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Dossier : Rencontre Fragile(s) |
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A l'occasion de la sortie du film Fragile(s), Cinema-France a eu la chance de rencontrer le réalisateur Martin Valente, sa tête d'affiche François Berléand, et sa chouchoute Sara Martins.
Dès le début de la conférence réunissant une partie de l'équipe du film, François Berléand essaie de donner le ton en vannant votre humble serviteur sur la taille ridiculement petite de son MP3/magnétophone. C'est pourtant sur une tonalité plus sérieuse que le réalisateur Marin Valente évoque sa comédie dramatique chorale Fragile(s) et ses origines. « L'idée du film est venue après mon premier long métrage. Au moment où Les Amateurs sortait, je me sentais un peu orphelin de ce film, en décalage, plus dans celui-là mais pas encore dans un autre. Je me sentais un peu déphasé et voilà comment est née l'idée de faire un film sur la fragilité.» Valente explique le choix du film choral par l'envie d'un « foisonnement de vie, de traiter des gens qui n'ont la même problématique, la même vie. » tout en faisant attention à « ne pas créer des personnages pour créer des personnages».
Il s'applique ensuite à nous expliquer sa façon de travailler. « J'ai écrit le scénario à partir de quelques scènes précises et des dialogues, car j'ai besoin de faire dialoguer mes personnages pour les faire exister. J'avais envie de retravailler avec Sara et François, de leur proposer des personnages plus complexes. » Martin Valente et son actrice Sara Martins étant tous les deux d'origine portugaise, la ville très cinématographique de Lisbonne s'est donc imposée logiquement au scénariste. « Le scénario était écrit avec les trois histoires distinctes. J'avais les 10 minutes un peu mélangées des personnages, ensuite les trois histoires vraiment distinctes et la fin qui s'enchaînait parce que le rythme de lecture d'un scénario n'est pas le même que la musique des images. Si j'avais écrit de la même manière que le film est monté, ça aurait été incompréhensible ».
De la même manière, le tournage a été séparé en trois moyens-métrages qui ont duré trois semaines chacun. Cette segmentation était obligée pour que le réalisateur ne se perde pas dans ses multiples intrigues. Pour les comédiens, cela revenait à tourner un moyen métrage, sans se soucier de la partie des autres. « La difficulté de réaliser un film choral est de trouver la petite musique intérieur qui va guider tous les personnages, arriver à trouver le bon tempo. Ca se retrouve à l'écriture, au tournage et au montage. Il faut garder en tête cette petite musique».
Lorsqu'il parle de musique, Martin Valente semble plus inspiré que ses deux comédiens dissipés qui préfèrent se battre avec leurs pailles. « J'aime bien choisir des morceaux qui vont correspondre à ce que je vais écrire car il y a une interaction. La musique va m'aider à me mettre dans le sentiment de ce que je vais écrire. J'avais fait travaillé Denis Mériaux, le compositeur, en amont, sans qu'il ait lu la moindre ligne, juste en lui parlant de ce que je voulais. Du coup, j'ai écouté une quinzaine de morceaux en boucle pendant 6 mois, on les écoutait aussi pendant le tournage et ce sont ces morceaux-là qui se retrouvent après. J'avais besoin de musiques comme de vrais personnages de l'histoire, qui aient vraiment leur place. Je voulais un film très musical. J'aime moins quand la musique accompagne, je veux qu'elle ait une place réelle. Il est difficile pour moi de dire si c'est la musique qui dicte le tempo de l'écriture ou l'écriture qui dicte le choix de la musique ».
La conversation dévie ensuite sur le personnage de Paul, un réalisateur joué par François Berléand. « Il est réalisateur mais je voulais le placer au-dessus de sa fonction, dans un hôtel, un peu paumé. C'est plus sa thématique d'homme qui, au bout d'un certain temps, est à la recherche de nouveaux repères qui m'intéressait. Et puis je trouvais intéressant de parler de cinéma. » Martin Valente déclare ainsi ne pas s'être inspiré d'un cinéaste en particulier, contrairement aux personnages d'acteurs insupportables qui semblent trouver facilement des semblables dans la réalité. Du côté de l'interprète, même son de cloche, puisque François Berléand déclare qu'il ne jouait « pas un réalisateur mais un homme qui est confronté à son premier échec. » Il ose toutefois un nom en citant le nom de Benoît Jacquot pour son côté très vite désabusé.
L'acteur rajoute que le rôle ressemble aussi beaucoup à ce qu'il est lui-même en évoquant une scène où le personnage confond sa valise et un sac poubelle. « Quand j'avais 15 ans, je suis sorti avec mon sac poubelle, je suis arrivé au lycée avec et je suis rendu compte là-bas que j'avais pas pris mon cartable mais mon sac poubelle. J'ai cette distraction là, Martin l'a eue aussi. » Un hasard que les deux compères ont découvert à la lecture du scénar. Lorsqu'un journaliste parle de ressemblances troublantes avec Lost in translation pour cette partie de l'histoire, Martin Valente est loin d'être surpris. « J'avais pratiquement écrit cette histoire quand Lost in translation est sorti. Quand j'ai vu le film j'ai été désespéré, surtout qu'il est super bien. Mais très vite ma productrice m'a dit que d'ici à ce que je sorte mon film du temps sera passé, et surtout j'ai 6 personnages, pas la même histoire, pas la même problématique. Pis y'a des références qui sont pires ».
Martin Valente finit par évoquer les quelques préceptes qui ont guidés l'écrire de son scénario, comme la volonté de cacher et de jouer avec les clichés dans son traitement de la drogue. Il a ainsi imposé à ses personnages du recul sur eux-mêmes, même inconsciemment. « La vie est beaucoup plus drôle que nous. Quelque soit le problème qu'on a, on n'a qu'à prendre un peu de recul et voilà. » C'est ainsi que le réalisateur a fait le choix d'une fin positive, sans parler de happy-end, ou encore celui de Marie Gillain dans le rôle d'une droguée pour alléger son personnage. En plus de cette vision positive de la vie, c'est le rapport à l'inconnu dans les relations humaines que Martin Valente a voulu décrire. Dans un monde où l'on peut se sentir seul même entouré « on peut plus facilement parler à des gens qu'on ne connaît pas, le rapport n'est pas le même. » «On peut aider quelqu'un sans le savoir soi-même, j'aime bien cette idée. » Une idée que le réalisateur aura essayé jusqu'au bout de transmettre avec son second film, Fragile(s), en salles depuis mercredi.
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Publié
le 21/06/2007 par Yannick Gallepie
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