Dirt, la série sur le scandale, est sortie en DVD. Critique de cette première saison.
Il y a deux semaines est sortie en DVD la saison 1 de
Dirt, série de
FX diffusée chez nous sur France 4. Pour voir une simple présentation de l'univers et des personnages, allez
là ; nous parlerons ici de la saison 1, qui comporte 13 épisodes ; rappelons que la seconde est plus courte (7 épisodes) à cause de la grève des scénaristes, et qu'il n'y aura pas de troisième.
Dirt parle de scandale, dans le monde de la mode et des starlettes. Tapis rouge et soirées branchées, orgies autour de la piscine, drogue au grand jour : bienvenue chez les starlettes, acteurs de seconde zone, sportifs célèbres et héritières branchées … L'intérêt de la série est d'avoir pris un angle d'attaque original, puisqu'elle approche le sujet par un regard extérieur, celui des journalistes, tout en permettant de pénétrer tout de même dans l'univers en question par le biais des petites histoires des starlettes qui font l'objet des investigations. Ces personnages sont pleins de vice, à l'esprit étriqué, se contorsionnant dans leur image. La série, alors, dénonce d'une certaine façon la célébrité, son caractère éphémère et fragile, ses dangers, la manipulation des médias qui peuvent du jour au lendemain enterrer une carrière ou la créer.
La réalisation essaye de suivre cette frénésie de mouvement qui anime tout le monde ; le pilote, particulièrement, semble quelque peu sous acide. Heureusement que le rythme se calme par la suite, tout en gardant un dynamisme plutôt efficace, sinon la série nous aurait rapidement fatigué. On retiendra tout de même la technique très amusante de la photo prise pendant le déroulement de la vidéo, ce qui nous met facilement à la place du paparazzi et permet d'intégrer le spectateur dans l'action. La caméra est souvent excitée, toujours mouvante, particulièrement, donc, dans les moments de chasse au scoop : le spectateur plonge facilement dans l'action et oublie un instant que le reste de la série est inconséquent.

Le principe de chaque épisode est en effet très simple : à chaque fois, on a un ragot (gentiment appelé scoop, mais bon, qui couche avec qui, ça s'appelle un ragot) à creuser et révéler, mais on voit aussi se développer en parallèle deux histoires qui courent au long de la saison : la relation entre Lucy et un acteur de seconde zone (Holt McLaren, joué par un
Josh Stewart apathique au possible), et entre Don et Kira Klay (excellente
Shannyn Sossamon, qui a ensuite continué ses rapports troubles avec la mort dans
Moonlight où elle joue une vampire), une starlette morte avec qui il s'imagine vivre.
Mais il faut avouer que les scénaristes n'ont pas cherché à créer une grande profondeur de personnages. Entre les bimbos au QI inexistant et les journalistes sans vrai visage, le fond dans lequel évoluent les personnages principaux manque de consistance – comme l'univers qu'il décrit, certes, mais ça nous empêche de trouver à la série un relief nécessaire pour accrocher. Tout repose alors sur Lucy Spiller (
Courteney Cox), personnage principal, et sur son ami Don Konkey (
Ian Hart, excellent comme toujours), schizophrène qui oublie régulièrement de prendre ses cachets. Le personnage complètement barré de Don Conkey est aussi particulièrement excitant et donne à la série, tant par l'interprétation impeccable que par les déviances de son personnage, un petit côté dérangé franchement sympa et original qui permet d'étoffer une série par trop superficielle. Les créateurs de la série ont dû sentir son potentiel, puisque c'est lui qui commente les événements, de façon souvent étrange d'ailleurs. Le personnage de Willa McPherson, par contre, est sans doute celle que l'on retiendra, partant de la pigiste peu sûre d'elle à la vraie journaliste d'investigation, prête à tout, manipulatrice, arriviste : une nouvelle Lucy, quoi, mais en plus intéressante. Du coup, on jetterait bien un œil sur
The Ex List, prochaine série de son interprète
Alexandra Breckenridge.
Comme toutes les séries, celle-ci essaye d'avoir un aspect psychologique. En plus du désordre psychologique de Don, on se retrouve avec Lucy, incapable d'orgasmer, avec une mère tendance castratrice, un frère qui ne l'aime pas, et un père qui s'est suicidé (et dont elle a trouvé le corps). Tout cela est sans doute censé donner un arrière-plan solide à un personnage qui, au départ, en manque cruellement, et les scénaristes essayent ainsi nous montrer que Lucy, prête à tout pour faire marcher son magasine, n'est pas que ça et est elle aussi mal foutue à l'intérieur. Dommage que ça ne marche pas trop, l'histoire familiale n'étant pas follement passionnante et étant mal gérée par les scénaristes, qui semblent se rappeler de temps en temps qu'ils ont cet arc à mentionner et le bâclent vite fait pour dire que c'est réglé.
Si on dresse un bilan final de cette série, on retiendra le retour intéressant de Courteney Cox à la télévision, le changement progressif de Willa et le personnage complètement barré de Don, interprété par un Ian Hart en très grande forme : finalement, le point fort de Dirt, ce sont ses acteurs. Mais Dirt est souvent aussi superficiel que le monde qu'il décrit, et si le principe est plutôt sympa, on se lasse rapidement des débats des héros dans le monde de la célébrité. Mais rien que pour voir Breckenridge voler la vedette à Cox (et ne vous inquiétez pas, c'est ce qu'elle fait), la saison 2 vaut le coup.