Coeurs perdus le 6, Bande de sauvages le 13, le mois de juin signerait-il le retour de John Travolta dans les grâces des producteurs hollywoodiens ? Retour sur les multiples carrières d'un acteur atypique.
Les débuts
Né en 1954,
John Travolta s'oriente dans son adolescence vers une carrière dans le spectacle grâce à l'influence de sa mère chanteuse. A 16 ans, ce garçon du New Jersey abandonne l'école et déménage à New York pour jouer dans des pièces. Après une expérience mitigée à Hollywood, la chance lui sourit à 18 ans grâce à
Grease. Des représentations de cette comédie musicale ont lieu à New York depuis juin 1972 avec un grand succès public et critique.
John Travolta finit par remplacer le comédien original dans le rôle principal de Danny Zuko, le leader d'un gang de lycéens dans les années 50 qui tombe sous le charme d'une fille à l'allure plus sage. Il enchaine ensuite sur
Over Here !, suite d'une comédie musicale à succès. Cette fois,
John Travolta fait partie de la distribution originale de cette critique sociale des années 40. Nouveau succès pour le jeune acteur mais le spectacle s'arrête au bout de 10 mois à cause d'une sombre histoire de droit. Travolta décide alors de retenter sa chance, mais sa popularité new-yorkaise n'a malheureusement pas traversé le pays. Il a du mal à décrocher des rôles d'un épisode dans des séries et l'un des rôles principaux de
La dernière corvée lui échappe. Il rate ainsi un Oscar puisque
Randy Quaid, qui lui a soufflé la politesse, gagne la récompense du meilleur second rôle.
Travolta finit par apparaitre brièvement dans le téléfilm
The tenth level et arrive pour la première fois sur grand écran dans le film d'horreur
La pluie du Diable mais à nouveau dans un petit rôle. Il enchaine avec le casting de la série
Welcome back, Kotter et devient un des principaux protagonistes, un membre du gang qui règne sur un lycée et que doit éduquer le tout nouveau professeur Gabe Kotter, qui faisait lui-même parti du groupe. La cote de Travolta enfle et une maison de disque décide même de lui faire signer un contrat après l'avoir entendu chanter dans un épisode. Cette même année 1975,
John Travolta fait ce qui lui coûtera selon lui sa carrière, se convertir à la Scientologie. La carrière de Travolta est pourtant loin des tracas que pourrait lui poser sa nouvelle croyance. Sa chanson se classe dixième dans les classements américains et il décroche un des rôles principaux dans
Carrie au bal du Diable, adaptation de
Stephen King par Brian de Palma. Il joue Billy Nolan, un lycéen aidant sa copine à martyriser Carrie, jeune fille complexée qui se révèle dotée de pouvoirs. Le film est un succès et la distribution féminine est saluée aux Oscars. Travolta enchaine avec un autre succès avec le rôle principal du téléfilm
The boy in the plastic bubble, où il joue un adolescent placé depuis sa naissance dans un environnement entièrement stérile à cause d'une grave maladie.
Trois succès dansants
Toujours au générique de
Welcome back, Kotter, il décroche son rôle le plus important, celui de Tony Manero dans
La fièvre du samedi soir. Basé sur un article, le film suit ce jeune homme de Brooklyn qui mène une vie difficile et qui oublie tout le samedi soir sur les pistes de danse disco. Malgré son expérience de la danse dans les comédies musicales, la préparation de ce film n'a pas été une sinécure pour l'acteur peu habitué au disco. Il lui a fallu pas moins de 9 mois, à un rythme pouvant aller jusqu'à 3 kilomètres et 3 heures de danse par jour, pour arriver à devenir le Roi du dancefloor et finir plus léger de 9 kilos. Travolta s'implique donc à fond dans le projet, jusqu'à défendre bec et ongles certaines scènes que les producteurs voulaient enlever. Déjà une star avant de tourner ce film (les tournages en extérieur étaient parfois interrompus par des hordes de jeunes filles reconnaissant la tête d'affiche de
Welcome back, Kotter),
La fièvre du samedi soir augmente la popularité de Travolta, que tout le monde imite. Il est même nominé aux Oscars pour sa performance. Avec sa bande originale devenue l'album le plus vendu de l'histoire, le film participe grandement à démocratiser dans le monde un disco fantasmé puisque l'auteur de l'article, qui devait livrer un reportage, ne connaissait absolument rien à ce milieu et a tout imaginé ! Le tournage restera toutefois marqué par un évènement tragique pour Travolta puisque son premier amour,
Diana Hyland, une actrice de 17 ans son aînée qu'il a rencontré sur le tournage de
The boy in the plastic bubble, est morte d'un cancer. Il accepte en son nom un Emmy award posthume pour sa performance dans ce téléfilm.
Maintenant devenu une icône populaire,
John Travolta quitte la série
Welcome back, Kotter pour revenir à un autre rôle mythique qu'il connait mieux, celui de Danny Zuko dans
Grease. A 24 ans, il a largement dépassé l'âge du lycéen mais il est quand même choisi pour reprendre le personnage qu'il a interprété à Broadway. Il n'était toutefois pas le premier choix et doit sa présence au générique au refus de
Henry Winkler, le Fonzie de
Happy days, qui avait peur qu'endosser une nouvelle fois un blouson de cuir ne nuise à sa carrière. Il donne la réplique à la chanteuse à succès de 29 ans
Olivia Newton-John. Avec ces deux superstars,
Grease devient le troisième plus gros score au box-office derrière
Les dents de la mer et
Star wars : Episode IV - Un Nouvel Espoir. Comme pour
La fièvre du samedi soir, le succès du film et de la bande originale ont fini par se nourrir l'un l'autre dans le monde.
John Travolta se doit maintenant de tenir son nouveau statut. Après quelques apparitions dans la dernière saison de
Welcome back, Kotter, il connait son premier gros échec,
Moment by moment, l'histoire d'amour d'un jeune homme avec une femme plus vieille qui reçoit un accueil critique désastreux et qui est tombé dans l'oubli depuis. Travolta renoue avec le succès en incarnant un nouveau mythe dansant américain, Urban Cowboy. Il y incarne un homme qui finit par livrer une rude concurrence avec sa propre femme à cause d'un taureau mécanique. L'acteur apprend le pas-de-deux avec
Patrick Swayze, qui a lui aussi joué Danny dans
Grease sur scène. Alors qu'un cascadeur était prévu, il a aussi appris à faire du rodéo grâce à un taureau mécanique installé deux mois chez lui, mettant au chômage technique le dit cascadeur. Le film fait un plus gros succès que
La fièvre du samedi soir aux Etats-Unis et relance la mode de la country dans les années 80.
Les années difficiles
Urban Cowboy sera le dernier grand succès de Travolta avant une traversée du désert pendant toutes les années 80. Il renoue pourtant en 81 avec le réalisateur Brian de Palma pour Blow Out, remake de
Blow Up d'Antonioni où un perchiste découvre d'étranges bruits sur ses prises de son et essaie de comprendre leur source. Si les années ont donné ses lettres de noblesse à ce film, l'accueil des critiques a été très mitigé et le public n'a pas suivi. Après un court retour sur scène,
John Travolta reprend les pas de danse de Tony Manero pour la suite de
La fièvre du samedi soir,
Staying Alive de
Sylvester Stallone. On y suit le personnage qui a décidé de faire de la danse son métier et essaie de percer à Broadway. Si la bande originale des Bee Gees est à nouveau mythique, l'accueil du film est frileux. C'est un succès, mais moins fort que le premier opus et il est très mal jugé par les critiques et les fans.
Staying Alive est même élu en 2006 pire suite jamais faite par le journal américain Entertainment Weekly.
John Travolta inaugure aussi une nouvelle tradition, sa présence aux Razzies Awards, cérémonie récompensant les pires films, qu'il partage cette année avec son autre film,
Seconde chance. Cette comédie romantique a cumulé trois autres Razzies, ceux du pire réalisateur, du pire film et de la pire actrice pour…
Olivia Newton-John ! En effet, ce film est une tentative désespérée de capitaliser sur le couple de
Grease alors que les deux étaient au sommet de la vague, pour un résultat au box-office assez moyen. Travolta commence aussi à faire de mauvais choix de carrière. Il aurait ainsi pu faire la carrière de
Tom Hanks, ayant refusé les rôles de
Splash,
Apollo 13 et
Forrest Gump ou de
Richard Gere, qui l'a remplacé pour
Les moissons du ciel,
American Gigolo,
Officier et gentleman ou plus récemment pour la comédie musicale à Oscars
Chicago. Lorsque Travolta ne refuse pas le rôle, c'est le film qui se refuse à lui, comme un premier projet de biopic sur les Doors abandonné ou la possibilité de collaborer avec son ami
Sylvester Stallone sur
Rambo 2 finalement écarté par Sly lui-même.
John Travolta mettra deux ans à réapparaitre sur grand écran avec
Perfect, comédie romantique dans le milieu des clubs de gym où il partage l'affiche avec
Jamie Lee Curtis. Résultat : un beau flop et trois nominations aux Razzies dont une du pire acteur pour Travolta. Il disparait à nouveau avant de revenir dans
Basements, un film à sketchs réalisé par
Robert Altman pour la télévision. Il revient régulièrement au cinéma à partir de 1989 et
The experts, un nanar où il enseigne sans le savoir la pop culture à des agents du KGB… Bien sûr, le film se plante mais permet à
John Travolta de rencontrer sa future femme
Kelly Preston et de se déhancher lors de quelques scènes. L'acteur n'est pas nominé aux Razzies pour ce film mais, plus grand honneur, il l'est comme pire acteur de la décennie pour une liste de films dont The Experts. Malheureusement, il perd face à Stallone…
Le reste de la période sombre de Travolta est marqué par la trilogie
Allo maman ici bébé où il joue le père indigne d'un bébé qui nous raconte sa petite vie. Cette comédie au budget loin d'être faramineux et portée par la voix de
Bruce Willis est un immense succès public et donnera donc deux suites. Malheureusement, les suites ne réussissent jamais à Travolta et les films sortis en 90 et 92 se plantent, montrant que l'acteur n'a pas récupéré sa popularité. Entre temps, il aura aussi joué et écrit le téléfilm
Les seigneurs de la ville et tenu les rôles principaux de
Eyes of an angel et
Shout (et hop, une nomination aux Razzies !).
Le renouveau
La carrière de
John Travolta va connaitre un salut inespéré en 1994 grâce à un certain
Quentin Tarantino. Ce jeune réalisateur, remarqué grâce à son premier film
Reservoir Dogs, cherche un acteur pour son scénario, coécrit avec
Roger Avary,
Pulp Fiction. Le rôle était prévu pour
Michael Madsen, comme un prolongement de son personnage du précédent film du réalisateur mais un engagement sur un autre tournage l'empêche d'être présent au générique. L'oscarisé
Daniel Day-Lewis lorgne sur le rôle mais Tarantino fait le pari de Travolta. Il lui donne ainsi la chance de revenir au top grâce à son interprétation et à une mythique scène de danse où, malgré une prise poids certaine, il montre qu'il a encore de beau reste. Le buzz est énorme et le succès est au rendez-vous.
Les prochains choix de Travolta seront guidés par Tarantino qui le convainc de jouer dans
White man et
Get Shorty (que le studio voulait voir réalisé par Tarantino). Si le premier est un échec, le succès du second montre la nouvelle popularité de l'acteur. Il est ensuite courtisé par
John Woo. Le réalisateur hong-kongais l'engage pour son second film hollywoodien,
Broken arrow. Si ce film ne laisse ne laisse pas un grand souvenir aux spectateurs, il en est autrement de
Volte Face, réalisé seulement un an après. Le casting devait allier Schwarzenegger et Stallone mais lorsque Woo arrive à la tête du projet, il impose la paire
John Travolta/
Nicolas Cage pour jouer les rôles d'un agent du gouvernement et d'un terroriste qui échangent leurs visages. Le film acquiert une réputation flatteuse et le résultat au box-office s'en ressent. Entre 1996 et 1998, Travolta joue en tout dans 9 films aux destins plus ou moins glorieux. Il tourne ainsi sous les caméras de
Costa-Gavras, (assez brièvement) chez
Terrence Malick et joue un rôle inspiré du président Clinton pour
Mad City.
Le retour des difficultés
Toutefois, l'image un peu ringarde de Travolta revient en même temps que ses mauvais choix. L'acteur se tire une balle dans le pied avec son projet de 25 ans,
Terre champ de bataille, l'adaptation d'un livre de Lafayette Ronald Hubbard, le fondateur de l'Eglise de Scientologie.
John Travolta, membre depuis 1975, semble avoir peu souffert de sa croyance. Il va pourtant donner le bâton pour se faire battre en produisant et jouant dans ce film de science fiction en carton-pâte où les humains réduits à un état primitif se rebellent contre des extra-terrestres ayant pris possession de la Terre. La seule vision des costumes donne l'ampleur du désastre. Bien sûr, c'est un bide phénoménal. C'en est trop pour les Razzies. Après 4 nominations et 9 ans d'oubli,
John Travolta revient en force avec sa première récompense de pire acteur (en doublon avec sa performance dans
Le bon numéro), accompagnée d'une autre pour le pire duo pour lui et « n'importe qui d'autre à côté de lui » ! Tout le monde en prend pour son grade (sa femme
Kelly Preston, le réalisateur, les scénaristes,
Barry Pepper). Seul
Forest Whitaker s'en sort avec seulement une nomination (forcément, il a été battu dans sa catégorie par
Barry Pepper !). Cerise sur le gâteau, le jury remet au film le titre de pire film des 25 années d'existence de la récompense.
Ridiculisé par cet échec cuisant,
John Travolta enchaine ensuite avec un autre Razzie à la fois pour
Opération espadon et
L'intrus. On retiendra son rôle dans
Basic, la tentative infructueuse du génie de l'action
John McTiernan de s'écarter de ses problèmes de production pour aller dans un cinéma plus simple. Malgré les retrouvailles entre
John Travolta/
Samuel L. Jackson, le film ne fonctionne pas vraiment au box office. Sa performance de bad guy dans
The Punisher ne convainc pas grand monde même si le film est largement remboursé. Il joue ensuite dans
Love song avec
Scarlett Johansson, qui jouit d'une réputation plutôt flatteuse, et
Piège de feu, petit succès où il partage l'affiche avec
Joaquin Phoenix. L'ancienne icône du disco, devenue figure du tueur au sang froid chez Tarantino, n'arrive pas à retrouver une nouvelle image et une nouvelle popularité. Il essaie donc de capitaliser sur
Pulp Fiction avec
Be cool, la suite de
Get shorty, où il propose lui-même de reformer le couple mythique qu'il était avec
Uma Thurman. Vendu principalement sur cet argument et rempli de guest stars faites pour séduire les jeunes, le film rentre dans ses frais sans être un réel succès.
L'enjeu des futurs projets de
John Travolta est donc de renouveler son image pour retrouver un public plus nombreux. Si
Cœurs perdus est un petit film qui n'est pas destiné à chambouler le box-office, les très bons résultats de
Bande de sauvages semblent donner raison au choix de Travolta de jouer dans ce film. L'acteur a fait un autre pari en jouant dans le remake de
Hairspray de John Waters, où il reprend le rôle tenu par le travesti Divine. En femme donc, mais loin d'être en terrain inconnu puisqu'il s'agira d'une nouvelle comédie musicale pour l'acteur qui a commencé à Broadway. S'il sera sûrement à l'affiche de la comédie
Old Dogs avec
Robin Williams, sa participation à l'arlésienne
Dallas semble peu probable. Malgré sa carrière en dent de scie dont on ne sait pas où elle va, peu d'acteurs peuvent se vanter d'avoir eu un tel impact populaire et culturel dans le monde entier. En espérant que sa vieillesse prochaine sera lui apporter de nouveaux rôles marquants …