Cette semaine, après des années de rumeurs, John McClane revient sur nos écrans. L'occasion pour Cinéma-France de se pencher sur cette saga mythique du cinéma d'action. Yippee-ki-yay, motherfucker!
John McClane avant Bruce Willis
Fait peu connu, John McClane a eu une existence alors que
Bruce Willis n'était encore qu'un enfant. Alors connu sous le nom de Joe Leland, il s'agissait d'un héros de romans policiers écrits par
Roderick Thorp. On retrouve ce personnage dans deux livres de Thorp,
Le détective en 1966 et sa suite
Nothing lasts forever en 1979. Dans ce premier, le policier mène l'enquête sur un meurtre homophobe aux ramifications surprenantes. Le second opus le déstabilise puisqu'il se retrouve enfermé dans un gratte-ciel pris par des terroristes allemands et doit y retrouver sa fille et sa petite-fille, histoire que les scénaristes adapteront pour
Piège de cristal en 1988. Mais dès 1968, Joe Leland est incarné au cinéma grâce à
Le détective, l'adaptation de sa première aventure. Dans la peau du policier, Franck Sinatra et son costume trois pièces précède le marcel blanc de
Bruce Willis. La suite de la saga, elle, n'a plus aucun lien avec les romans originels.
Piège de cristal (1988)
Pur film de studio, on peut dire que
Piège de cristal, premier volet de la saga Die Hard, a connu un développement chaotique. A l'origine, le projet était sensé donner une suite à
Commando, film bourrin de 1985 où
Arnold Schwarzenegger jouait John
Matrix, un ancien commando qui part sauver sa fille emprisonnée dans un pays sous dictature et tue 81 personnes sur sa route. Le premier opus avait été proposé à
John McTiernan, qui avait préféré faire ses débuts sur long-métrage avec
Nomads en 1986 avant d'éclater en 1987 en dirigeant Schwarzenegger dans
Prédator. La
20th Century Fox décide alors de le rappeler pour lui proposer ce
Commando 2. Mais la production commence très mal puisque ni McTiernan ni Schwarzy ne sont emballés par le scénario. Le réalisateur finit par se laisser convaincre et les producteurs reviennent à la charge pour le musculeux autrichien avec un nouveau script nommé Die Hard, qui est globalement le même mais sous un autre titre ! La star de
Conan ne se fait pas piéger par cette ruse et refuse le rôle à nouveau.
Les producteurs partent donc à la recherche de leur tête d'affiche. Après l'alternative logique à Schwarzy,
Sylvester Stallone, on retrouve deux choix surprenants sur la liste des acteurs courtisés :
Burt Reynolds et
Richard Gere.
Bruce Willis est donc le cinquième choix. Il faut dire que cette solution était loin d'être évidente. L'acteur n'était connu à l'époque que pour son personnage de détective privé dans la série
Clair de Lune. De plus, ne pouvant abandonner ce rôle, il imposa un planning particulier au tournage puisqu'il ne pouvait être présent que la nuit, tournant sa série le jour. Maintenant aux commandes,
John McTiernan est bien décidé à réécrire un scénario qu'il n'aime pas. Le script changera ainsi même pendant le tournage, en parti nourri par la personnalité plus légère de
Bruce Willis. Le but est clair : donner un film d'action décomplexé et fun sans pour autant multiplier les cadavres comme un
Commando. Ainsi le premier coup de feu n'arrive qu'après 18 minutes.
Le tournage multiplie les cascades et même
John McTiernan mouille sa chemise de ce côté, notamment pour rassurer l'acteur
Alan Rickman. Le studio s'implique aussi puisque le tournage a lieu dans le futur immeuble de la
20th Century Fox, encore en construction à l'époque. A la sortie du film, le succès est à la fois critique et public. Tout le monde est séduit par la fraîcheur du scénario et par la réalisation de McTiernan. Mais c'est surtout le personnage de John McClane qui marque les esprits.
Bruce Willis devient une véritable icône, avec son marcel blanc, ses pieds nus marchant sur du verre et ses punch line dévastatrices dont le mythique « Yippee-ki-yay, motherfucker ! ».
58 minutes pour vivre (1990)
Suite au succès de
Piège de cristal, les producteurs n'allaient pas se priver de capitaliser sur cette nouvelle saga. La suite est à nouveau une adaptation, mais cette fois de
58 minutes de
Walter Wager. Le tout est mixé à la sauce Die Hard avec un maximum de ces petites phrases qui ont tant séduit le public. Cette fois, le pauvre officier John McClane se retrouve, un an jour pour jour (soit le soir de Noël) après sa première mésaventure, à l'aéroport pour venir chercher sa femme. Les choses se corsent lorsque des hommes à la solde d'un baron de la drogue viennent libérer leur chef qui est en train de se faire extrader par cet aéroport. Et c'est parti pour une nouvelle nuit de Noël de folie pour McClane !
Cette fois encore, les choses ne tournent toutefois pas exactement comme prévu pour les producteurs. En effet,
John McTiernan accepte dans un premier temps de réaliser cette suite mais, déjà sous contrat pour
A la poursuite d'Octobre rouge, il doit y renoncer. C'est
Renny Harlin, un réalisateur finlandais qui venait d'achever le quatrième Freddy et qui se révèlera par la suite l'un des pires tacherons hollywoodiens, qui hérite du projet. Le tournage recèlera aussi de son lot d'imprévus. Si le premier avait du être tourné entièrement de nuit, une autre obligation se rajoute pour ce second opus : la présence de neige. Malheureusement pour la
20th Century Fox, la neige semblait se dérober devant leur pas. C'est ainsi que le tournage dû être déménagé plusieurs fois et certaines scènes tournées avec de la neige artificielle. Le budget prend de l'ampleur en même temps que le retard sur le planning initial. C'est ainsi que
58 minutes pour vivre est achevé juste à temps pour sa sortie. Sans avoir l'impact du premier point de vue buzz, le film réussit un meilleur score au box office que
Piège de cristal, et les critiques soulignent son efficacité malgré un scénario assez inconsistant.
Une journée en enfer (1995)
Arrivant cinq ans après
58 minutes pour vivre, le développement de Une journée en enfer paraît encore plus improbable puisque le scénario ne devait absolument pas faire partie de cette saga à l'origine. Le scénariste quasi-débutant
Jonathan Hensleigh avait en effet écrit un script nommé
Simon says (« Jacques a dit ») qui devait être interprété par
Brandon Lee et où le personnage de Zeus était une femme. Après la mort tragique du fils de
Bruce Lee, le scénario est recyclé pour donner un nouveau volet à la saga de
L'Arme fatale. Finalement, les producteurs décideront d'en faire le troisième opus de Die Hard, qui cherchait depuis un moment un scénario du côté d'une nouvelle adaptation d'un livre.
Jonathan Hensleigh fait donc coller son script à l'univers pré-existant. Si le concept de la vengeance dictée par le jeu « Jacques a dit » était déjà présent, il rajoute un cambriolage et transforme Zeus en homme. Malgré cela, la première heure du film semble être fidèle à son premier scénario. Les scènes dans la Réserve Fédérale d'or lui valurent finalement quelques visites du FBI, assez curieux de savoir d'où venaient ces informations précises sur ce lieu tenu en parti secret. Le scénariste se défendit en citant un article du New York Times décrivant tous les détails présents dans le film.
Puisque la présence de
Bruce Willis est assurée, le studio obtient aussi le retour de
John McTiernan, réalisateur du premier opus, avec la double casquette de réalisateur/producteur. Toutes les conditions sont donc réunies pour faire de ce nouveau Die Hard une réussite, surtout avec un John McClane plus sombre. Le personnage est même jugé trop sombre dans une fin alternative où il poursuit pendant plusieurs mois le grand méchant et le tue par simple esprit de revanche. Le film n'est toutefois pas dénué d'humour, et John McClane se voit pour la première fois affublé d'un side-kick qui le suit tout au long du film, et qui l'aide à accomplir les épreuves que le frère du méchant de
Piège de cristal lui impose pour se venger. Pour ce rôle de co-équipier afro-américain, la production courtise d'abord
Laurence Fishburne qui refuse. C'est alors
Samuel L. Jackson qui est choisi, retrouvant ainsi
Bruce Willis qu'il avait côtoyé dans
Pulp Fiction. Après un moment d'hésitation,
Laurence Fishburne finit par accepter l'offre qui lui avait été faite mais trop tard. Pour le rôle du frère vengeur Simon Gruber,
John McTiernan choisit
Sean Connery qui refuse, rebuté par le caractère diabolique du personnage, et c'est donc
Jeremy Irons qui finit par l'interpréter.
La sortie du film fut difficile à gérer pour le réalisateur. Une journée en enfer étant à coup sûr classé R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés), il n'hésite pas à rajouter une petite scène de sexe entre
Jeremy Irons et l'actrice et chanteuse
Sam Philips. Il eut par contre beaucoup plus de scrupules en ce qui concerne le début. Le scénario décrivait en effet un immeuble qui explose dès la première scène, ce que tourna McTiernan. Malheureusement, un immeuble est la cible d'un attentat le 19 avril 1995 à Oklahoma City, causant 168 morts et 800 blessés. Le réalisateur envisage alors de supprimer sa tonitruante scène d'introduction ou de repousser la sortie à un moment moins sensible. Une journée en enfer sortit pourtant un mois jour pour jour après les attentats et fit un succès au box office. Si son score aux Etats-Unis est plus petit que celui de
58 minutes pour vivre, le film se rattrape à l'international.
12 ans de silence… ou Presque…
Si Une journée en enfer sonne comme le dernier épisode d'une trilogie, John McClane est bien devenu une icône du cinéma badass et a propulsé
Bruce Willis au rang de star mondiale, et son réalisateur
John McTiernan comme l'un des rois du cinéma d'action. Véritable référence, la saga est donc logiquement parodiée par la suite. On retrouve ainsi
Ben Stiller dans un marcel blanc le temps du mythique sketch
Die hard : Die Hungry ou encore Eric et Ramzy s'attaquant à
La Tour Montparnasse infernale.
Pourtant, des rumeurs commencent à circuler sur un nouveau Die Hard. Ainsi, le film se voit attribuer le sous-titre
Les Larmes du Soleil, que
Bruce Willis donnera finalement au film d'
Antoine Fuqua datant de 2003. En 2003 toujours, c'est de MTV que la surprise vient. La chaîne américaine suit la pseudo chanteuse et actrice
Jessica Simpson pour son émission de télé réalité
Newlyweds : Nick and Jessica. On peut voir dans un épisode la jeune blonde se rendre à l'audition pour jouer la fille de John McClane. La production ne la retiendra heureusement pas. On parlera ensuite de
Britney Spears pour jouer ce rôle à première vue maudit. Pour compléter la pléiade de chanteur/acteurs, c'est
Justin Timberlake qui sera quelques années plus tard en pourparlers pour jouer le fils de John McClane.
C'est un véritable avant-goût de Die Hard 4 que nous livre
Bruce Willis en 2005 avec
Otage. Le film est scénarisé par
Doug Richardson, qui avait signé le script de
58 minutes pour vivre et qui avait été longtemps annoncé pour celui de Die Hard 4 – Retour en enfer.
Bruce Willis y joue un ancien négociateur dont le moral est au plus bas, et qui doit faire face dans la même nuit à une prise d'otages et a un chantage mettant en jeu la vie de sa famille. Les producteurs, dont
Bruce Willis, font appel à
Florent Emilio Siri, jeune réalisateur français remarqué pour son pur film d'action
Nid de guêpes. Séduit par le résultat, l'acteur/producteur propose au frenchy de prendre la tête de Die Hard 4 mais celui-ci refuse, préférant se concentrer sur son film sur la guerre d'Algérie :
L'Ennemi intime.
Die Hard 4 – Retour en enfer (2007)
C'est mi-2006 que l'on apprend le nom du réalisateur du rebaptisé
Live free or die hard. Il s'agit de
Len Wiseman, ce qui ne rassure pas grand monde si ce n'est les fans hardcore de
Kate Beckinsale en tenue de cuir dans
Underworld. L'histoire est, elle, accueillie avec de grands yeux ronds puisque le policier à la retraite John McClane devra reprendre du service pour taper des terroristes utilisant les nouvelles technologies, aidé par un jeune hacker. Malgré le refus de
Florent Emilio Siri, il y a bien une french touch dans le film puisque le talentueux cascadeur-acteur Cyril Rafaelli, remarqué dans
Banlieue 13, fait parti des principaux bad guys affrontant
Bruce Willis.
Triste signe des temps, Die Hard 4 – Retour en enfer détonne dans la saga par l'aseptisation que lui font subir ses producteurs. En effet, de peur de perdre une partie du public, le montage a été fait pour passer face à la commission de classification américaine en interdiction aux moins de 13 ans, alors que les deux précédents volets (ou encore
Otage) étaient interdits aux moins de 17 ans non accompagnés. Une aseptisation, ou le vieillissement naturel du plus badass des policiers de la LAPD ? A vous de juger cette semaine en salle !