy est le premier succès commercial de
Kim Ki-duk en Corée, un succès arrivé un peu par hasard. En effet, après le tournage du film, l'acteur rejoint le casting d'une série à succès, attirant l'attention sur la réalisation de
Kim Ki-duk qui n'était pas encore sorti. Soutenu en plus par une bonne promo, le film est devenu une réussite surprise. Pour son film suivant, The Coast Guard, qui suit un militaire tuant quelqu'un à la frontière entre les deux Corées, le réalisateur essaie de réitérer l'expérience en engageant une star déjà confirmée mais le succès n'est cette fois pas au rendez-vous.
Après
L'île,
Kim Ki-duk connaît un second succès international, d'une autre ampleur cette fois, avec
Printemps, été, automne, hiver… et printemps. Réalisateur et scénariste de tous ses films, participant régulièrement à la direction artistique ou aux décors, l'autodidacte continue d'amplifier son emprise sur ses films en commençant à les monter. Merveille esthétique aux thématiques bouddhistes (religion qu'il a adoptée après avoir été athée puis chrétien), le fillm, dans lequel il joue également, suit le parcours, sur plusieurs années, d'un jeune moine éduqué sur un temple au milieu de l'eau. Le film remporte plusieurs prix dans différents festivals dont celui de Locarno et est un succès en salles pour ce genre d'oeuvres en Occident. Alors que le film n'est même pas encore sorti en France,
Kim Ki-duk reçoit déjà l'Ours d'argent du meilleur réalisateur pour son film suivant,
Samaria. Si la récompense a peut-être influencé le succès de son film contemplatif, il n'en est rien pour ce film plus réaliste, plus dur et beaucoup plus difficile d'accès, traitant à nouveau de la prostitution mais chez les adolescentes coréennes cette fois. Ce film marque les débuts de
Kim Ki-duk en tant que producteur à la tête de sa propre société qui produira tous ses films par la suite.
Kim Ki-duk revient ensuite à des thèmes plus romantiques avec
Locataires. Ecrit en un mois, tourné en 16 jours et monté en dix, l'histoire d'un homme pénétrant dans des maisons vides et y rencontrant l'amour avec une femme malheureuse dans son couple devient son plus grand succès et séduit à nouveau le public des festivals. Son traitement de la romance, muette, permet à
Kim Ki-duk d'obtenir la récompense du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise en 2004. Il décide ensuite de rester dans un univers proche avec
L'Arc, relation ambiguë entre un vieil homme propriétaire d'un bateau qui accueille des pêcheurs et une jeune femme qu'il a recueilli. Le film montre à nouveau l'importance primordiale du décor chez le réalisateur coréen et son affection pour des personnages quasi-muets. Toutefois, considéré par certains comme une redite de
Locataires, le film est moins bien accueilli que son prédécesseur.
L'Arc marque le début du sommet de la tension entre la Corée et un de ses réalisateurs le plus connus à l'étranger.
Kim Ki-duk est frustré par la constance de ses échecs publics et critiques, le public et les critiques coréens étant échaudés par le pessimisme et la noirceur sociale de l'œuvre du réalisateur. Il décide donc de s'occuper lui-même de la distribution de son film et, considérant que les journalistes peuvent bien payer leur place surtout si c'est pour dire du mal de ses films, n'organise aucune projection de presse.
Kim Ki-duk décide faire une petite pause d'un an mais ne revient pas assagi pour autant. En août 2006, alors qu'il commence la promo de son nouveau long métrage
Time, il fait parler de lui à cause de différentes interviews où il s'en prenait assez violemment au système cinématographique coréen, au réalisateur de
The Host Bong Joon-ho et au public coréen en général. Traitant globalement tout le monde de cons, il déclare qu'il n'exportera plus ses films en Corée, reniant ainsi son pays d'origine. Réalisateur au sang chaud, il revient toutefois assez vite sur ses paroles et présente ses plus plates excuses. La carrière internationale du coréen continue toutefois avec
Time, présenté et récompensé dans plusieurs festivals, et surtout
Souffle, son premier film en compétition à Cannes.
Avec 14 films en un peu plus de 10 ans, le peintre devenu cinéaste Kim Ki-duk s'est imposé comme l'un des réalisateurs les plus importants de la nouvelle génération coréenne pour les occidentaux. Autodidacte aimant maîtriser ses films de A à Z, il est aussi unique que prolifique. Ne lui reste plus maintenant qu'à conquérir une popularité qui le fuit toujours en Corée…