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Dossier : [DVD] It's a free world... |
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Plus de 500 000 entrées ciné pour le très réussi dernier Ken Loach. Et combien de ventes DVD ? Beaucoup, on espère.
Caractéristiques :
Format film : 1.85 - 16/9 compatible 4/3 – couleur – 1h31
Langues : anglais et français, Dolby stéréo et D.D. 5.1
Sous-titres : français
Critique du film :
Cinéaste social par excellence, Ken Loach est revenu une nouvelle fois cette année à un cinéma politiquement engagé contre le système économique capitaliste. A l'instar de son Bread & Roses sorti en 2000, It's a Free World… pointe du doigt les conditions de travail scandaleuses des immigrés. Mais là où son précédent opus enfonçait, malgré son discours et ses intentions louables, un peu des portes ouvertes par sa proportion à tomber dans un manichéisme primaire (patron=méchant exploiteur/immigré=gentil exploité) et une absence de renouvellement thématique, son dernier métrage, lui, est un vent frais dans la filmographie de son auteur.
It's a free world… est en quelque sorte l'équivalent de ce que fut récemment Match Point dans la carrière de Woody Allen : un élargissement de son horizon cinématographique. Contrairement au new-yorkais, Ken Loach n'a pas eu besoin de s'exiler au loin pour signer une de ses pièces maîtresses, juste d'effectuer une reconsidération de la complexité de la situation du monde salarial britannique afin de ne pas tomber dans la facilité émotionnelle. Le résultat se fait sentir tout de suite !
L'histoire suit le parcours d'Angie (Kierston Wareing, une révélation), mère célibataire, employée d'une boîte de recrutement qui, du jour au lendemain, la licencie : elle décide alors de fonder sa propre société. Très vite l'enthousiasme de la jeune femme se confronte à la dure réalité sociale du pays et se voit obligée de contourner les lois pour mettre son entreprise à flot, fournissant une main d'œuvre sans papiers à ses clients initiés bien avant elle à cette orientation.
Ainsi, il ne s'agit plus ici de simplement dénoncer de gros conglomérats hors-la-loi qui se servent des plus démunis afin de s'enrichir sur leur dos, mais de mettre en garde contre un système inégalitaire qui force le citoyen lambda à ne voir que son intérêt personnel, à se positionner contre les autres (surtout ceux qui ne sont pas issus du même milieu), à devenir l'exploiteur pour ne pas/ne plus être l'exploité. Opprimer ou être opprimé, tel est le constat dramatique de ce magnifique portrait de femme moderne dont le spectateur comprend parfaitement la détresse, le désarroi sans pour autant accepter sa déshumanisation progressive entraînant des choix de plus en plus moralement inacceptables.
« C'est un monde libre » nous dit le titre ; au public alors de se faire sa propre opinion, de juger, de condamner ou de pardonner les agissements d'Angie. Car Ken Loach lui ne le fait pas, il se contente de dévoiler les mécanismes de l'exploitation patronale, de la précarisation croissante du monde de l'emploi, mettant en interaction les différents points de vue (belle confrontation entre deux mondes lors de la discussion entre Angie et son père) d'un large problème au cœur de ce drame citoyen à la tension crescendo, soulignant le pente dangereuse vers laquelle se dirige son héroïne. « C'est un monde libre » nous dit le titre … à nous de profiter intelligemment de cette liberté pour le rendre meilleur pour tous.
Technique :
• Image :
Pas grand' chose à reprocher à une copie de bonne facture, bénéficiant d'une compression soignée et d'une définition d'une belle tenue qui met en valeur juste ce qu'il faut la mise en scène naturaliste de Loach.
• Son :
Que votre choix se porte sur le Dolby Stéréo ou le D.D. 5.1, sur la VF ou la VO, vous bénéficierez à chaque fois d'une écoute des plus agréables, laissant la priorité aux dialogues plutôt qu'à une ambiance sonore de fond bien retranscrite (le passage en boîte de nuit par exemple).
Bonus :
La sélection de compléments s'ouvre avec un commentaire audio du réalisateur se montrant beaucoup moins perspicace et pertinent que dans son travail de cinéaste. Peu bavard (les plages de silences sont longues et fréquentes), l'homme ne fait pas preuve d'une grande aisance dans l'exercice (difficile il est vrai), se contentant de paraphraser le sous-texte de son film. Certains trouveront malgré tout quelques anecdotes susceptibles de les intéresser.
On continue avec 7 scènes coupées présentées dans des conditions toutes relatives (beaucoup de traces d'usures). Celles-ci ne présentent qu'un maigre intérêt, on comprend en effet leur surpression du métrage puisque la majorité d'entre elles ne possède aucune utilité, ou ne sont que le prolongement de certaines (« Le Flirt »), voire un simple leitmotiv de ce que l'on a plus voir dans le film (« Recrutement »). Seules à vraiment susciter l'attention : « Une sale journée » et «Rébellion ». La première montre Angie racontant à sa collègue sa visite à l'usine de poulet, profondément dégoûtée du traitement infligé aux animaux, permettant ainsi de mettre en évidence son hypocrisie bien pensante, la jeune femme étant plus préoccupée par les conditions de vie des bêtes que par celles des employés. La seconde propose un long épisode totalement absent lors de la projection : la rupture entre Angie et Karol ayant enfin compris son petit jeu quand il voit le désintérêt et l'inaction de la jeune femme envers la défense des droits d'employés mécontents, recrutés dans une plantation de raisins. Si l'on ignore la raison de cette coupe, on peut sans doute penser qu'elle fut ôtée pour des questions de rythme.
Gros morceau de cette interactivité, un débat politique autour de It's a Free World… d'une vingtaine de minutes, au cours duquel l'ancien le Premier Ministre Lionel Jospin et d'autres intervenants statuent sur la situation sociale dépeinte dans le film. Un bon complément à l'œuvre de Loach qui permet d'approfondir ses idées de fond et de replacer l'objet dans son contexte européen et mondial. Judicieux.
Le DVD se conclue par une filmographie complète du réalisateur et quatre bandes annonces de titres disponibles chez l'éditeur Diaphana (Just a Kiss, Le Vent se lève, I'm Not There, Persepolis).
Interactivité :
- Commentaire audio de Ken Loach
- Scènes Coupées
- Débat politique autour du film, avec Lionel Jospin
- Filmographie de Ken Loach
- 4 Bandes-annonces de la collection Diaphana Edition Vidéo
Une œuvre majeure sur notre société qui évite judicieusement les écueils du film social pompeux. A (re)voir pour mieux comprendre les rouages d'un monde en totale roue libre.
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Publié
le 22/07/2008 par Julien Munoz
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