|
Dossier : Interview L'Age d'or du X |
 |
|
A l'occasion de la sortie dans les bacs du coffret L'Age d'or du X, le réalisateur Nicolas Castro nous a accordé une interview.
-Les réalisations qui forment le DVD L'Age d'or du X sont toutes deux basées sur le cinéma pornographique des années 76/83. Vous êtes né fin 1973. A la fin de cette période bénie, vous n'aviez donc que 9 ou 10 ans. Comment avez-vous découvert le cinéma X de cette époque ?
Dans mon premier documentaire, Michel Rocas le roi du nanar, je racontais le parcours de réalisateurs de cinéma bis passant, selon les modes, d'un genre cinématographique à l'autre : la comédie policière, le film d'espionnage, le western, le fantastique, l'érotique, le porno et la comédie. Ainsi, j'eus à me documenter sur chacune de ces périodes et me rendis vite compte que l'épopée du X dans les années 70 offrait une matière passionnante pour faire l'objet d'un documentaire entier. Sans avoir donc connu personnellement cette époque, j'ai eu envie de la raconter en utilisant ce phénomène de société comme révélateur d'une France en pleine libération des mœurs, dans le courant libertaire né à la fin des années 60.
-Votre documentaire est à la fois passionnant, drôle, ludique et nostalgique. Les différentes étapes de cet Age d'or du X sont définies à travers huit dates partant du 28 mai 1971 pour terminer au 12 juillet 1982. Comment avez-vous choisi ces huit dates ?
Merci. La politique s'est vite emparée, à travers la problématique de la censure, de la question du cinéma pour adultes. De Jean Royer au début des années 70, défenseur de la morale et des bonnes mœurs à Jack Lang en 81, avec une certaine hypocrisie, en passant par la fameuse loi de finance dite loi X en 75, tous les gouvernements sont intervenus pour légiférer sur cette épineuse question, avec de multiples revirements. Je trouvai donc à la fois amusant et pertinent de choisir ces dates qui marquèrent à chaque fois l'histoire de cet Âge d'or.
-Comment avez-vous choisi les intervenants (Francis Mischkind, François Jouffa, Jean-François Davy, Brigitte Lahaie, Cyril Val, Diane Dubois …) ?
Ils me sont tous apparus comme des témoins majeurs. De plus, je souhaitais interroger des profils différents, soit un producteur, des réalisateurs, des comédiens, un journaliste … Malheureusement, je n'ai pas pu interroger d' autres personnalités intéressantes comme Francis Leroi ou Frédéric Lansac, décédés, ou Alban Ceray et Dominique Aveline pour des questions de disponibilité.
-Beaucoup de metteurs en scènes X de cette époque étaient des cinéastes traditionnels cachés sous des pseudonymes. Or, aucun d'entre eux n'est interviewé ici. Pourquoi ?
Jean Rollin apparaît sous son vrai nom bien qu'il ait tourné aussi quelques films sous pseudo. Jean-François Davy lui n'a pas pris de pseudo. J'aurais en effet aimé en interroger plus mais je devais respecter un certain équilibre entre interviews, images d'archive et extraits de films. Et puis il est vrai que certains ne souhaitaient pas intervenir ce qui paraît logique puisqu'ils avaient choisi un pseudo pour conserver l'anonymat.
-Pourquoi avoir fait l'impasse sur la sortie en juin 75 de Change pas de main de Paul Vecchiali, première fiction d'auteur mêlant intrigue policière et scènes X produite par Jean-François Davy ?
J'ai dû en effet faire des choix, de manière arbitraire parfois mais aussi pour des questions de droit des extraits de films.
-Comment s'est effectué le choix des images d'archives et des extraits de films X qui jalonnent le documentaire ?
Je suis un grand amateur d'images d'archives, j'ai donc, avec Laurent Préyale, effectué des recherches à l'INA. Pour les films, j'ai bénéficié de l'aide précieuse de Francis Mischkind, producteur principal des classiques de L'Âge d'or du X et qui eut la gentillesse de mettre son catalogue de films à ma disposition. Ensuite, il a bien sûr fallu visionner les films et en repérer les extraits les plus savoureux, travail ardu qui me donna l'idée de réaliser le second film, Brigitte et moi.
-La politique est assez présente dans le film ainsi que les manifestations étudiantes ou de libération de la femme (MLF). L'histoire du cinéma érotique puis pornographique n'est-il qu'affaire de politique ?
Disons qu'à partir du moment où le cinéma porno devint un véritable phénomène de société, faisant la une des hebdomadaires, la politique s'y immisce. Par ailleurs, dans la lignée de Mai 68, le cinéma porno fut pour certains un outil de provocation, en résonance notamment avec quelques revendications de minorités. Toutefois, pour être honnête, la plupart des films X n'avaient aucune autre ambition que celle de divertir et émoustiller les spectateurs.
-Ce fameux « Age d'or du x » durant lequel les films étaient scénarisés, dialogués avec humour, joués par des personnes pensant surtout à s'éclater dans un grand esprit de camaraderie, c'est l'exact contraire des « gonzos » qui prédominent aujourd'hui, non ?
Absolument. Au risque de passer pour un affreux réactionnaire, je suis persuadé que le porno était mieux avant. Toutefois, pour être juste, je ne me suis intéressé qu'aux meilleurs films de l'époque. Et puis, à la décharge des réalisateurs actuels, j'imagine que nombreux sont ceux qui aimeraient faire de bons films mais ils ne bénéficient tout simplement pas des mêmes moyens financiers que leurs aînés.
-La dernière scène du documentaire dans laquelle le producteur/réalisateur Francis Mischkind a la larme à l'œil en parlant du dernier film de Burd Tranbaree en 1983 tend à prouver que le cinéma de cet époque n'était pas qu'une affaire d'argent…
En effet, tous les protagonistes interrogés mettent en avant le côté « bonne franquette » des tournages de l'époque avec une certaine nostalgie. Une fois encore, il faut rester mesuré, le porno de cette époque n'était quand même pas un conte de fées, certaines trajectoires tragiques l'attestent, mais en tout cas, il semblerait que la bonne ambiance régnant sur les plateaux, avec des comédiens souvent copains dans la vie, ne soit pas une légende. Cependant, il faut replacer cela dans le contexte de l'époque, en pleine révolution sexuelle, le cinéma étant une fois encore le reflet des évolutions de la société.
-Parlons maintenant de la fiction Brigitte et moi qui se trouve sur le second DVD. A partir d'extraits de films des grands réalisateurs X de l'Age d'or (Francis Leroi, Burd Tranbaree, Frédéric Lansac, Gérard Kikoïne …) et d'images d'archives, vous avez créé un vrai petit film qui marche très bien. Quelles ont été les différentes étapes de ce travail ?
J'avais l'idée de départ : raconter la parenthèse enchantée (1967-1983) en utilisant les différentes sources que vous citez. Après, j'écrivis tout en visionnant les films, passant régulièrement du montage à l'écriture du scénario.
-Pourquoi avoir choisi Brigitte Lahaie et Richard Allan (Queue de béton) pour en être les protagonistes principaux ?
Brigitte Lahaie est l'icône absolue des films X de cette époque, je n'ai pas hésité un instant. Richard Allan faisait lui partie de la fameuse bande des quatre mousquetaires (avec Alban Ceray, Dominique Aveline et Jean-Pierre Armand). De plus, je pouvais utiliser comme structure, un peu à la manière du film Le Magnifique avec Belmondo, les images du film de Kikoïne La Femme Objet, avec de nombreuses scènes où il apparaît derrière une machine à écrire.
-Plus de 30 long métrages sans compter les images d'archives, le montage a dû être un enfer … ?
Un enfer diablement amusant. J'ai dû faire l'inverse des spectateurs habituels de ces films, c'est à dire passer les scènes hard en accéléré pour me focaliser sur les scènes de dialogue.
-Derrière le sujet (un homme qui ne peut assouvir ses désirs sexuels sans l'apparat des soubrettes), le film est là encore politique puisqu'on suit le parcours de Brigitte qui devient tour à tour féministe, maoïste, bisexuelle, hippie…
Je trouvais savoureuse l'idée de faire de Brigitte Lahaie une militante trotskiste, puis maoïste, puis lesbienne marxiste-léniniste, avant de l'envoyer dans une communauté hippie ou à La Borde, clinique pratiquant les méthodes de l'antipsychiatrie. Au-delà de cet aspect amusant, son personnage symbolise les expérimentations de toute une génération bercée par les idéologies et la contre-culture.
-Les extraits de films sont tellement drôles qu'on est plié en deux. Les dialogues y sont crûs et irrésistibles. Pouvez-vous nous assurer qu'aucun d'entre eux n'a été réenregistré pour mieux servir le scénario ?
Au départ, j'avais envisagé de détourner certaines scènes, en les doublant à nouveau mais il eût été fort dommage de se priver des merveilleux dialogues d'origine. Tout est authentique, sauf la voix off, bien sûr, remarquablement interprétée par Michel Vuillermoz.
-Brigitte Lahaie et Richard Allan ont-ils vu le film ? Qu'en ont-ils pensé ?
Bien sûr. J'ai tenu informé Brigitte Lahaie du projet avant même de le monter, lui faisant lire le scénario pour avoir son approbation. Elle m'a dit avoir beaucoup aimé le film, ce qui m'a fait un plaisir immense, j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour elle. Richard a vu le film et l'a également apprécié.
-Si vous ne deviez choisir qu'un seul metteur en scène ainsi qu'un seul film, quel serait votre choix ?
Choix difficile. Je citerai tout de même Francis Leroi et le film Dodo, pour ses dialogues truculents.
Enfin, que diriez-vous à nos lecteurs pour qu'ils aient l'envie d'acheter le DVD L'Age d'or du X ?
J'ai essayé, dans ces deux programmes, d'être à la fois ludique, divertissant et instructif, j'espère avoir réussi ce pari. Alors, si vous voulez vous offrir un petit voyage nostalgique dans une France subversive, grivoise, polissonne, déjantée, dénudée, tendre et amusante, précipitez-vous sur ce dvd.
|
| |
|
Publié
le 12/05/2008 par Christophe Hachez
|
|
| »
INFO ARTICLE |
|
|
|
|
| Nom:
L'Age d'or du X |
|
|