Composé d'un documentaire et d'un film, ce double DVD instructif, fun et sexy est aussi doublement séduisant.
DVD 1 : L'Age d'or du X
Caractéristiques :
Format : 1.33 compatible 4/3 – Couleur – 0h54
Langue : Français – Stéréo
Sous-titres : Aucun
Film :
L'Age d'or du x, réalisé par
Nicolas Castro et son compère
Laurent Préyale, retrace en une dizaine de dates l'apogée et le déclin du film pornographique en France.
De 1971, année de l'apparition post soixante-huitarde de la culture pop/underground au cinéma à travers entre autres la sortie du dessin animé
Fritz the cat (qui baise tout ce qui bouge et fume des pétards), jusqu'en 1982, année marquant l'apparition des cassettes vidéos sur le marché, ce documentaire passionnant a battu tous les records pour une seconde partie de soirée sur la chaîne
Paris Première.
On le comprend aisément. Entre images d'archives, extraits de films aux dialogues désopilants, interviews de personnalités ayant contribué à l'explosion de ce cinéma pornographique de qualité (le producteur
Francis Mischkind, les réalisateurs
Jean-François Davy et
François Jouffa , les actrices
Brigitte Lahaie et
Diane Dubois…),
Nicolas Castro décrit avec humour mais aussi nostalgie le temps, malheureusement disparu, de ces films tournés en 35 millimètres par de véritables metteurs en scènes et des acteurs qui, avant tout, tournaient pour le plaisir.
L'apparition des premiers mondos movies (films érotiques venus d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne), la libéralisation des films X grâce à la présidence de Valérie Giscard d'Estaing, la loi X qui s'ensuivit (films X cantonnés dans des circuits spécialisés, taxes diverses sur les salles…), tous les évènements liés au parcours des films X en France entre 1975 et 1983 sont ici passés au crible avec intelligence.
On rit aux nombreux extraits de films, aux apparitions de
Nicolas Castro en présentateur de journal, et, qui plus est, on se cultive, tout ce pan de cinéma aujourd'hui inégalable étant lié de près ou de loin à des évènements politiques (Mai 68, revendications du MLF…).
Quelque soit son âge, on ne doute pas que chaque spectateur sera touché par ce documentaire : ceux qui ont la mélancolie de ce cinéma inventif (mais excitant) et ceux qui ne l'ont jamais connu (en tout cas pas en salles).
Un documentaire brillant et salutaire qui donne envie de découvrir les autres travaux du duo
Castro/
Préyale consacré aux nanars du cinéma français (
Michel Rocas, le roi du nanar ou
Mon curé chez les bidasses).
Technique :
Un documentaire pour la télévision possède toujours une technique limitée pour peu qu'il présente des images d'archives. Celles-ci peuvent engendrer des qualités de sons et d'images différentes mais c'est aussi cela qui en fait le charme. Les extraits de films, sont, quant à eux, impeccables dans la mesure où la plupart sont issus de DVD remastérisés.
Bonus et interactivité :
Aucun bonus, l'interactivité se limitant au chapitrage du documentaire.
DVD 2 : Brigitte et moi
Caractéristiques :
Format : 1.88 compatible 4/3 – Couleur – 0h55
Langue : français – Stéréo
Sous-titres : Aucun
Le film :
Brigitte et moi est un film de 55 minutes exclusivement composé d'extraits de films français issus de « l'âge d'or du X ». Sur un scénario original (Richard se remémore le début de sa vie sexuelle, son engouement pour les tenues de soubrettes et surtout, surtout, son amour pour la belle Brigitte), le film de
Nicolas Castro (épaulé cette fois-ci par
Sébastien Thoen qui a beaucoup travaillé sur
Canal + où le film a été diffusé l'année dernière) a nécessité un montage important dans lequel on retrouve toutes les stars du porno de l'époque à travers 31 films d'une dizaine de metteurs en scènes (
Burd Tranbaree,
Francis Leroi,
Frédéric Lansac,
Gérard Kikoïne…). Des images d'archives viennent s'ajouter à ce patchwork réjouissant dans lequel l'histoire est le véritable fil conducteur.
On suit donc les parcours de Brigitte (
Brigitte Lahaie) et Richard (
Richard Allan surnommé « Queue de béton ») avant et après leur rencontre. L'histoire est poilante et les extraits judicieusement choisis pour donner au tout une tonalité on ne peut plus « déconnante ». Les dialogues sont réellement les dialogues des films originaux et c'est tant mieux. Ils sont irrésistibles de crudité assumée (« Que c'est amusant !» s'écrit une femme en voyant un godemiché à deux branches. « Encore plus amusant quand vous l'aurez dans le cul » répond Brigitte regardant la dame avec malice). Les extraits d'archives sont également très « fun » en tout cas dans l'exercice du détournement qui prévaut ici (je vous recommande la scène dans laquelle les patients d'un hôpital psychiatrique sont censés s'exprimer). A travers l'histoire de Brigitte et Richard,
Brigitte et moi est aussi une description de ce qu'on nomme « la Parenthèse enchantée » c'est-à dire des années qui suivirent la mise en vente de la pilule contraceptive jusqu'à l'apparition du Sida. Brigitte est issu d'une famille prolétaire et vote à gauche, Richard profite tant qu'il peut de la société de consommation et vote à droite. Brigitte est la représentation d'une société en pleine mutation permettant au film à travers un humour désopilant de traiter de sujets tel que le militantisme politique, la libération sexuelle et la place sociale des femmes, l'antipsychiatrie, la vie en communauté…
Alliant intelligence du montage et du discours et drôlerie de la narration, le film fait quelquefois penser au
Grand détournement des
Nuls par la cocasserie des dialogues et des situations. En y ajoutant une « social touch » et en se limitant à des extraits de l'âge d'or du porno,
Nicolas Castro et
Sébastien Thoen arrivent à la hauteur du film des anciens trublions du PAF.
Technique :
Là encore, quelques problèmes minimes liés à la nature même de l'exercice (différences sonores, qualités de pellicule différentes).
Bonus et interactivité :
Chapitrage.
Le coffret L'Age d'or du X est à la fois instructif, inventif et drôle. Il est néanmoins préférable de voir d'abord le documentaire pour mieux apprécier toute la portée de Brigitte et moi. Certains extraits de films se retrouvent sur les deux DVD ce qui est un peu dommage. Il aurait été judicieux de rajouter quelques bonus, par exemple des interviews un peu plus approfondies avec des acteurs et metteurs en scène ou bien encore des extraits de films plus conséquents. Mais ne boudons pas notre plaisir : ce double DVD est réjouissant et d'une drôlerie infinie sans nous prendre pour des imbéciles. Indispensable pour mieux connaître ce cinéma trop souvent mésestimé.
Pour en savoir davantage, vous pouvez lire l'interview que
Nicolas Castro nous a accordée
ICI.