L'édition de ce film en DVD révèle l'essoufflement du cinéma coréen qui aura marqué la production cinématographique mondiale des années 2000.
Caractéristiques:
Format : 2.35 -16/9 compatible 4/3 – Couleur – 2h22
Langues : Dolby Stéréo Sud-coréen
Sous-Titres : Français
Shin-Ae est une femme désespérée qui se rend à Myriang, la ville natale de son défunt mari pour se raccrocher à la seule chose qui lui reste de lui, des souvenirs. Elle ne trouve là qu'une ville sombre et misérable qui la pousse dans ses retranchements à mesure que le temps passe, et elle est frappée par un nouveau drame : la mort de son fils.
Secret Sunshine se révèle alors un magnifique portrait de femme : combattant l'enfer, seule dans sa souffrance, elle fera preuve d'un courage exemplaire.
A sa sortie, on avait dit de ce film qu'il lui manquait du cœur et de la vie. La belle-mère de Shin-Ae le confirme par cette phrase terrible qu'elle lui adresse : « Tu pues la mort ». Dès lors, Shian-Ae est en quête d'un nouveau départ, avec les quelques souffles de vie qui lui reste. Une remise à plat qui l'incite à se tourner une première fois vers la religion. Remonter la pente, pour mieux rechuter, l'héroïne s'inflige les pires fardeaux : sans aucun respect pour elle-même, elle va à la rencontre de son bourreau puis admet que le pardon est inavouable. Elle succombe à la déchéance, devient une âme en peine, « brebis égarée » errant dans un monde hostile où le soleil ne brille nulle part.
Apologie de la défaite,
Secret Sunshine pointe du doigt le zèle de la religion protestante et le misérabilisme de l'existence humaine à travers ce personnage en recherche de soi-même. Shin-Ae est magnifiquement incarnée par l'actrice Jeon Do-Yeon, qui porte en elle toute la violence que l'on connaît d'ordinaire au film asiatique. Elle pleure, elle crie, elle subit, elle agresse, elle se saigne ; oui, son prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes est diablement mérité.
Alors pourquoi parle-t-on d'essoufflement du cinéma coréen ? Parce qu'il y a difficulté à se renouveler, à renouveler cette violence glaciale qui berce l'œuvre de
Park Chan-Wook, à renouveler la rigueur scénaristique figée de Lee Chang-Dong, à renouveler les envolées poétiques de
Kim Ki-duk.
Secret Sunshine en est la somme et si le film fonctionne, l'aspect comique du film peine à en alléger la noirceur, alors pour certain tant mieux :
Lee Chang-Dong est un auteur coréen, il fait du cinéma pur coréen mais après les récents échecs de ses compatriotes,
Secret Sunshine arrive peut-être en queue de cette vague sud-coréenne : violente, fougueuse et éprouvante pour le spectateur.
Technique : Le film n'est disponible qu'en version sud-coréenne sous-titrée français, c'est la preuve que ce DVD ne s'adresse pas à l'ensemble du public de cinéma ; si vous voulez suivre, il faudra d'office laisser l'Haagen-Dazs au frigo.
Parce qu'en plus, Secret
Sunshine est un film qui parle beaucoup. Le Dolby Stéréo restitue l'ensemble dans le détail, avec toutes les subtilités que le jeu de Jeon Do-Yeon nécessite, ses emportements successifs nous comblent d'un malaise à chaque fois plus intense, une réussite.
L'image est elle aussi soignée mais on regrettera la dose trop importante de luminosité. La lumière vient du ciel, peut-être que le réalisateur signale la vigueur de la flamme de l'espoir mais parfois, l'assombrissement des couleurs aurait pu se joindre à la détresse de l'actrice.
Bonus : En guise de Bonus, une interview du très tranquille réalisateur
Lee Chang-Dong réalisée sous le soleil parisien l'été dernier. Cigarette à la main, le cinéaste revient sur les origines de son film, discute de la figure du pardon, de ses non-prises de position religieuse. Il explique aussi les différences qu'il peut y avoir entre les publics asiatiques et européens, notamment ce qui concerne les subtilités de langage de son film, tout ça entre tranquillité assumée et nonchalance désolée. Il apparaît tel qu'il est, serein et apaisé, à réfléchir sur son film au fil de l'entretien, à répondre de la manière la plus exacte possible, et ça prendra le temps que ça prendra.
Enfin, les bonus comprennent aussi un documentaire/interview des acteurs pendant et après le tournage, sur le plateau ou en dehors.
Ils se montrent largement à leur aise, dans la joie et la bonne humeur à la différence du réalisateur. C'est un peu l'effet d'une salle de classe : d'un côté un maître d'école sérieux, de l'autre des élèves plus turbulents. Ils avouent par contre que le cinéaste fait pour le coup vraiment office de professeur : ils lui doivent tout, à lui qui comprend l'acteur, qui l'aide et le met en confiance en toute circonstance. Des aveux que la pudeur du réalisateur coréen n'aurait jamais permis, mais qui expliquent le contraste visible dans les séquences du tournage entre l'ambiance du film et la joie du tournage. Ca rigole, ça blagouille, Secret
Sunshine a été un tournage bon enfant.
Intéractivités:
- Entretien avec le réalisateur (24min)
- Entretien avec les comédiens (18min)
- Bandes annonces
Un DVD de bonne facture, dont devraient se contenter les amateurs de ciné asiatique ou de film pas facile ; mais un DVD qui n'est clairement pas destiné à ceux qui ne jurent qu'en terme de grand spectacle. Les suppléments sont peu nombreux mais ils ont le mérite de ne servir que le film, c'est une heure de Secret Sunshine en plus.