Dossier : Rencontre Danny Boyle

Dossier : Rencontre Danny Boyle

Lors de l’avant-première du film Sunshine au cinéma Gaumont de Labège le 21 mars 2007, Danny Boyle était sur place pour répondre aux questions des spectateurs en fin de projection. En voici le compte-rendu.


Les fans présents dans la salle ont tout d’abord demandé à Danny Boyle pourquoi ce choix de la science-fiction. Danny Boyle a réalisé des comédies à l’humour noir (Petits meurtres entre amis), des films d’aventures (La Plage), des films d’horreur (28 jours plus tard), et c’est donc un tout nouveau genre qu’il aborde là. Le réalisateur a, en premier lieu, départagé la science-fiction en deux groupes. D’un côté, il place les Star Wars, les films de Michael Bay (qu’il a d’ailleurs gentiment taquiné toute la soirée) et consort, qu’il n’apprécie pas vraiment. De l’autre, il place la SF façon Alien, le huitième passager, Solaris ou encore 2001 : l’odyssée de l’espace. Pour lui, la vraie SF, ce sont ces films dans lesquels les personnages sont confinés, et au travers desquels de véritables questionnements se posent. D’ailleurs, lorsqu’on lui demande quelles ont été ses principales influences pour réaliser Sunshine, il cite vers ces trois films. Danny Boyle s’est réellement intéressé à la SF sur le tournage d’Alien, La résurrection de Jean-Pierre Jeunet, sur lequel il travaillait. Plus tard, avec son scénariste (ndlr : Alex Garland), ils ont imaginé une histoire en rapport avec le soleil, source de vie.



Il lui a ensuite été demandé pourquoi cet abandon de la comédie depuis un certain moment (Danny Boyle a compris « pourquoi il n’y avait pas plus d’humour dans le film » – merci l’interprète). Selon le réalisateur anglais, c’est difficile dans ce genre de film d’introduire une romance ou du sexe, comme on peut le faire dans une comédie. Mais il affirme pourtant que son scénariste et lui ont essayé à maintes reprises de le faire. Mais cela fut impossible. Boyle cite le seul exemple à son sens qui a plus ou moins réussi à faire coexister une histoire d’amour dans un film de science-fiction identique, à savoir 2010. Danny Boyle s’est voulu rassurant auprès de ses fans, et a précisé qu’il reviendra sûrement à la comédie sous peu.

Le réalisateur revient sur la relation qu’il a eue avec Alex Garland au cours de l’écriture. Il s’est dit très impliqué dans l’écriture du scénario, et que plusieurs versions ont été écrites, « plus de trente-cinq ». SPOILER : Une des scènes les plus difficiles à écrire fut celle où l’équipage doit voter pour savoir quel membre doit mourir pour conserver assez d’oxygène.



Les questions se sont après tournées vers le film en lui-même. Un spectateur a demandé pourquoi parmi les huit membres de l’équipage, il n’y avait que des américains et des chinois, et pourquoi tous étaient si jeunes. Danny Boyle a expliqué que tout ceci était vraisemblable et découlait d’un raisonnement logique. Après s’être renseigné auprès de la NASA, il a appris que les astronautes envoyés dans l’espace n’avaient pas plus de trente-cinq ans, pour une question de santé et de solidité physique. Le film suit cette logique, tout comme celle de la nationalité des personnages. En effet, en se demandant quels pays pourraient financer une telle expédition si elle devait avoir lieu dans un futur proche, Danny Boyle et Alex Garland sont arrivés à la conclusion que seuls les Etats-Unis, puis la Chine ou encore le Japon seraient à même de le faire. Le réalisateur est également revenu sur la question de la technologie du vaisseau spatial. Encore une fois, ces trois nations arrivent logiquement en tête au niveau des avancées dans le domaine. Il précise de plus que, dans l’espace, les nationalités n’existent plus, tous sont égaux. D’un point de vue scénaristique, c’est très pratique pour ne pas se poser de questions, avec ce procédé, on peut tuer qui on veut, quand on veut.



Concernant le vaisseau spatial, Danny Boyle s’explique sur le nom de l’appareil, Icare. Pour rappel, dans la mythologie grecque, le père d’Icare, Dédale, lui fabriqua des ailes confectionnées à l’aide de cire de bougie et de plumes pour s’échapper de Crète, mais en lui interdisant de s’approcher trop près du soleil. Icare trop préoccupé, s’approcha trop près de l’astre, faisant ainsi fondre la cire, et l’entraînant inévitablement vers la Terre et vers la mort. Le thème sous-jacent est évidemment le désir de l’homme d’aller toujours plus loin, au risque de se confronter à sa condition de simple être humain. Le réalisateur explique qu’il voulait trancher avec les productions américaines. Icare représente le fatalisme. Il indique d’ailleurs que si le film avait été réalisé par Michael Bay (encore lui), le vaisseau se serait sûrement appelé « le vaisseau de la destinée » ou quelque chose approchant.

Un spectateur s’interroge et demande à Danny Boyle si ses choix artistiques n’ont pas détruit la rationalité du film. Le cinéaste évoque ses partis-pris esthétiques dûs aux contraintes imposées par le fait de devoir représenter la présence du soleil sur un écran de cinéma. Partant de là, il a dû faire des choix afin de faire ressentir au spectateur cette puissance et ainsi donner de la consistance à son récit et aux émotions qu’il procure, et notamment la volonté de faire voyager le spectateur.



Un spectateur demande la signification des images subliminales lorsque les protagonistes arrivent dans le vaisseau Icare I. Danny Boyle explique que dans tous les vaisseaux il y a une photo de groupe des membres de l’équipage au jour du départ, où tous sont heureux. Lors de la découverte de l’épave, les images subliminales montrent les portraits singuliers, de chaque membre, ce qui contraste avec le bonheur de la photo de groupe, ceci dans le but de montrer la présence de chaque membre singulier dans ce vaisseau.

La suite contient de nombreux SPOILERS qui dévoilent une partie importante de l’histoire.

La question de Dieu est souvent revenue durant le débat. En imaginant cette histoire autour du soleil, Danny Boyle explique qu’il aurait été impossible de ne pas parler de Dieu. Pour bien des civilisations anciennes, le soleil est une sorte de divinité, qui apporte chaleur et lumière, et qui permet la vie. La référence était donc obligatoire, et une dimension philosophique est alors née. De plus, la foi des personnages et leurs convictions sont mises en péril dans l’expédition, ce qui rendait alors ce traitement du divin indispensable.



Dans une autre demande, Danny Boyle a été interrogé sur le choix d’une fin si optimiste, en contraste avec le reste du film, qui baigne dans une tonalité plutôt sombre. Le réalisateur a déclaré ne pas avoir voulu d’un film où les gens rentrent chez eux et s’embrassent (ndlr : une référence à Michael Bay se cache derrière…). Dans Sunshine, il voulait montrer que la science est élaborée et qu’elle fonctionne. La cinéaste a aussi précisé que l’un des messages du film est que même si le voyage est long et éprouvant, les conclusions peuvent en être positives.

Pour finir, une dernière personne a demandé à Danny Boyle quel choix il ferait s’il devait choisir entre sa mission et sa survie. Le réalisateur amusé a indiqué que le choix scientifique serait proche de celui de Staline, c’est-à-dire de sacrifier un petit groupe pour en sauver un plus grand. Il a tout de même déclaré ne pas avoir d’avis concernant cette question, et pense qu’on ne peut réellement savoir ce qu’on ferait dans une telle situation qu’en y étant confronté sur le moment.
 
Publié le 10/04/2007 par Sébastien Sosa

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