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Dossier : [DVD] Coffret Polanski |
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Le couteau dans l'eau, Répulsion et Cul-de-sac, les trois premiers films de Roman Polanski sortent en DVD. L'occasion de découvrir des œuvres de jeunesse de qualité très inégale.
Caractéristiques :
Le couteau dans l'eau :
Format : 4/3 – noir et blanc – 1h30
Langue : Polonais mono
Sous-titres : français
Répulsion :
Format : 1.77 – 16/9 compatible 4/3 – noir et blanc – 1h50
Langues : anglais, français mono
Sous-titres : français
Cul-de-sac :
Format : 1.77 – 16/9 compatible 4/3 – noir et blanc – 1h41
Langue : anglais, français mono
Sous-titres : français
Critique des films :
La sortie du coffret par l'éditeur Opening nous permet de redécouvrir les débuts tonitruants de Roman Polanski. Tout d'abord, Le couteau dans l'eau, son premier long métrage qu'il a tourné en Pologne. Pour coller aux impératifs financiers, le réalisateur et ses deux co-scénaristes ont créé l'histoire d'une relation étrange entre un couple de la nouvelle bourgeoisie polonaise et un autostoppeur qu'ils emmènent pour une balade en bateau sur les lacs. Nait alors un huit-clos où s'affronte les deux fortes personnalités masculines dans un esprit de compétition sans cesse renouvelé.
Tourné à l'économie, Roman Polanski fait preuve d'un talent formel impressionnant pour le jeune de 29 ans sortant tout juste de l'école qu'il était à l'époque. Utilisant des focales courtes pour multiplier les niveaux dans ses plans, il réinvente à chaque séquence l'espace des quelques mètres carrés du bateau. Cette beauté esthétique certaine participe pleinement à l'atmosphère que le réalisateur polonais arrive à créer pour sa première œuvre. Si le spectateur est perdu par moment, Roman Polanski, lui, semble bien savoir où il va. Une certitude qui le mènera à une nomination aux Oscars pour le meilleur film étranger en 1963.
Malgré ce succès, le réalisateur, qui a définitivement quitté la Pologne, peine à enchainer et finit par signer deux films pour Compton Films, une société de production et diffusion de films érotiques en quête de respectabilité. Naitront ainsi Répulsion et Cul-de-sac. C'est avec bonheur qu'on retrouve dans le premier la toute fraiche Catherine Deneuve dans le rôle d'une jeune femme qui sombre peu à peu dans la folie.
Quittant le drame relationnel pour un pur thriller fantastique, il n'en perd pas moins ses talents esthétiques, qu'il affiche de manière moins flagrante mais tout aussi efficace. S'évertuant là encore à créer une ambiance horrifique qui finit par prendre totalement son spectateur, Répulsion pèche par un rythme très lent lors de son exposition. Cela n'empêchera pas le film de gagner l'Ours d'Argent au Festival de Berlin de 1965.
Berlin, Polanski y retournera l'année suivante pour son second film tourné pour Compton Films, Cul-de-sac, mais cette fois pour y gagner l'Ours d'Or. Se renouvelant sans cesse, il décide d'explorer ses penchants pour la comédie satirique déjà aperçus dans ses deux premiers films. Les décors prenant toujours une place très importante, c'est cette fois dans un château sur une presqu'ile que deux malfrats vont se réfugier et tomber nez à nez avec un couple dysfonctionnel. Après la lente agonie d'un des deux, le second va prendre ses aises dans le lieu en attendant que ses complices viennent le rechercher.
Moins marquant esthétiquement, Cul-de-sac bénéficie tout de même de plans étonnamment modernes, utilisant toujours la courte focale. Il prouve la volonté de Polanski de créer une atmosphère et un ton unique et décalé à chacune de ses réalisations. Ici, il laisse les deux acteurs masculins surjouer lors de longs plans, en opposition à Françoise Dorléac qui reste assez stoïque, pour créer une ambiance déjantée.
Ces trois premiers films réunis prouvent donc les qualités esthétiques que possède Roman Polanski dès le début de sa carrière ainsi que sa capacité et son attachement à créer des films uniques, qui marquent par ses personnages et le ton de son récit.
Technique :
Image :
Les trois films, tournés en noir et blanc à l'époque pour des raisons budgétaires, bénéficient de copies gérant à merveille la luminosité et les contrastes. Répulsion profite notamment de noirs très profonds lors de ses scènes les plus proches d'un certain expressionisme. On pourra peut-être regretter l'aspect finalement trop lisse de ces copies qui ne permet pas de faire la différence esthétique de grain entre un petit film polonais, des productions indépendantes anglaises à petit budget et n'importe quel film que l'on tournerait en ce moment.
Son :
Rien à signaler du côté du son. L'éditeur joue la carte du mono d'époque et ne tente pas d'adapter une technologie actuelle à des films des années 60.
Bonus :
L'essentiel des bonus est composé de trois documentaires durant chacun entre 25 et 31 minutes. Roman Polanski et quelques uns de ses comparses y retracent l'histoire de leurs films. Sans être révolutionnaire du point de vue de la forme puisqu'ils présentent des interviews et de rares images d'archives, ces courts documentaires ont la qualité de recontextualiser les films dans les conditions de l'époque, que ce soit en Pologne ou chez Compton Films. Sans concession avec les acteurs ou les producteurs, les propos sont plus gentils pour ce qui est du réalisateur, qui ne voit jamais son image égratignée. L'interview la plus sévère envers Polanski restera donc celle du réalisateur lui-même. Ses moments d'analyse envers ses « erreurs de jeunesse » (principalement une virtuosité trop démonstrative) restant les passages les plus intéressants pour ce qui est du regard d'un auteur sur son œuvre plus de 40 ans après. On regrettera toutefois l'absence dans ces bonus des courts métrages de Polanski, longuement évoqués lors des interviews et dont on voit même quelques extraits.
L'éditeur a mis l'accent sur le film Répulsion, considéré comme la « tête d'affiche ». Il a donc tenté de le mettre en avant en le remplissant de bonus. On retrouvera une interview audio (téléphonique ?) du professeur Richard L. Gregory qui, en dix minutes de roue libre totale, essaiera de vous expliquer ses liens avec Roman Polanski, son approche de Répulsion sous l'angle de la théorie perceptive et autres bienfaits de la courte focale dans un style totalement décousu et incompréhensible. Plus embêtant, les bonus annoncent un commentaire audio de Roman Polanski et Catherine Deneuve. On se prend déjà à rêver des deux se retrouvant 40 ans après pour évoquer le film tout en le revisionnant. Malheureusement, rien de tout cela. On se rend vite compte qu'en guise de commentaire audio, un gentil monteur nous a fait un patchwork de deux ou trois interviews de Polanski évoquant son film et d'une courte interview de Catherine Deneuve. En plus d'être quelque peu malhonnête, le procédé est affreusement mal fait (certains passages donnent l'impression d'être monté dans le désordre et d'être placé sur une scène juste parce qu'aucun propos ne correspondait à cette séquence…) et les informations les plus intéressantes font "redites" avec le documentaire qui, en 25 minutes et sans cacher son dispositif, se révélait beaucoup plus instructif !
Interactivité :
Le couteau dans l'eau :
- « Un billet pour l'ouest » (documentaire – 31 mn)
- Galerie photo
Répulsion :
- « Répulsion, un film d'horreur britannique » (documentaire – 25 mn)
- « Commentaire audio » de Catherine Deneuve et Roman Polanski
- Interview audio du Professeur Richard L. Gregory
- Galerie Photos
- Galerie dessins
- Film annonce
Cul-de-sac :
- « Deux gangsters et une île » (documentaire – 24 mn)
- Galerie Photo
- film annonce
Avec la ressortie des trois premiers films de Roman Polanski, l'éditeur Opening nous offre l'occasion de redécouvrir les débuts prometteurs de ce grand réalisateur dans des conditions excellentes et avec la touche de recontextualisation nécessaire. Dommage que des semblants de bonus sur Répulsion viennent gâcher la fête.
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Publié
le 20/03/2008 par Yannick Gallepie
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