Dossier : Studio Ghibli

En un peu plus de 20 ans, le Studio Ghibli est devenu le synonyme de l’animation japonaise pour les occidentaux grâce à ses deux créateurs Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Retour sur l’existence de ce studio alors qu’une nouvelle génération de réalisateurs émerge.


La genèse : le parcours d’Isao Takahata et d’Hayao Miyazaki



La Tôei, le plus grand studio d’animation japonaise, créé en 1950, productrice de plus de 500 films et séries dont les Power Rangers ou Dragon Ball. Pendant longtemps, ce studio a été l’image du dessin animé nippon en Occident mais c’est en son sein qu’est né son successeur, Ghibli. Pour commencer sa carrière de réalisateur, Isao Takahata pousse les portes de cette compagnie. Dès 1963, il s’attaque à la mise en scène avec un épisode de Ken, l’enfant loup. Il croise à cette occasion un animateur de 22 ans nommé Hayao Miyazaki. Malgré leurs six ans d’écart, les deux hommes s’apprécient. Miyazaki est alors un pur technicien formé aux techniques de l’animation tandis qu’Isao Takahata est un réalisateur qui ne fait pas ses propres dessins. Cinq ans après cet épisode, la Tôei offre l’opportunité à ce dernier de passer à la réalisation d’un long métrage, Horus, le prince du soleil. Les producteurs ne pensent pas alors tomber sur une si forte tête. Takahata est bien décidé à faire un film de qualité dans un studio plus habitué à la quantité. Il raconte l’histoire d’un jeune adolescent aux prises avec des hordes de loup dans un univers proche des mythologies nordiques. L’ambitieux projet est porté par Takahata mais aussi par Miyazaki, animateur et designer face à des producteurs qui font grises mines. La Tôei vend mal le film qui ne reste que 10 jours dans les cinémas nippons.



Assez échaudé par cette première expérience, Isao Takahata quitte la Tôei pour s’engager dans le studio concurrent A production. Il embarque bien sûr dans ses bagages Hayao Miyazaki. Le duo collabore en 1972 à nouveau sur Les aventures de petit Panda. Takahata réalise à nouveau alors que Miyazaki livre le design mais signe aussi son premier scénario qui suit une jeune fille livrée à elle-même par le départ de sa grand-mère et qui se lie d’amitié avec un petit panda. Les deux enchainent avec leur premier vrai travail sur une série et la première réalisation de Miyazaki, Lupin 3 : cette série, qui s’inspire du personnage de Maurice Leblanc, met en scène le petit fils du Arsène Lupin original. L’inspiration française du 19ème siècle rejoint les travaux suivants du réalisateur de Kiki, la petite sorcière. Chacun des deux réalisent 15 épisodes mais la série est annulée. Comme Horus, le prince du soleil, la série deviendra culte par la suite. Après cet échec, ils retrouvent leur personnage de panda pour un moyen métrage intitulé Panda Kopanda, le cirque sous la pluie. Ils enchainent ensuite avec une autre série se passant dans un univers européen, Heidi. Isao Takahata réalise quelques épisodes alors qu’Hayao Miyazaki s’occupe à nouveau du design. Cette fois, le succès est un peu plus long puisque 52 épisodes sont produits. Takahata continue avec une série animée proche du soap en 52 épisodes connue sous le nom de Marco ou 3000 leagues in search of a mother. Nettement moins connu en France, cet animé suit un petit italien qui part à la recherche de sa mère en Argentine. Les deux collaborateurs continuent alors leur périple dans les séries des années 70 avec Conan, le fils du futur. Miyazaki réalise la majeure partie des épisodes et dessine les personnages. Première série diffusée sur la chaine publique japonaise NHK, cet animé est un succès et connaitra une suite sous forme de moyen métrage en 1984. S’appuyant toujours sur les graphismes de Miyazaki, Isao Takahata réalise en 1979 la série Akage No An avant que les deux ne s’attaquent à de plus gros projets.




Hayao Miyazaki retrouve ensuite son personnage de Lupin 3 dans son premier long métrage Lupin 3 : le château de Cagliostro, avant de faire deux épisodes de la suite de la série sous le pseudo Treki Tsutomu. Alors qu’il n’était pas attaché au projet au départ, c’est par hasard qu’il se retrouve à faire son premier essai sur long format car le travail des premiers scénaristes n’avait pas plu aux producteurs. Son scénario les convainc et il réalise le film en 4 mois, durée qui ne lui permet de concrétiser toutes ses idées de départ. Le résultat est plus enfantin que la série, ce qui déconcerte le public japonais. Le film se fera une renommée à l’étranger avec une projection hors-compétition à Cannes (il s’agit du premier film d’animation projeté là-bas) et une nomination comme meilleur film étranger en 81 par l’académie américaine des films de science-fiction, de fantasy et d’horreurs. De son côté, Isao Takahata s’attaque au projet Kié, la petite peste. Adapté d’un manga et cette fois sans la collaboration de Miyazaki (qui était pressenti pour réaliser), le réalisateur et scénariste donne naissance à la fois à une série et un long métrage. Ce dernier, suivant plusieurs intrigues, prend la forme d’une chronique assez irrésistible et volontiers parodique tournant autour de la jeune Kié. En 1982 prend fin pour Isao Takahata l’aventure Goshu le violoncelliste. Imposant comme à son habitude des exigences artistiques hautes à la société Oh production qui produisait des animés assez médiocres techniquement, la production fût un véritable challenge. Les financiers ne donnèrent pas plus d’argent qu’à leur habitude mais laissèrent à Takahata et son équipe carte blanche et aucune date butoir. Y travaillant entre deux contrats mieux payés, les techniciens mirent six ans pour finir ce film musical de 60 minutes suivant l’apprentissage du violon par Goshu (dont le nom veut dire Gauche en français). Le film gagne le prix Ofuji Noburo au Manichi Film Concours, ce qui représente la plus haute récompense possible au Japon pour un film d’animation, que gagnera à de nombreuses reprises Miyazaki.



L’année 1984 sera un véritable tournant pour Hayao Miyazaki et Isao Takahata, parce que tous les deux acquerront une bonne renommés dans leur pays. La consécration viendra par Miyazaki, seul des deux à réaliser quelque chose cette année-là. Outre son moyen métrage reprenant le personnage de Conan, il lance la série Sherlock Holmes. Comme pour Lupin 3, il détourne ainsi un personnage classique de la littérature européenne. Son style qui se développera encore plus tard est visible dès le générique, l’action se déroulant dans une Révolution Industrielle en Europe fantasmée et fantaisiste où prennent place des personnages au physique d’animaux. Hayao Miyazaki ne réalise que 6 épisodes, bien trop occupé à son nouveau long métrage.

Hayao Miyazaki sous l’ère Ghibli



C’est en effet en 1984 que sort Nausicaa De La Vallée du Vent, rentré dans l’histoire comme le premier film de Ghibli alors que le studio n’existe pas encore. Depuis 1982 (et jusqu’en 1994), Miyazaki publie au Japon ce manga dont il va adapter les deux premiers volumes pour donner un chef-d’œuvre du cinéma d’animation de science-fiction. On y suit, sur une Terre dévastée où ne survivent que quelques humains, la princesse Nausicaa qui doit sauver la population de sa vallée d’une forêt toxique tout en combattant un peuple hostile qui menace de les envahir. Véritable manifeste écologique qui donne le ton de ce que sera le cinéma de Miyazaki, Nausica De La Vallée du Vent connait un énorme succès et devient la première pierre du Studio Ghibli, en plus d’être la première collaboration entre Hayao Miyazaki et Joe Hisaishi. Le film, scénarisé et écrit par Miyazaki, est en effet produit pour la première fois par Isao Takahata et par Yasuyoshi Tokuma, qui produira le réalisateur jusqu’à sa mort en 2000 : face au succès du film, ce dernier décide en effet de s’associer avec les deux réalisateurs dont on connait l’intransigeance avec certains producteurs plus intéressés par l’argent que par l’art. Miyazaki donne assez vite le ton de l’esprit du Studio Ghibli nouveau né. Les studios Topcraft, producteurs du film, vendent les droits de diffusion américains à une société qui remonte entièrement le film pour le rendre plus adéquat au public visé. Sous l’ère Ghibli, le diffuseur des films (qui deviendra assez vite Disney par le biais de Buena Vista) s’engage par contrat à ne pas toucher à une seconde de l’œuvre originale.



Hayao Miyazaki ne perd pas de temps et livre dès 86 une fable écologique d’anticipation pleine d’aventures nommée Laputa, ou Le château dans le ciel en français. A nouveau produit par Takahata et Tokuma, scénarisé et réalisé par Miyazaki, le film s’inspire librement d’une partie du Voyage de Gulliver de Jonathan Swift qui décrit la cité volante de Laputa. Le film suit la jeune princesse de Laputa, Sheeta, qui fuit des pirates l’ayant enlevée et rencontre un jeune pilote d’avion nommé Pazu qui va l’aider. Ce nouveau chef-d’œuvre ne marche pas aussi fort que Nausicaa De La Vallée du Vent mais rencontre assez de succès pour que le Studio Ghibli continue son chemin. Isao Takahata arrête de produire son ami de longue date pour se concentrer sur sa carrière de réalisateur alors que Miyazaki s’attaque à un projet plus enfantin que ses précédents, Mon voisin Totoro. Toujours ancré dans un message écologique, le film suit Mei et Satsuki, deux sœurs, pendant que leur mère est hospitalisée, ce qui est un fait tiré de la jeunesse de Miyazaki. Elles découvrent près de chez elles une famille de Totoro, de grandes créatures pacifiques. Chef-d’œuvre poétique, Mon voisin Totoro restera comme l’une des plus belles compositions de Joe Hisaishi. Le film est considéré comme trop risqué financièrement et le studio Ghibli le sort en double programme avec Le Tombeau des lucioles pour un résultat des plus mitigés. Le film connaitra la gloire grâce à l’aspect iconique du Totoro. En effet, deux ans après la sortie en salle, le studio Ghibli commence à vendre du merchandising à l’image de cette créature moustachue au ventre bedonnant. Le succès est tel qu’il influencera la renommée du film et que le Totoro donnera le superbe logo du studio.



Le projet suivant, Kiki la petite sorcière, n’était pas censé être réalisé par Hayao Miyazaki mais le producteur, mécontent du premier scénario, reprend le film en main et écrit une nouvelle version. Moins marqué pour ce qui est du message écologique, cette nouvelle œuvre reste très clairement dans l’univers du réalisateur avec l’histoire d’une jeune sorcière de 13 ans qui s’installe seule dans une nouvelle ville à connotation européenne et commence à faire des livraisons avec son balai volant pour une boulangerie. Le film marche bien et marque l’arrivée à la production de Toshio Suzuki, qui collaborera à la plupart des Ghibli par la suite. Hayao Miyazaki revient trois ans après avec une de ses principales passions et sources d’inspiration, l’aviation, en adaptant un de ses mangas. A l’origine destiné à devenir un moyen métrage, Porco Rosso prend la forme d’un long mettant en scène Marco, surnommé Porco Rosso à cause de sa ressemblance avec l’animal, un aviateur sillonnant le ciel de l’Italie d’entre deux guerres. Le succès rencontré au Japon se concrétise à l’étranger puisque Porco Rosso est le premier film d’Hayao Miyazaki à connaitre une sortie française en 1995, un an avant que Walt Disney Pictures, par le biais de Buena Vista, obtienne l’exclusivité des droits de diffusion à l’étranger pour tous les films de Ghibli à condition de ne pas les remonter (ce qui n’empêchera le distributeur d’effectuer certaines modifications pour viser les enfants grâce au doublage).



Hayao Miyazaki rentre alors dans une nouvelle ère, celle de la reconnaissance internationale, qui permet au studio Ghibli de devenir plus ambitieux. Après le court métrage On your mark, il s’attelle à Princesse Mononoké, un projet à nouveau ancré dans un message écologique où Ashitaka, futur chef de son clan, est blessé par un sanglier-démon et doit trouver le Dieu Cerf pour qu’il le soigne. Ce chef-d’œuvre épique inscrit un nouveau record au box-office japonais battant E.T. l’extraterrestre mais sera vite dépassé par le Titanic. Alors qu’il s’agit de son film le plus ancré au Japon, le film connaitra deux ans après une sortie aux Etats-Unis et puis dans le monde entier avec un succès public surprise toutefois sans comparaison avec Le voyage de Chihiro. Alors qu’il annonçait Princesse Mononoké comme son dernier film, Miyazaki revient effet avec une nouvelle oeuvre en 2001 qui va l’imposer comme étant la figure de l’animation japonaise dans le monde, avec un Oscar du meilleur film d’animation ou encore le premier Ours d’Or de Berlin remis à un dessin animé à la clé. Avec un budget colossal par rapport à ses précédents films, le réalisateur et scénariste nous présente Chihiro, une jeune fille de 10 ans, perdue dans une ville en fantôme où elle essaie de sauver ses parents transformés en cochons. Ce nouveau chef-d’œuvre proche du surréalisme signé par Miyazaki et son équipe bat tous les records, devenant le plus gros succès de l’histoire pour un film non-américain. A la même époque s’ouvre le musée Ghibli, dirigé par Goro Miyazaki, le fils de son père, et pour lequel le réalisateur célébré va faire 3 courts métrages en 2001. Malheureusement le producteur historique du studio Ghibli, Yasuyoshi Tokuma, ne connaitra pas cette consécration puisqu’il meurt en septembre 2000. Plusieurs hommages lui seront rendus au Japon, notamment des récompenses posthumes de l’académie japonaise du cinéma et du Mainichi Film Concours.



Alors qu’il s’annonçait lui-même comme partant à nouveau à la retraite après Le voyage de Chihiro, Hayao Miyazaki revient à nouveau en 2004 avec Le Château ambulant et un univers plus proche de ses premiers films pour Ghibli. On y suit Sophie, une adolescente de 18 ans, amoureuse d’un magicien nommé Hauru et qui se retrouve transformée en vieille dame de 90 ans. Cette métamorphose lui permet de pénétrer dans le château ambulant de Hauru. Alors que la carrière de Miyazaki connaissait une hausse constante depuis des années, Le Château ambulant est le premier de ses films à marquer le pas. Certains accueillent assez froidement ce nouvel effort et si les résultats du box-office sont bons, ils sont loin des chiffres obtenus par Le voyage de Chihiro. Alors qu’à 63 ans, on le pense sur la fin de sa carrière, Hayao Miyazaki continue à la surprise générale : après trois nouveaux courts métrages en 2006, il s’attaque à Gake no ue no Ponyo dont la sortie est prévue en 2008. On y découvrira une princesse poisson rouge rêvant de devenir humaine et qui rencontre un garçon de 5 ans. A l’occasion de ce nouveau film, Hayao Miyazaki souhaite laisser un peu de côté les ordinateurs et livrer une œuvre faite avec de la peinture à l’eau et des couleurs pastels. Pour son dernier film ?

Isao Takahata sous l’ère Ghibli



Dans l’ombre du consacré Hayao Miyazaki, Isao Takahata, de six ans son ainé, a connu une carrière moins prolifique sous la bannière Ghibli même si elle recèle elle aussi des œuvres cultes. Paradoxalement, la première réalisation pour le nouveau studio est un documentaire de 2h40 produit par Hayao Miyazaki en 1987, The Story of Yanagawa's Canals. Cette mise en bouche montre bien la différence de style entre les deux fondateurs du studio. Loin de la fantaisie souvent enfantine de Miyazaki, Isao Takahata a une volonté plus réaliste et parfois beaucoup plus incisive. Il met d’ailleurs en œuvre ces intentions pour son retour au long métrage animé six ans après Goshu le violoncelliste avec Le Tombeau des lucioles, le dessin animé le plus triste et le plus traumatisant depuis Bambi ! Et pour cause, l’action, s’inspirant d’un roman autobiographique, prend place pendant la Seconde Guerre mondiale au Japon alors qu’un adolescent et sa petite sœur de quatre ans essaient de survivre livrés à eux-mêmes. C’est d’ailleurs le côté déprimant du film qui sera l’une des raisons pour lesquelles il sort dans un double programme avec Mon voisin Totoro, les créatures de Miyazaki devant réconforter les enfants. Le style poétique et sensible de Takahata convainc et le film gagne un prix dans un festival à Chicago, contribuant ainsi à la renommée naissante de Ghibli.

Moins prolifique que Miyazaki, Isao Takahata revient en 1991, trois ans après, pour un nouveau film qu’il réalise et scénarise, connu sous différents noms (au choix en français Les souvenirs ne meurent jamais ou Souvenirs goutte à goutte, en anglais Memories of yesterday ou Only yesterday et en japonais Omohide poro poro). Une trentenaire nous y fait revivre ses souvenirs d’enfance alors qu’elle se rend compte de la tristesse de sa vie actuelle. Le film ne connaitra malheureusement jamais de sortie en France, au contraire des premières œuvres de Takahata. Pris dans l’accord de diffusion entre Disney et Ghibli, la compagnie américaine décide de ne pas sortir le film à cause de références à la menstruation qu’elle ne peut couper puisqu’une clause du contrat lui interdit tout remontage.



Le réalisateur et scénariste Isao Takahata retrouve le producteur Hayao Miyazaki en 1994 pour Pompoko. Sous ces allures de fable écologique fantaisiste et enfantine comme sait si bien le faire Ghibli, cette chronique de la vie des Tanukis, des créatures anciennement capables de se transformer en homme, cache une cruauté insoupçonnée pour appuyer son propos écologiste de façon frontal. Primé au festival d’animation d’Annecy en 1995, le film finit l’année 1994 en tête du box-office japonais et sera pendant un temps le plus gros succès commercial du studio Ghibli. A 64 ans, Takahata revient en 99 pour son dernier film, Mes voisins les Yamada, premier film entièrement sans dessin traditionnel des studios Ghibli. Avec son graphisme tranché inspiré du manga original, le film décrit le quotidien d’une famille japonaise, rappelant aussi bien le réalisme social de Takahata que son gout pour la comédie (cf Kié la petite peste). Le film connait un beau succès à travers le monde. Si Mes voisins les Yamada n’est pas explicitement son dernier film, il parait assez peu probable de voir Isao Takahata, maintenant âgé de 72 ans, revenir derrière une carrière.

Une succession difficile

La retraite de Takahata, Miyazaki qui joue les prolongations à 66 ans, le décès de Yasuyoshi Tokuma ou le vieillissement du producteur Toshio Suzuki qui va sur ses 60 ans, tant de raisons de s’inquiéter du futur de Ghibli alors que la première génération est sur le point de s’en aller. Hormis les projets de ses deux réalisateurs phares, la filmographie du studio n’est pas folichonne et aucun successeur ne semble se dessiner clairement. Pourtant la question de la succession se pose depuis longtemps. Dès 1993, les premières tentatives sont visibles. A 34 ans, Tomomichi Mochizuki dirige une équipe formée des plus jeunes techniciens de Ghibli pour faire un long métrage pour la télévision nommé Umi ga kikoeru. Ce récit de jeunes se rappelant leur souvenir de lycée pendant un road-trip ne semble pas convaincre les exécutifs de Ghibli puisque la collaboration avec Mochizuki s’arrête là. En 1995, l’héritier au trône semble enfin trouvé avec Yoshifumi Kondo qui réalise Whisper of the heart sur une histoire et un storyboard de Miyazaki. Premier film où Ghibli utilise en partie une imagerie numérique, ce film restera le dernier dirigé par Kondo. Directeur de l’animation pour Miyazaki depuis Lupin 3, le successeur meurt en effet en 1998 à l’âge de 48 ans.



La crise de succession connaitra une pause jusqu’en 2002. Un an après Le voyage de Chihiro sort en effet Le royaume des chats réalisé par Hiroyuki Morita, un animateur ayant travaillé sur Kiki la petite sorcière et Mes voisins les Yamadas. Là encore, Hayao Miyazaki impose une lourde ombre sur le travail de son successeur en le produisant, contrairement à Isao Takahata. Projeté à Cannes, le film surfe clairement sur la vague Le voyage de Chihiro mais ne provoque pas le même engouement malgré un univers proche de celui de Miyazaki. Le seul film de Morita est souvent considéré comme le plus faible des Ghibli. Sa courte durée, 1h15, montre en tout cas un manque d’ambition par rapport aux films de deux heures que nous livre le plus souvent le maître Miyazaki.



Après deux courts métrages qui ne semblent pas avoir donné de successeur, les exécutifs de Ghibli donnent à nouveau un long métrage à quelqu’un d’autre que les deux réalisateurs phares. La surprise vient du nom puisque Les contes de Terremer est réalisé par Goro Miyazaki, le fils de son père qui est assez furieux d’apprendre la nouvelle. Cela fleure bon le coup médiatique puisque fiston n’a jamais rien réalisé et n’a même jamais participé à un film précédemment. Architecte de formation, ce quadragénaire a commencé dans les studios Ghibli en dessinant le plan du Musée en 2001 avant d’en prendre la tête. Une chose est sûre, la bataille pour la succession chez Ghibli est bien pour celle pour l’héritage d’Hayao Miyazaki alors que personne ne semble se presser pour s’affirmer comme prenant la suite d’Isao Takahata. En plus de cette indécision, le studio essaie depuis peu de se diversifier, devenant ainsi diffuseur de Kirikou et la sorcière et de Le Roi et l’oiseau au Japon mais aussi coproducteur sur Ghost in the shell : Innocence de Mamoru Oshii.
 
Publié le 02/04/2007 par Yannick Gallepie

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