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Dossier : Etrange Festival Lyon (1) |
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Ce week-end s'est achevée la première édition lyonnaise de l'Etrange Festival. Petit retour en arrière sur ces deux jours qui constituaient le cœur de la manifestation.
Fidèle à sa volonté d'initier les plus jeunes à la découverte d'un cinéma différent, l'organisation a tenu à ouvrir ce week-end par une séance jeunesse. Honneur a ainsi été fait au cinéaste tchèque Karel Zeman avec Le dirigeable volé, film datant de 1966. On y retrouve cinq enfants embarqués dans le premier aéronef à gaz ininflammable qui les mènera jusqu'à une île déserte. Très inspiré des récits de Jules Verne (et plus particulièrement du Tour du monde en 80 jours et de 20 000 lieues sous les mers), ce long métrage vaut dorénavant plus pour son inventivité technique que pour son sens de l'aventure, tout de même un peu daté. Prenant comme « excuse », cette balade infantile confrontant ces cinq gamins à l'inconnu, loin du monde adulte brocardé pour son avarice, son orgueil ou encore sa veulerie, Karel Zeman s'érige en digne héritier de Méliès à qui il vouait une admiration sans bornes. Ainsi, il intègre ses personnages réels au sein d'un monde entre réalité et crayonnés. Matte painting, superpositions, trompe-l'œil, maquettes, animation classique ou en volume (stop motion), mais aussi décors factices où les tapisseries et les pavés sont dessinés sont alors de mise, participant grandement à l'aventure, qui se situe dès lors d'avantage sur un plan artistique que de pur divertissement. Hymne à l'inventivité, malgré le poids des années bien présent, Le dirigeable volé se présente comme un nouveau témoignage de la vivacité ancienne d'un cinéma tchèque, aujourd'hui peu représenté.
Après cette séance matinale, et une fois rangé les enfants au placard, place à La papesse dans le cadre de la thématique Corruptio initiée par le festival, parmi laquelle a déjà été projeté le sympathique navet, Justine de Sade, jeudi soir. Réalisé en 1974 par Marco Mercier, dont c'est ici le second et dernier film après La Goulve aujourd'hui quasi invisible, La papesse investit le mysticisme français. On y suit un jeune couple dont le mari désire explorer ses instincts primaires dans une société conservatrice, et va pour cela rejoindre un groupuscule mené par la prêtresse Geziale, contraignant son innocente à le suivre dans cet exercice.
Tourné avec très peu de moyens et dans une liberté totale, comme toute une frange des films de l'époque, le film a pour particularité essentielle d'avoir été tourné avec de véritables adeptes du mouvement dans leur propre rôle. Il vaut alors plus pour son témoignage de ses pratiques, son approche en partie documentaire, que pour sa qualité en tant qu'œuvre artistique ou de fiction. Sont dépeints les différents actes d'initiation propre à ce microcosme rural, folklorique et baroque : flagellations, retour à l'état bestial (le jeune marié étant ainsi traité comme une truie durant plusieurs mois), viol collectif avilissant, ingurgitation de breuvage constitué de sperme et de sang, transe collective durant l'accouplement de la papesse et de son élu… ainsi que divers tests de foi (emprisonnement dans une grotte habitée par un esprit érotique, etc.). Des actions assez extrêmes donc, ayant entrainées la censure totale du film à l'époque, mais exerçant encore un pouvoir de fascination fort de nos jours. Il est alors d'autant plus dommageable qu'une fictionnalisation excessive, afin d'impliquer le spectateur, laisse à penser que des sacrifices humains puissent avoir été une pratique courante, insinuant ainsi un doute nuisible à la crédibilité de l'ensemble.
Rétrospectivement, on a également plus l'impression d'assister à l'agissement d'un groupe de jeunes en réaction à une époque, prenant comme excuse ces rites pour se livrer à des actes de « débauche » ainsi dédouanés, plutôt qu'à de fervents croyants du culte décrit. Reste une curiosité, instantané d'une époque, explorant une imagerie baroque dorénavant cliché mais semble-t-il prégnante alors.
A l'issue de la séance, le cinéaste Jean Rollin, présent à l'occasion de la projection de son dernier film La nuit des horloges, et ami de Marco Mercier a confirmé l'attrait indéniable du réalisateur, également écrivain et peintre, pour ces croyances et une quête de sens en dehors des sentiers battus, puisqu'il est dorénavant Chaman. Il a également fait part à l'audience de son interrogation de la perception d'une telle œuvre par un public contemporain, l'invitant à faire part de son ressenti par courrier. Demande incongrue mais qui témoigne d'un état d'esprit à l'ancienne, quelque peu perdu aujourdhui.
C'est ensuite au tour du documentaire d'Angélique Bosio, Llik your idols. La jeune réalisatrice française s'intéresse au Cinéma de Transgression, un mouvement artistique né dans les années 80, à New York. Ou comment une bande d'amis s'est retrouvée à donner naissance à des nombreux courts métrages plutôt extrêmes, grâce à l'avènement du Super 8. Un peu brouillon et pas réellement efficient dans sa manière de démontrer comment ce mouvement a eu une influence durable, ce documentaire permet tout de même de découvrir cet épiphénomène dont les traces restent effectivement visible de nos jours. Ainsi, même si certaines de ces figures telles Lydia Lunch ou Nick Zedd demeurent des figures underground, d'autres ont connu des destinées plus prestigieuses. Qu'il s'agisse de Thurston Moore et de son groupe Sonic Youth, mais aussi de Jon Spencer, leader du Jon Spencer Blues Explosion, aussi auteur de vidéos très trash à l'époque. On devine également l'impact de ce mouvement sur un certain type de cinéma indépendant américain auquel appartiennent Todd Haynes et Todd Solondz, par exemple.
Mais, si l'on devait déterminer la figure la plus marquante issue de ce cinéma de transgression, ce serait sans conteste Richard Kern, d'abord réalisateur et maintenant photographe renommé, dont les travaux ont eu une influence majeure sur l'esthétique dorénavant connue sous le terme porno chic.
Lors de la rencontre suivant la projection, Angélique Bosio a pu exprimé son attrait pour le mouvement, né de sa passion pour Sonic Youth, ainsi que son amour pour les travaux de Richard Kern, le nihilisme absolu de ces artistes expliquant la disparition brutale du mouvement et l'impossibilité d'équivalents actuels ; il évoque aussi cette aventure de cinq ans que fut la conception de ce documentaire, d'abord pensé comme un état des lieux du cinéma indépendant new-yorkais avant de se recentrer face à la difficulté de s'entretenir avec des artistes tels Abel Ferrara.
Tama & Mia de Richard Kern
Afin de se détendre et de réunir un maximum de monde en ce samedi soir vient l'avant-première du slasher américain indépendant All the boys love Mandy Lane, où l'histoire d'une jeune adolescente innocente invitée à une petite fête dans un ranch, où tous la convoitent. Malheureusement, l'œuvre remplit tout juste son rôle de divertissement, tant son manque d'originalité est flagrant. Plus d'informations dans la critique.
Pour clôturer la journée, l'Etrange Festival instaure un autre rendez-vous en opposition aux séances jeunesse, avec la séance Adulte, l'occasion de découvrir des œuvres un cran plus subversives, ayant souffert des affres de la censure.
C'est bien évidemment le cas de ce Jours tranquilles à Clichy, transposition à l'écran du livre éponyme d'Henry Miller où ce dernier témoigne de son séjour en France, sous la direction du danois Jens Jorgen Thorsen, interdit aux moins de 18 ans à sa sortie après quelques coupes de sexes en érection par le réalisateur. La copie d'époque nous permet également de nous rendre compte d'une censure plus sournoise dont le film a été victime. Les sous-titres sont ainsi très librement adaptés, modifiant légèrement telles ou telles choses pour la rendre plus acceptable, ou disparaissant lorsque le propos se fait trop graveleux laissant au spectateur le soin de tendre l'oreille. Par exemple, le mot le plus prononcé du film, « Cunt » (désignant vulgairement le sexe féminin, pour les non-anglophones), ne sera pas traduit une seule fois à l'image.
Et le film dans tout cela ? Ni plus ni moins que la claque de ce festival. Un œuvre rare et précieuse d'une liberté salvatrice. A l'hédonisme, parfois sombre, de l'existence des deux hommes passant de femmes en femmes avec légèreté, répond un hédonisme de la forme cinématographique. S'acquittant des normes et conventions en place, il retranscrit à merveille cette pulsion de vie animant les personnages, cet esprit parcourant l'œuvre d'Henry Miller, cet oubli de soi … par le montage, la musique (tour à tour rock fiévreux, jazz érotique…) qui rythme les scènes, les extraits du roman scandés, les pensées du protagoniste gravées sur la pellicule… Les corps nus défilent ainsi sur la toile, aussi bien homme que femme, selon diverses combinaison envisageables, sans vulgarité ni scabreux, mais dans la jovialité, décomplexant l'acte sexuel. Les pensées fusent aussi insidieusement, sans forcement se formuler oralement. Sans avoir lu le roman, difficile de juger la fidélité de l'adaptation littéraire, l'on s'étonne ainsi de la présence d'une Mara étrangement semblable à celle de La crucifixion en Rose (Sexus, Plexus et Nexus), un temps muse et compagne de l'auteur.
Toutefois, même si la pensée libertaire véhiculée n'est peut être plus aussi provocante qu'alors, puisque la majeure partie de ces idées sont dorénavant admisses, le film conserve un fort caractère subversif tant il est illusoire de croire qu'un tel mode de vie puisse aujourd'hui aisément être admis, derrière la tolérance de façade et une liberté sexuelle normative. Ne s'apparentant à rien de connu même s'il convoque l'esprit de la Nouvelle Vague, Godard en tête, Jours tranquilles à Clichy demeure ainsi définitivement un manifeste artistique et idéologique salutaire, à découvrir de toute urgence. Tout comme l'œuvre d'Henry Miller, d'ailleurs.
A suivre : le dernier jour de cette première édition lyonnaise d'Etrange Festival…
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Publié
le 01/04/2008 par Steve Gallepie
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