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Dossier : Rencontre Jane Birkin |
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Touchante et aussi passionnante que passionnée, Jane Birkin nous fait l'honneur d'une rencontre pour la sortie de Boxes. L'occasion pour elle d'évoquer ses rêves, ses anecdotes et autres souvenirs personnels.
Face à cinq journalistes se tient Jane Birkin, icône ingénue des années 70 devenue sans qu'on s'en rende compte la mémoire de toute une frange du cinéma français et bien décidée à faire partager son expérience. C'est pour parler de son vécu de mère qu'elle a réalisé ce premier long métrage arrivé sur grand écran, un projet qu'elle murit depuis dix ans. En effet, la production de ce film fût proche du parcours du combattant. « Le scénario a fait peur à toute les chaînes. C'est seulement après réalisation qu'on a eu l'avance sur recette, que Canal+ l'a acheté, que le distributeur est arrivé ». Une arrivée très tardive des financements à cause de laquelle le film faillit ne jamais voir le jour, ou alors sous la forme d'une pièce de théâtre comme il a été proposé un moment à la réalisatrice.
Heureusement, dix ans après avoir écrit le scénario et grâce à l'aide de son producteur Emmanuel Giraud qui a financé une partie du film sur fond propre, Jane Birkin peut enfin commencer le tournage de son Boxes. Un tournage pendant lequel elle a retrouvé le plaisir de réaliser, éprouvé auparavant sur quelques courts-métrages et sur un téléfilm en 1992 qui avait raté sa sortie ciné : « J'adore l'esthétique. Ca me chagrinais de jouer dans le film car je voulais tout le temps être derrière le cadre. J'ai jamais été aussi heureuse car j'étais avec mes techniciens, 3 semaines et demi, à 9 heures du matin, je complotais de comment mettre la caméra, comment inventer des rails qu'on n'avait pas, comment faire des travellings avec le peu de matériel qu'on avait. Tout ça, ça a rendu le tout assez excitant dans le fond car on a eu les mêmes résultats avec peut-être encore plus de ardeur de la part de tous les techniciens qui avaient 25 ans pour la plupart payés en dessous du tarif syndical ».
Pour donner l'énergie nécessaire à ces techniciens, Jane Birkin comptait sur l'influx donné par les performances de ses interprètes. En effet, comme tant d'autres comédiens passant à la réalisation, elle reconnaît avoir eu des facilités à réunir un casting à faire pâlir bien des producteurs. Elle a d'abord recruté dans ses propres rangs. Charlotte Gainsbourg a malheureusement refusé le rôle qu'elle a inspiré car, sortant de Ma femme est une actrice, elle ne jugeait pas bon d'enchaîner avec un autre film mêlant de façon aussi ambigüe la fiction et sa vie privée. Puisque sa première fille Kate n'avait pas pour ambition de devenir actrice, la seule représente des enfants de Birkin sera Lou Doillon. Devenue trop vieille pour jouer son rôle d'adolescente, sa mère lui confie le rôle normalement dévolu à Charlotte Gainsbourg, pourtant loin de sa personnalité. Pour les autres rôles, Jane les a choisi dans ses plus proches connaissances (Michel Piccoli ou Géraldine Chaplin) ou en voyant des films (Mauriche Bénichou et Annie Girardot, transfuges de Caché) mais bien souvent en passant au-dessus des agents. Seul le rôle d'Anna, son propre rôle posait problème. Devenue trop vieille pour le jouer et souhaitant se concentrer sur la réalisation, Jane Birkin a cherché jusqu ‘au dernier moment quelqu'un pour prendre sa place. Après que Rosanna Arquette ait refusé le rôle deux semaines avant le tournage, elle dû se rendre à l'évidence : « Il fallait trouver une vieille adolescente, quelqu'un qui n'est pas tout à fait féminin. Je voulais un clown triste qui n'avait pas peur d'être sans maquillage, qui a trois grandes filles, qui était moitié anglaise et qui pouvait parler le français. Donc finalement, c'était moi.» Elle a donc décidée de se couper les cheveux pour rajeunir son image.
Malgré les problèmes de casting que cela a pu poser, Jane Birkin ne semble pas regretter ces 10 ans de gestation du projet. « Peut-être le scénar n'était pas le même il y a 10 ans ou 12 ans. J'avais moins de tolérance. Je ne voyais que mon point de vue. J'ai su en 10 ans être plus juste avec les pères. Je me suis dit qu'ils avaient le droit de répondre. » Livrant une véritable réflexion sur ses réactions passées, la scénariste donne en guise de réponse cinglante à l'un des pères de ses filles : « Ton souvenir, Anna, est aussi sélective qu'une machine à laver ». « Les autres reproches, il fallait que je les devine un peu car on me les a pas donnés ». Elle ne regrette pas non plus les conditions de production finales du film, gardant un souvenir intense et joyeux du tournage. Elle pense que ça n'a pu que profiter à un récit ne se souciant pas de nécessité narrative et dérivant volontiers vers les anecdotes inspirées de l'enfance de la réalisatrice (dont une sombre histoire de tante dans le congélateur…). « C'est peut-être bien aussi de l'avoir fait sans personne parce que personne n'a imposé de contrainte, alors que le diffuseur peut mettre une pression sur certaines scènes ».
Boxes doit beaucoup au passé de Jane Birkin, jusque dans l'envie de passer à la réalisation. C'est suite à son expérience avec Agnès Varda que le déclic vers la réalisation s'est passé. Déçue par le traitement un peu aseptisée de son scénario de Kung-Fu master et encouragée par Jacques Doillon, elle a décidé de se laisser emporter dans ce nouveau métier en s'appuyant sur ses tournages précédents. Elle a beaucoup appris auprès de Jacques Doillon pendant La fille de 15 ans où elle a été scripte, maquilleuse et assistante. Plus que par ses expériences cinématographiques, c'est par sa vie de famille que Boxes est inspirée, une vie de famille hantée par la question « ai-je été une bonne mère ? ». Elle nous explique ainsi n'avoir découvert que tardivement sa mère, après les morts consécutives de son père et de Serge Gainsbourg : « Les pères des filles sont toujours les héros, comme mon père l'a été pour moi. C'est une chance pour les pères mais c'est vrai aussi que les femmes, mères, sont là pour la longue distance comme l'a été ma mère, heureusement, après que le grand arbre qui était mon père a tombé. Là j'ai découvert ma mère, qui voulait sa place au soleil, qui est retournée au théâtre pour devenir actrice, qui a repris son nom de jeune fille et on a pu cavaler dans le monde entier ». Une mère, Judy Campbell, qui est aussi devenue une référence pour ses trois filles.
Malgré une grosse partie autobiographique, Jane Birkin ne se reconnaît plus vraiment dans ce scénario qu'elle a écrit il y a 10 ans. « Je me reconnais de comment j'étais il y a 10 ans, à un âge très précis. Il faut que la personne soit exactement 49 ans, qu'elle ait peur de la ménopause, qu'elle ait encore une adolescente qui traine dans maison, qu'elle espère encore en l'amour. Ca, c'est des préoccupations qu'on a à 49 ans mais à 60 ans, 63 ans, vous avez changé de place dans le tableau. Vous n'êtes plus au centre. Vos filles sont au centre. Vous vous êtes peut-être un pilier à droite, on l'espère. Vos angoisses sont plutôt : « est-ce qu'il va arriver quelque chose au père de mes filles ? », des angoisses pour les petits-fils. Votre propre mort c'est pas une préoccupation personnelle, je trouverais ça un soulagement génial au contraire. C'est pas celle de Anna dans le film. En la jouant moi-même, j'étais déjà dans une distance de 10 ans avec moi-même».
A bientôt 60 ans, Jane Birkin fait paradoxalement partie d'une nouvelle génération d'acteurs qui choisissent le film pour se raconter plutôt que le livre. La réalisatrice explique cette démarche : « On m'a proposé de le sortir en livre, mais j'ai trouvé la forme, avec des dialogues qui peut devenir éventuellement une pièce de théâtre mais j'ai refusé depuis 20 ans, depuis 40 ans de faire une biographie parce que je suis pas sur des dates. J'ai juste mes points de vue, mes anecdotes. Mes enfants décideront peut-être de publier mes journaux intimes de quand j'étais petite, de quand les choses étaient encore très gaies à cause de Serge, à cause d'une vie que les autres peuvent pas imaginer parce qu'elle était si simple. Moi je ne veux pas faire ça. Je n'ai jamais voulu une autre forme que cette forme là qui était du cinéma.» La réalisatrice essaie toutefois de repousser l'étiquette de film autobiographique pour mettre en avant le propos du film sur la famille. « J'ai failli faire ce film avec des garçons, en me travestissant un peu. J'espérait quand même trouver une actrice pour mon rôle. Je me disais que si je mettais des garçons ça flouerait les pistes, un peu comme Jacques Doillon qui se change en fille pour La pirate, comme ça on s'éloigne de moi et Serge et lui. C'est un homme, on ne lui pose pas les mêmes questions et sa vie privée n'a pas été aussi exposée que la mienne. Je suis quelqu'un de connu donc tout le monde dit « ah, c'est un tel ! ah c'est un tel ! ». Bien sûr, je me suis inspirée par toutes les craintes que j'ai toujours eues, tous les doutes que j'ai toujours eus. Si mon film, si personnel, touche des femmes, des filles, des ex-maris, des papas, si j'ai cette chance, et bien je prends le risque de montrer un côté qui n'est pas forcément très sympathique de ma personnalité, qui a fait des choses de travers. Pourquoi pas ? C'est pour que les gens puissent s'identifier 3 secondes avec vous. On se démerde avec ce qu'on a».
Pour son futur, Jane Birkin envisage de nouvelles réalisations. Ne se résignant pas à quitter les personnages formés par ses trois filles, elle souhaite aussi aborder le thème de la dépendance des personnes âgées, leurs relations avec leurs enfants, ajoutant que cela ferait « un joli téléfilm ».
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Publié
le 02/06/2007 par Yannick Gallepie
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