Opening refait revivre le cinéma italien via la sortie de plusieurs de ses classiques. Issu d'une première vague dédiée à la commedia dell'arte, A Cheval sur le Tigre ouvre les festivités.
Caractéristiques :
Format : 1.33 - 4/3 – noir et blanc -1h45
Langue : italien Mono
Sous titres : Français
Critique du film :
Emprisonné bêtement pour une simulation de vol, Giacinto Rossi, un gentil nigaud généralement sans histoires, travaille comme aide-soignant dans l'établissement pénitencier. Jusqu'au jour où il se retrouve contre son gré mêlé au plan de trois ses camarades de cellules prévoyant de s'évader bientôt. Malgré les coups fourrés de Giancinto pour faire capoter l'évasion, celle-ci réussit et Tagliabue, Papaleo, « le sourd » et lui deviennent les hommes les plus recherchés de tout le pays. Les problèmes de Giancinto ne font alors que commencer …
Suite au succès de la comédie
Le Pigeon (1958) de
Mario Monicelli, ce dernier ainsi que
Luigi Comencini,
Furio Scarpelli et
Agenore Incrocci décident de fonder leur propre société de production afin de bénéficier d'une liberté beaucoup plus grande. Premier né de cette collaboration : A Cheval sur le Tigre. Fondé sur le même principe que son illustre prédécesseur, le film est l'une des premières comédies « néoréalistes » du cinéma italien. A la vague de drames empreints de naturalisme (initiée par le
Rome, ville ouverte de
Roberto Rossellini) à la fin de la seconde guerre mondiale, le groupe y ajoute une pointe d'ironie doucement acerbe envers la société transalpine faisant les beaux jours de la comédie italienne. Ainsi, personnages sales, monstrueux, fourbes, sans morale, peupleront des farces souvent féroces et cinglantes dotées d'une image purement dramatique.
Scindé en deux parties distinctes (la préparation de l'évasion/la cavale à l'extérieur), A cheval sur le tigre traite de la nature égoïste de l'homme, de sa prédisposition à profiter de son prochain pour son unique profit : les détenus ne sont uniquement unis que parce qu'ils ne pourraient pas arriver à leur fin sans l'aide d'autrui. Une fois dehors, la règle du chacun pour soi prévaut et les traîtrises et autres coups bas pour abandonner le groupe fusent. Au spectateur alors de se délecter de péripéties allant crescendo, orchestrées avec brio par
Luigi Comencini sachant révéler la part humaine de ces personnages au début antipathiques puis touchant, dont un
Nino Manfredi irrésistible en benêt ayant toujours un train de retard sur les évènements.
Que dire de plus si ce n'est que la ballade vaut la peine d'être vécu.
Technique :
• Image :
Passé un générique abondant en grain et en défauts de pellicules dus à l'âge avancé du long-métrage, l'image se fait par la suite d'une meilleure qualité. On n'échappe pas aux multiples traces perceptibles faisant leur apparition sur toute la durée du film, mais elles ne gâchent en rien le visionnage d'une copie nette dotée d'une belle profondeur de champ (l'avant se détache sans que l'arrière soit flou) et d'une compression de bonne tenue. On regrette juste que le noir et blanc aborde épisodiquement une teinte brunie. Là encore, rien de préjudiciable, les conditions étant des plus favorables.
• Son :
Seul le mono d'origine est disponible mais on ne voit pas très bien ce qu'aurait pu amener de plus un son 5.1 dans l'affaire. L'essentiel est là : des dialogues clairs et précis, jamais pris en défaut, malgré un souffle parfois légèrement trop présent. Pour nos amis adeptes de la langue italienne, sachez qu'ils pourront retirer les sous-titres - incommodants quand on n'en a pas l'utilité - par la simple touche adéquate de leur télécommande.
Bonus :
Le déluge de bonus n'est pas de rigueur pour A cheval sur le tigre qui se contente d'une interview intéressante mais trop courte du scénariste
Furio Scarpelli (co-auteur du script avec
Agenore Incrocci,
Mario Monicelli et le réalisateur
Luigi Comencini). L'homme revient durant une dizaine de minutes sur la genèse du film, sur sa parenté stylistique avec
Le Pigeon qui a ouvert la voie à la comédie italienne des années 60, sur la rédaction du scénario fondée sur des recherches (l'évasion est un mix issu de plusieurs descriptions provenant des journaux) associées à l'imagination de ses auteurs. Auteurs pas toujours en complet accord comme l'avoue
Furio Scarpelli, reconnaissant que l'égo de chacun entraînait des disputes pouvant durer plusieurs jours. Pour conclure, le scénariste revient furtivement sur l'échec en salles du film entraînant une brève remise en question de ses concepteurs pourtant satisfaits de leur bébé.
Interactivité :
- « Ecriture à 8 mains » : interview de
Furio Scarpelli (9 min 47)
A noter qu'étrangement aucune interface de chapitres n'est présente sur le disque. Pour accéder à un passage du film, il vous faudra naviguer à l'aveuglette durant la lecture.
Petite édition, mais la bonne qualité éditoriale de l'ensemble et le bonheur de (re)découvrir, dans des conditions optimales, ce modèle de la comédie italienne suffisent à faire notre bonheur.