Voici la seconde partie du dossier sur les super-héros, se concentrant sur les créations originales, la télévision et les parodies.
Les créations originales :
Les films de super-héros ne se limitent heureusement pas aux seules adaptations des bande-dessinées des maisons
Marvel et
DC Comics. Une fois les règles du comic-book movie parfaitement intégrées et digérées, n'importe qui peut s'y attaquer sans passer par la case papier. En 1987,
Paul Verhoeven donne vie à un héros métallique un peu particulier,
Robocop. Douze ans avant de mettre en scène
Spider-Man,
Sam Raimi avait déjà tâté du genre avec son
Darkman. En 1999, le
Matrix des frères Wachowski, invente le super-héros cyberpunk. Bien que leurs pouvoirs s'inspirent d'autres célèbres personnages, les
Heroes aussi sont des créations originales… Certains exemples de prime abord peuvent sembler hors de propos, pourtant si l'on prend la peine de revenir dessus un peu plus en profondeur, on se rend vite compte de leur appartenance au genre. Inventer son propre justicier offre de nombreux avantages : s'affranchir du contexte typique afin de l'inclure dans un autre moins habituel (celui de la science-fiction dans le cas de
Matrix ), se servir juste des codes dont on a besoin pour développer son propos, ne pas se préoccuper de satisfaire une multitude de fans d'emblée inflexibles ou inclure une violence plus explicite (
Darkman mais surtout
Robocop). Il est amusant de constater que contrairement à la plupart des héros traditionnels acquérant leurs facultés surhumaines lors d'une expérience qui a mal tournée ou par naissance, ceux nés au cinéma les obtiennent généralement après un « accident » mortel (Néo devient l'élu après avoir succombé à plusieurs balles dans le corps, idem pour l'officier Alex Murphy doté d'une armure invincible après sa mort …). Le seul moyen pour l'être de chair de surpasser sa classe de simple mortel c'est de mourir afin de connaître la résurrection lui permettant de renaître sous la forme d'un être divin. Ces allusions christiques démontrent une fois de plus, l'association intrinsèque du super-héros au céleste. Sauver les maux de l'Humanité, à coup de tatanes ou à l'aide d'un flingue surpuissant… les voies du seigneur sont impénétrables.
Dans le cadre, l'Asie n'est pas en reste : au Japon, la culture du super-héros est très présente. En 1975,
Shotaro Ishinomori crée avec
Goranger (
Himitsu Sentaï Goranger) le premier « Sentaï » ou « Super Sentaï ». Des séries à l'intention des enfants, tournées-montées, dotées d'effets spéciaux cheap, mettant en scène une bande de jeunes gens en costumes colorés luttant contre le Mal pour sauver la Terre. En France, le format s'est fait connaître grâce à
Bioman, première série du genre débarquée chez nous en 1985 sur Canal +. Au pays du soleil levant, les
Denjiman,
Changeman,
Flashman,
Turboranger,
Megaranger,
Gigaman… ont fait les beaux jours de la télé nippone, continuant encore aujourd'hui de proliférer sur les petits écrans. En fait, le Sentaï n'est qu'une déclinaison du Tokusatsu (séries télés riches en effet-spéciaux) dérivé lui-même du kaiju (films de monstres géant type
Godzilla) comprenant les henshin (
San Ku Kai) et les metal heroes. Sa figure fondatrice demeure Ultraman, héros extrêmement populaire dans ces contrées, qui connaît au fil des années une incroyable prolifération vidéo-ludique, incluant bien évidement le cinéma.
Beaucoup moins poussée que chez son voisin nippon, la production en Chine et plus précisément à Hong Kong de ce type de films demeure maigrichonne. Il est amusant de constater que sa première incursion fut une copie même pas cachée du Tokusatsu. En effet,
Super Inframan (1975) de
San Hua, produit par la mythique
Shaw Brother, peut largement se voir comme une réponse à Ultraman : intrigue, effets-spéciaux, costumes… tout est calqué sur son modèle nippon. Heureusement, le cinéma hongkongais va plus tard ajuster le tir, en transposant des histoires de super-héros à sa sauce, c'est-à-dire au kung-fu. En 1993, le diptyque
The Heroic Trio/
The Executionners (1993), co-réalisé par
Johnnie To et
Ching Siu-Tung rassemble le trio choc d'actrices
Maggie Cheung/
Michelle Yeoh/
Anita Mui pour un défilé de scènes d'action voltigeantes comme seule l'ancienne colonie britannique sait les faire. Trois ans plus tard,
Tsui Hark produit le sympathique
Black Mask de
Daniel Lee, adapté de la BD de
Pang Chi-Ming, mettant en scène
Jet Li en sorte de Kato qu'on aurait libéré de la présence encombrante du Frelon Vert. En 2002, le producteur donnera une suite indigente,
Black Mask 2 : City of Masks. On peut dire que la mode occidentale des transpositions de justiciers masqués n'a pas influé sur le marché chinois, seul
Silver Hawk (
Fei ying) du peu doué
Jingle Ma avec en vedette
Michelle Yeoh fait exception, à l'inverse des Philippines, bon producteur depuis déjà une trentaine d'années. On ne prendra pas le risque de répertorier moult exemples (la liste serait non exhaustive et peu pertinente), notons seulement que la production nationale va plutôt bon train si on prend le cas de Capitain Barbell, ersatz local du kryptonien, né sur papier en 1963 par Mars Ravelo et qui connaîtra une déclinaison cinématographique dès l'année suivante. Depuis plusieurs opus ont vu leur apparition (le dernier date de 2003), ainsi que deux séries télés récentes.
Auto-introspection :
On l'a souligné au début de ce dossier, les histoires de super héros ont longtemps été considérées comme des écrits abrutissants pour adolescents attardés, et malgré les études sociologiques et littéraires accomplies dessus beaucoup se refusent encore à y reconnaître un quelconque intérêt culturel, social ou ethnologique ... Comme par exemple le message de tolérance des X-Men inspiré des conflits raciaux aux Etats-Unis en 1963 (date de la création des personnages) ou la parabole du passage de l'adolescence à l'âge adulte sous-jacente dans Spider-Man, pourtant bien présents. Par extension, le film de super-héros demeure considéré comme un sous-genre (dans le sens péjoratif du terme) du cinéma fantastique. Parce qu'il est vrai que peu d'adaptations s'extirpent du simple carcan de pop-corn movie et qu'une bonne partie sont tout simplement de très mauvais films, mais aussi parce que beaucoup de critiques ne voient pas plus loin que les « artifices » déroulés sous leur yeux (les costumes, les supers-pouvoirs …), ne regardant pas au-delà d'une intrigue en apparence simpliste (un bon/un méchant …) et prétextant qu'un film montrant des types en collants ne peut pas être sérieux.

Pourtant un réalisateur a su démontrer que si l'on met de côté tous ces éléments gênants pour ne garder que la moelle substantielle, on peut obtenir une œuvre tout ce qu'il y a de plus réfléchie. Cette personne c'est
M. Night Shyamalan avec son
Incassable . Il applique scrupuleusement les codes inhérents à tout bon récit de super-héros qui se respecte (un être en apparence ordinaire se découvre des capacités surhumaines, son apprentissage de ses pouvoirs et de ses faiblesses, sa découverte d'un antonyme) ancré dans un contexte intimiste et réaliste, expurgé d'effets spéciaux et de scènes d'actions. Misant juste sur une intrigue à suspense focalisée sur les protagonistes et une analyse clairvoyante de la philosophie des comic-books (le personnage interprété par
Samuel L. Jackson trouve un sens à son existence grâce à ses lectures), le cinéaste a accompli un véritable tour de force, signant là peut être le plus digne représentant du lot. Bien sûr,
Incassable n'a pas été adulé par tout le monde, certains trouvant à redire sur le ton sérieux du film, ceux-là mêmes qui reprochent la légèreté des adaptations de comics. Hypocrisie quand tu nous tiens.
Fort heureusement les graines semées par
Shyamalan commencent à germer. Le cas de
Heroes le montre bien : parmi ses protagonistes, l'un d'eux peut prédire l'avenir en peignant des toiles dont l'emboîtement rappel celle des cases d'une planche de dessin, auxquelles plusieurs autres personnages tentent de trouver le sens. Ainsi la bande dessinée, au même titre que les livres, peut devenir un gisement de connaissance, de sagesse, d'information… détendeur d'une certaine vérité sur l'Humanité.
Télévision :
Les super-héros n'ont pas attendu bien longtemps pour se décliner sur les autres médias : durant l'entre-deux guerres, l'homme d'acier connaît une déclinaison de ses aventures à la radio puis à la télévision dans les célèbres
Aventures de Superman (1952) avec
George Reeves, qui seront compilés en 1973 pour être exploité en salles. Dans les années 40, Batman est lui aussi le héros de sérials, puis dans la célèbre série ringarde (mais tellement attachante) des années 60 avec
Adam West. Pendant l'année 1966, les téléspectateurs plébiscitent faiblement
Le Frelon Vert, feuilleton dans lequel
Bruce Lee fait ses premiers pas dans la société hollywoodienne. Les seventies verront quant à elles, l'apparition télévisuelle de
Wonder Woman, du Captain Marvel dans
Shazam ! (1974) et de
L'incroyable Hulk (1978). Des shows fauchés (l'époque des énormes budgets attribués aux séries télés est encore très loin), doucement gentillets, devenus avec le temps des objets kitsch mais au final pleins de bonne volonté, les créateurs et faiseurs de l'époque produisant au mieux avec les maigres moyens techniques et financiers dévolus. Il ne faut également pas occulter que ces programmes étaient destinés aux petites têtes blondes, plus facilement impressionnables et indulgentes devant un (ou des) spectacle(s) saugrenu(s) mais donnant vie à leurs idoles autrement que sur papier.
Il est alors tout à fait logique que nos héros se retrouvent propulsés dans le monde de l'animation. Si l'on fait exception du dessin animé narrant les exploits de
Superman signé par les frères Fleischer durant la Seconde Guerre Mondiale (d'où parfois un ton propagandiste) et projeté dans les cinémas américains, les premiers débutent dans les années 60 avec l'arrivée de
Hulk,
Captain America et
Iron Man (1966) suivi de
Fantastic 4. Mais la plus populaire d'entre-elles fut incontestablement
Spider-Man qui amena plusieurs autres aventures quotidiennes de l'homme araignée dont
Spider-Man and His Amazing Friends (1981). Suite aux succès du film de
Tim Burton, l'homme chauve-souris se voit offrir en 1992 une excellente déclinaison de son univers, la même année que les X-Men qui effectuaient leur premiers pas sur le petit écran. En 1994, c'est au tour du Fantôme de posséder sa propre série,
Phantom 2040. Avec l'engouement actuel de Hollywood pour les adaptations de la Marvel et DC Comics, le mouvement s'est accéléré de manière exponentielle. On ne compte plus le nombre de séries animées monopolisant actuellement les émissions de jeunesse :
Les nouvelles aventures de Spider-Man,
X-Men Evolution,
The Batman,
Teen Titans,
La Ligue des justiciers… des programmes à la qualité variable mais nombreux sont ceux se révélant plus pertinents que les versions cinéma (
Spawn).
La récente production télévisuelle « live », beaucoup moins florissante que sa compagne animée, n'a pourtant pas attendue l'explosion des justiciers sur grand écrans pour réémettre. Plus de dix ans avant
Smallville , la jeunesse de Superman était décrite dans
Superboy. Toujours concernant le natif de Krypton, il revient en 1993 sous les traits de
Dean Caïn dans
Loïs et Clark, les nouvelles aventures de Superman. En 1990,
Flash fait un passage télé aussi rapide que son personnage principal homonyme (la série ne connaîtra que 22 épisodes). Le triomphe en salles de
X-Men en 2000 pousse
, producteur exécutif du film (c'est en partie à lui qu'on doit cette mouvance contemporaine) et président-directeur général de Marvel Studios, crée sa série
Mutant X , une copie assez grotesque des étudiants du professeur Charles Xavier. L'homme récidivera à la télé en 2006 avec le tueur de vampire Blade dans
Blade : The Series , prolongation des aventures du diurnanbule stoppées au bout de seulement 13 épisodes. Si on peut apprécier superficiellement quelques uns de ces programmes, les ¾ ne valent pas tripettes. L'ennui majeur avec ces séries c'est qu'elles essayent de jouer dans la cour des grands, essayant d'impressionner avec un budget rachitique à l'égard des prétentions vaniteuses affichées, au lieu de miser sur des scripts originaux, solides et un développement poussé des personnages.
Jusqu'en 2006, l'espoir de voir une série digne de ce nom mettant en scène des super-héros semblait mort. C'est alors qu'est arrivée, là où on ne l'attendait pas vraiment, la quintessence du format : né de l'imaginaire de
Tim Kring, pourtant non érudit des comics,
Heroes, de par son approche rationaliste et intimiste du sujet centré essentiellement sur la psychologie des personnages et sur leurs interactions à la place d'une profusion d'effets spéciaux, a fait l'effet d'une petite bombe à l'intérieur du système télévisuel. Le spectacle est plébiscité autant par le public que par la critique, devenant un phénomène a part entière. En France, la série devient « culte » plusieurs mois avant que TF1 ne diffuse un seul épisode. Mais, les faibles audiences de
Heroes obtenues l'été dernier pouvant s'expliquer par le fait que la majorité du jeune public l'avait téléchargée sur internet, la chaîne n°1 du pays a revu sa tactique d'approche et mise sur la proposition à la VOD de la saison 2. Une saison handicapée par une grève des scénaristes, obligeant ces derniers à réduire l'intrigue, initialement étalée sur 24 épisodes, à seulement 11. Forcément celle-ci a relativement déçu (la résolution de l'intégralité des enjeux en 52 minutes provocant une frustration incommensurable) et les spectateurs américains, passablement refroidis, ne se sont pas massés devant leurs postes de télévision. Il faut maintenant attendre la troisième fournée pour savoir si l'effervescence
Heroes a des chances de durer ou si elle n'était qu'un pétard mouillé.
L'union entre les super-héros et le petit écran n'as pas été toujours une histoire d'amour sans disputes mais à l'heure où les séries télés connaissent un âge d'or sans précédent, la flamme ne semble pas prête de s'éteindre et, pourquoi pas, pourrait redoubler de vigueur.
Parodies :
Tout phénomène important, quel qu'il soit, se retrouve immanquablement victime un jour des moqueries, de la caricature et donc de la parodie ; les justiciers en collant ne font pas exception à la règle. Il faut dire que la matière ne manque pas, entre les séries télés kitsch aux couleurs flashy, les tenues vestimentaires improbables, la psychologie apparemment mince des personnages… le second degré s'exploite avec facilité. De la sorte, le pastiche s'est présenté sous forme d'improbables défenseurs de la justice :
Condorman (1981), la série d'animation
Bananaman (1983),
Meteor Man (1993), la belle bande de bras cassés des
Mystery Men (avec L'invisible le devenant seulement quand personne ne le regarde) ou
Zebraman (2004) de
Takashi Miike … le héros peut aussi présenter des traits canin (
Underdog tiré d'une série animée de 1964) ou ceux de fillettes (
Les Super Nanas). L'humour y varie, se faisant léger (
The Specials, 2000), familial (
L'école fantastique,
Zoom), gay (
Surge of Power, 2004) ou carrément trash
Capitaine Orgazmo des trublions
Trey Parker et
Matt Stone,
The Toxic Avenger, des petits gars de chez Troma).
Ces parodies sont à l'image de ces personnages : il y en a pour tous les goûts. On peut y ajouter une pincée de comédie romantique (
Ma Super ex d'
Ivan Reitman) si on le désire, évoquer la starification des héros (le prochain
Hancock de
Peter Berg) ou simplement rester dans l'imitation et le détournement des scènes célèbres ancrées dans l'inconscient de la culture générale (les
Scary Movie,
Super héros movie etc) …
Même si elles n'y font pas forcément montre d'un irrespect, la majorité des œuvres précitées prennent néanmoins le genre de haut, se limitant à n'être qu'exclusivement des comédies. A l'inverse de
Les Indestructibles (2004) de
Brad Bird, film d'animation jouant sur le décalage engendré par la vision d'une famille de super-héros mais qui ne néglige jamais l'aspect
actioner.
Les indestructibles se pose comme une œuvre complète sachant passer du ton léger au sérieux (la mortalité des justiciers est clairement soulignée), blindée de moments d'anthologie aussi drôles que palpitants (on touche là au sublime), comme une véritable adaptation officieuse et légitime des 4 fantastiques (à côté les films de
Tim Story font gentiment rigoler). A mettre tout au dessus du panier.
Bientôt la suite du dossier qui s'attardera longuement sur les œuvres à venir !