Dossier : Jean Dujardin

Le 26 janvier dernier tombaient les nominations pour les Césars avec une surprise, la nomination de Jean Dujardin pour son rôle dans OSS 117, Le Caire nid d’espions. Si l’acteur s’est fait soufflé la récompense par François Cluzet, cette nomination n’en reste pas moins la preuve qu’il a réussi à séduire à la fois le public et les professionnels en seulement quelques années.


Respecté de tout le monde, Dujardin mène une carrière proche de celle d’un Jim Carrey. Avec un physique assez commun, il arrive à s’adapter à des personnages forts et à s’en démarquer aussitôt, passant à d’autres rôles comiques marquants ou à des drames dans la foulée. A l’occasion de la sortie du polar Contre-enquête, Cinéma-France vous offre un retour sur cette courte mais intense carrière.

Les années Nous C Nous



Né le 19 juin 1972 dans les Hautes-Seines, la carrière de comédien de Jean Dujardin démarre dans le milieu des années 90 au théâtre le Carré Blanc où jouent quatre autres comiques : Bruno Salomone, Eric Collado, Eric Massot et Emmanuel Jouclat. Les cinq têtes d’affiche décident de s’unir sous le nom de La bande du Carré Blanc, qui prendra par la suite le nom de Nous C Nous. Le groupe se retrouve vite sur le petit écran grâce à Patrick Sébastien. Ils officient dans son émission Fiesta sur France 2 et gagnent leur propre case horaire sur France 3. Ils enchainent les sketchs apprenant ainsi à passer d’un personnage à l’autre. En parallèle, Jean Dujardin et Bruno Salomone livrent des pastilles pour l’émission Farce Attaque de Laurent Baffie. Les comiques envahissent tout le PAF. En 1997 et 1998, c’est sur M6 qu’on croise Dujardin. Sous une perruque blonde et avec un t-shirt jaune, il gagne à 3 reprises la catégorie comique de Graines de stars et crée son personnage le plus connu, un certain Brice de Nice. La bande du Carré Blanc prend son nom de Nous C Nous grâce à leur plus gros coup. En pleine période des boys band (ça nous rajeunit pas tout ça…), Bruno Salomone, Eric Collado et Jean Dujardin se mettent dans la peau de ces fameux groupes pour adolescentes. Le titre s’appelle Nous C Nous et le clip passe en plus à la télévision.

Un gars, une fille et les débuts au cinéma



Alors qu’il travaille encore aux Nous C Nous en 1999, c’est avec surprise qu’on retrouve Jean Dujardin dès octobre dans une mini-série au format novateur, Un gars, une fille, qui passe juste avant le 20 heures de France 2. Adapté d’un concept québécois, on y suit un couple de trentenaires dans sa vie quotidienne, les autres personnages étant hors-champ. Ce fameux couple garde les prénoms de ses acteurs, Jean Dujardin et Alexandra Lamy, et fait rentrer dans le quotidien des français les surnoms de Chouchou et Loulou. Le succès est immédiat et ne se démentira pas, la série gagnant régulièrement des spectateurs. Après trois ans à travailler ensemble, les deux acteurs décident de quitter leur conjoint respectif et de former un couple à la vie comme à l’écran. Alors que la série est toujours en cours (elle s’arrêtera en 2003), le cinéma fait les yeux doux à Jean Dujardin, d’abord dans des seconds rôles. On le voit d’abord dans la comédie des deux scénaristes de La vérité si je mens !, Michel Munz et Gérard Bitton, Ah ! Si j’étais riche avec Jean-Pierre Darroussin. En 2003, on retrouve Dujardin dans plusieurs comédies. En plus d’une apparition dans l’excellent Les clefs de bagnole de l’ami Laurent Baffie, on le voit dans de nouveaux seconds rôles dans Bienvenue chez les Rozes de Francis Palluau et Toutes les filles sont folles de Pascale Pouzadoux.

La montée en puissance



Après l’arrêt de la série Un gars, une fille, Jean Dujardin gère bien son tournant vers le cinéma (ce qui n’est pas le cas d’Alexandra Lamy…). Outre un rôle de cow-boy sauce Brice dans le navrant Les Dalton de Philippe Haim, son année 2004 est marquée par la sortie à une semaine d’écart de Mariages ! et de Le convoyeur. La comédie de Valérie Guignabodet rencontre un véritable succès public, avec plus de 2 millions de spectateurs. On y suit le destin de trois couples, dont l’un formé de Mathilde Seigner et de Jean Dujardin, le jour d’un mariage. Il s’agit de son premier succès au box-office dans un premier rôle. Second rôle dans le polar de Nicolas Boukrief, l’humoriste y trouve son premier personnage plus dramatique avec une bonne performance même si elle est un peu éclipsée par celle d’Albert Dupontel. Il y incarne Jacques, un des membres de l’équipe de convoyeurs autour de laquelle Boukrief construit un polar intense. Après ces deux films, c’est sûr, plus personne ne pense à Dujardin que comme Loulou d’Un gars, une fille.

2005 : l’année Brice de Nice



Certains n’ont même jamais vu Dujardin comme Loulou mais ont gardé le souvenir du personnage qu’il lui a fait gagner Graines de stars : Brice de Nice. Cet arrogant surfeur a marqué quiconque a vu ses sketchs par ses mimiques et son ton si… débiles. Ce personnage finit par rattraper son auteur ce qui donne en 2005 le film Brice de Nice, scénarisé, interprété (et chanté) par Dujardin lui-même. Aidé par la scénariste Karine Angeli et le réalisateur James Huth, il essaie de construire toute une vie quotidienne autour du surfeur casseur pour un résultat mitigé. Assez laborieux et avec la resucée de toutes les vannes venant des sketchs, les fans des anciennes aventures de Brice peuvent être déçu. Pour former un film d’1h38, le scénario raconte comment Brice perd le soutien financier de son père et fait face à la réalité. Il croise pour l’occasion Marius, interprété par un Clovis Cornillac encensé par les critiques, et un surfeur concurrent nommé Igor d’Hossegor, joué par le toujours hilarant et trop rare Bruno Salomone. Comme attendu, le succès public est au rendez-vous avec plus de 4 millions d’entrées, assurant ainsi le statut d’acteur bankable à Jean Dujardin.

Mais l’acteur connait aussi ses deux premiers échecs en 2005. Au début de l’été sort L’amour aux trousses, comédie genre buddy movie où un policier apprend que son coéquipier le fait cocu. Avec en tête d’affiche Jean Dujardin et Pascal Elbé, le film passe pourtant assez inaperçu et ne réunit que 160 000 spectateurs. Encore plus décevant au vu des attentes des producteurs, Il ne faut jurer de rien ne dépasse pas le million d’entrées alors que son budget est de 12 millions d’euros (plus du double de Brice de Nice). Pourtant le succès semblait gagné pour ce film à costume réunissant Dujardin sortant du phénomène Brice de Nice et Gérard Jugnot un an après Les Choristes et une autre année avant Les Bronzés 3 : amis pour la vie. Le public et la critique ont boudé cette adaptation d’Alfred de Musset qui met en scène Dujardin dans le rôle d’un roublard coureur de jupon et Jugnot dans celui de son oncle souhaitant à tout prix le caser.

La consécration OSS 117



A ce moment de la carrière de Jean Dujardin, on peut se demander si celui qui a échappé au rôle de Loulou n’est pas trop marqué par le personnage de Brice, tout comme Gad Elmaleh a eu du mal à se débarrasser de Chouchou et comme Franck Dubosc ne jouera jamais que son personnage de faux romantique. C’est mal connaitre notre Jim Carrey français, lui aussi capable de se fondre à la perfection dans n’importe quel rôle grâce à un physique normal. C’est justement cet aspect de français moyen qui éclatera grâce à OSS 117, le Caire nid d’espions, véritable consécration pour l’acteur. Michel Hazanavicius, chef d’orchestre du mythique Grand détournement ou la classe américaine, reprend un personnage d’espion français développé dans une série de films des années 60, réponse franchouillarde à James Bond. Hubert Bonisseur de la Bath (appelé le OSS 117, c’est plus court) est un bon français, homophobe, misogyne, xénophobe, inculte, ethnocentriste… envoyé en Egypte pour une mission. Servi par des dialogues immenses et déjà cultes, Jean Dujardin s’en donne à cœur joie et prouve sa capacité à se fondre totalement dans ses personnages. Sa prestation est saluée par la critique et amène 2,3 millions de spectateurs dans les salles. L’acteur obtient même une nomination pour les Césars. Loin de s’enfermer dans ce nouveau rôle, Dujardin joue en même temps que la sortie du film la pièce de théâtre Deux sur la balançoire où il retrouve Alexandra Lamy.


L’après OSS 117



Après le succès d’OSS 117, le Caire Nid d’espions, Jean Dujardin continue de jongler entre les styles. Dans son nouveau film, le décevant Contre-enquête, il joue avec talent un flic détruit par la mort de sa fille. L’avenir de Dujardin s’annonce varié. Si on ne sait pas quoi attendre de ses différents projets de comédie (le déjà-vu Cherche fiancé pour les vacances qui plaise à ma mère tous frais payés, un second rôle dans Le Mytho et surtout Lucky Luke par le réalisateur de Brice de Nice), deux de ses projets nous mettent déjà l’eau à la bouche. Il y a tout d’abord OSS 117 2, toujours réalisé par Michel Hazanavicius et scénarisé par Jean-François Halin, auteur du premier mais aussi des films de Patrick Timsit (dont l’excellent Quasimodo d’el Paris). Dans un avenir plus proche, Jean Dujardin nous montrera sa capacité à se fondre dans des personnages barrés grâce à 99 francs, l’adaptation du roman à succès de Frédéric Beigbeder par le talentueux Jan Kounen. Pour l’occasion, l’acteur adoptera les lunettes et les cheveux longs d’Octave, un publicitaire qui fait tout pour se faire renvoyer.

 
Publié le 06/03/2007 par Yannick Gallepie

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