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Dossier : [DVD] Coffret Bertolucci |
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2 œuvres gigantesques d'un cinéaste bien trop méconnu du grand public : La Luna et La Tragédie d'un Homme Ridicule. Bertolucci et la flambée des superlatifs...
Caractéristiques :
La Luna
Format : Format 1.85 - couleur – 2h16
Langue : Mono anglais, français
Sous-titres : français
La Tragédie d'un Homme Ridicule :
Format : 16/9 Compatible 4/3 - Format 1.77 - couleur – 1h51
Langue : Italien
Sous-titres : français
Le cinéma italien est assez méconnu du grand public, et pourtant les productions italiennes sont des perles rares que le flot ininterrompu de films en provenance des Etats-Unis ne devrait pas éclipser. Bertolucci en est l'un des maîtres, et l'édition DVD de ce coffret, malgré l'allure de la pochette, haut en couleur, ne fait que le confirmer. La Luna (1979) et La Tragédie d'un Homme Ridicule (1981) sont des œuvres qui n'ont pas défrayé la chronique à leur sortie en salles. Des œuvres qui ne vivront sans doute pas une sortie DVD aussi flamboyante que les exploits de James Bond ou Jason Bourne au plus grand malheur d'une catégorique de spectateurs, amateurs de bons cinémas.
Critique des films
- La Luna
La Luna est un chef d'œuvre pur et simple : esthétique léchée, intelligence du plan, séquences qui se répondent, s'entrelacent, se confondent et se mélangent les unes aux autres pour provoquer un tout compact et sulfureux. Parce que Bernardo Bertolucci est un cinéaste sulfureux. Interdit aux moins de 16 ans, notamment pour sa symbolique de l'inceste mais aussi pour la représentation de la prise d'héroïne, La Luna n'est pas un film qui parle de drogues. C'est le rapport entre une mère et son enfant qui est montré, la description cinglante de la haute bourgeoisie italienne parmesane avec ses grands palaces et ses divas de l'opéra : La Luna propose une violence de propos féroce.
Les instants où les corps se rebiffent, où les personnages sont aux bords du supplice, pris par la ferveur de leur émotions sont aussi nombreux que majestueux. Et paradoxalement, Bertolucci n'enflamme pas la caméra, il poursuit ses acteurs avec une précision millimétrée, toujours dans un juste tempo empli d'intelligence et de volupté. Que de compliments, peut-être trop, c'est que chacun des plans est réfléchi pour ce qu'il apporte à l'ensemble. Malgré toute la tension qui s'opère entre la mère et son enfant, la maîtrise chez le réalisateur de la matière cinématographique fait qu'elle est réajustable au gré des situations qu'ils rencontrent : tantôt les deux personnages se déchirent, tantôt ils s'accrochent avec toujours cet instinct passionnel amoureux. Une passion qui n'aura sans doute jamais été aussi bien filmée au cinéma.
- La Tragédie d'un Homme Ridicule
Si les deux films ont été regroupés dans un même coffret, ce n'est pas un hasard. Et si les deux films n'ont à première vue rien à voir, l'approfondissement permet de discerner toujours les mêmes thématiques : le rapport d'un fils avec ses père et mère. Dans La Tragédie d'un Homme Ridicule, titre ô combien ironique tant les mots tragédie et ridicule s'opposent, Bertolucci développe encore l'absence d'un père pour le fils, l'absence d'un fils pour la mère, l'absence de l'Italie sur le destin de ces individus… Le film révèle aussi, deux ans après La Luna, que Bertolucci est un directeur d'acteurs hors norme. Lui, qui a donné corps et âme pour terminer La Luna (le réalisateur a tourné la dernière séquence de l'amphithéâtre pourtant aussi riche en sens qu'en mouvement de caméra les deux bras dans le plâtre), permet à Ugo Tognazzi de remporter le prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Cannes. Ugo Tognazzi n'était jusqu'alors un acteur comique léger et guère flamboyant ; souvenons-nous de son rôle dans La Cage Aux Folles aux côtés de Michel Serrault.
La Tragédie d'un Homme Ridicule est un film mystérieux, sorte de long fondu enchaîné qui aborde le trouble de l'Italie des années 1970. Tout est suggéré, caché dans la mise en scène. Le gérant de la fromagerie perd son fils, le croit mort, attaché au groupe terroriste des Brigades Rouges, puis ressuscité sans que l'on parvienne à discerner le vrai du faux. La Tragédie d'un homme ridicule, c'est l'expression d'un scénario complexe dans la veine du vénéré Le Grand Sommeil d'Howard Hawks renforcé par le raffinement ambigu de chaque plan. Bernardo Bertolucci développe une esthétique léchée, où la folie des détails l'emporte sur l'irréprochabilité de sa narration.
Les Bonus
Chaque DVD est accompagné d'une interview récente du réalisateur et d'une autre, toute aussi récente, de Jean Narboni au sujet de son point de vue sur le film. Ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, on peut lui faire confiance pour complémenter les propos génialement instructifs du réalisateur italien. Bernardo Bertolucci s'exprime dans un français impec' qu'il abandonne lorsque le vocabulaire lui échappe pour revenir à son italien natal. Le tout gagne en sincérité et ses explications illustrées par des photos ou saynètes de ses œuvres permettent une élévation impondérable de ses films. Si, pour une raison ou pour une autre, le génie de Bertolucci n'éclate pas clairement à la vision des films – choses étranges tout de même – les éclairages du maître orientent les films vers la notion de chef d'œuvre. Chaque scène a été bougrement réfléchie, chaque détail a sa place et son importance. D'un ton des plus humbles, le cinéaste expose face caméra toute son intelligence d'esprit, qu'il alterne avec de petites sucreries d'anecdotes de tournage…Du pur délice, les trente minutes d'interview passent à vitesse grand V, oui, trop vite.
Alors, l'interview de Jean Narboni est là pour faire jouer la complémentarité que peut apporter un œil critique éclairé. Beaucoup plus dans la symbolique, le ressenti et la suggestion, Jean Narboni apporte lui aussi son lot de remarques opportunes. Ces explications permettent aussi et surtout de mettre en évidence, de manière beaucoup plus concrète, les rapports qu'entretiennent entre elles ces deux œuvres. Pour lui, La Luna et La Tragédie d'un Homme Ridicule agissent comme un diptyque.
Aucune place n'est alors laissée au pur fantasme, son argumentation béton impressionne, sa connaissance du cinéma dans son ensemble aussi. Jean Narboni propose aussi son lot d'anecdotes sur les sorties des films, confirmant régulièrement les dires du réalisateur ; on ne peut dès lors plus envisager une interview sans l'autre. Les bonus DVD sont simples, on ne peut plus sobres, mais raviront tous ceux qui veulent en savoir plus sur la manière de penser un film en négligeant le côté bling-bling d'un making of rythmé sur une musique énergique qui n'avait ici pas lieu d'être.
Technique
Côté technique, le son s'avère correct. Le film est proposé en mono, désolé cher amateur du 5.1 mais les bandes sons d'Ennio Morricone (L'Homme à l'harmonica et les Westerns Spaghettis de Sergio Leone) rattrapent cela. Point d'altération, donc, et un bon niveau sonore qui permet d'apprécier toutes les variantes de souffles et de cris des acteurs (Jill Clayburgh en tête) dans sa version originale sous-titrée.
L'image a elle été complètement restaurée, elle bénéficie d'un grain potable, proche de la propreté des derniers films sortis en DVD. Bien qu'un quart de siècle sépare la sortie en salle de la sortie DVD, La Luna et La Tragédie d'un Homme Ridicule n'ont pas vieillis. Invraisemblablement en phase avec l'actualité, les deux films deviennent plus intemporels que jamais et méritent plus d'un visionnage pour les apprécier complètement. Au vu de la somme modique qui en est demandée, on peut le dire : c'est un DVD valable et très vite rentabilisé.
Interactivité :
La Luna :
- Les Visages de La Luna, interview de Bernardo Bertolucci (29min)
- Les Reflet de La Lune par Jean Narboni (15min)
La Tragédie d'un Homme Ridicule:
- Brouillard italiens, interview de Bernardo Bertolucci (21min)
- L'enigme du film par Jean Narboni (17min)
Un fort joli coffret DVD à la somme modique comparée aux chefs d'œuvres plébiscités. La Luna et La Tragédie d'un Homme Ridicule permettent d'apprécier à sa juste valeur un maître du cinéma italien. Le seul petit regret que l'on puisse avoir est la faible attirance que peut procurer la pochette à l'acheteur. Dommage, mais l'habit ne fait pas le moine, on vous l'assure ; ces films sont plus bien plus lumineux que ce que l'édition laisse penser.
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Publié
le 13/04/2008 par Florent Boucheron
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