Dossier : Preview Lipstick Jungle

Dossier : Preview Lipstick Jungle

La saison 2007/2008 semble définitivement à la recherche de « La » série féminine fédératrice comme a pu l'être Sex & the City en son temps ou, dans un autre genre, Desperate Housewives. C'est ainsi que nombre de séries estampillées « pour filles » défilent cette année, du Gossip Girl de CW à Cashmere Mafia et Women's Murder Club, dans un genre plus policier, chez ABC. C'est maintenant au tour de Lipstick Jungle de se dévoiler sur NBC.


Adapté du roman éponyme de Candace Bushnell, déjà auteur du livre à l'origine de Sex & the City, Lipstick Jungle suit les mésaventures professionnelles et amoureuses de trois décideuses new-yorkaises. On retrouve ainsi Wenda Healy (Brooke Shields), la productrice de films, Nico Reilly (Kim Raver), rédactrice en chef d'un magazine de mode, et Victory Ford (Lindsay Price), la créatrice de mode.





Tout d'abord, un petit point sur le casting, aussi attirant au premier abord que superficiel sur la longueur, malheureusement à l'image de ce que réserve ce pilote. On retrouve ainsi Kim Raver qui a déjà faits ses preuves dans des séries de qualités telles New York 911 et 24 heures chrono, où elle apportait un contrepoids féminin à des univers plutôt masculins. A priori, l'atout majeur de la série.

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Vient ensuite Lindsay Price dont le principal fait d'armes reste à ce jour son rôle de Janet dans Beverly Hills, le reste n'étant qu'apparitions, plus ou moins récurrentes, dans divers autres shows. Brooke Shields clôt le trio, actrice honnête ayant tout de même eu sa propre série, Suddenly Susan, pendant quatre ans, mais qui restera d'avantage dans les mémoires comme l'ex-épouse d'André Agassi. Complètent la distribution Paul Blackthorne, habitué du petit écran, David Alan Basche, vu essentiellement à la télévision mais aussi dans quelques films (La Guerre des Mondes, Vol 93) ou Robert Buckley, personnage récurrent dans les soaps Fashion House et American Heiress.

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Lipstick Jungle en elle-même n'emprunte à Candace Bushnell, certes prêtresse de la « chicklit » mais loin d'être une grande écrivaine, que ses personnages archétypaux de base, la série choisissant dès les premières minutes de creuser le sillon tracé par Le Diable s'habille en Prada, soit la chronique pop et acidulée dans la veine du plus pur divertissement, bien loin de la crudité et de l'acuité insufflées par Darren Star (aujourd'hui à la tête de Cashmere Mafia) à la série HBO. Le premier épisode suit ainsi les trois amies se tenant les coudes pour affronter leurs tracas. Elle rencontre dès lors ses premiers écueils puisque les clichés s'alignent comme des perles, orchestrant les fantasmes les plus éculés pour midinettes.





Wenda Healy devra ainsi composer avec son difficile travail de productrice et sa famille (un mari, deux enfants et un chat), d'autant que son mari supporte difficilement le regard des autres concernant sa fonction d'homme au foyer.




Nico Reilly se battra contre les préjugés sexistes inhérents à son travail, l'empêchant d'avoir la promotion qui lui est due, au profit d'un opportuniste qui lui vole les fruits de son travail. De plus, son mari la délaisse, et un jeune éphèbe la courtise, la poussant à céder au démon de midi.




Victory Ford vient d'enregistrer un échec cuisant suite à la présentation de sa dernière collection. Par chance, un beau milliardaire la courtise, le genre d'hommes à commander un jet en dix minutes pour vous faire revenir de Tokyo où vous sanglotiez dans votre chambre d'hôtel. Après une protestation de façade face à ses méthodes, elle trouve alors son prince charmant.


Dans le fond, Lipstick Jungle ne vole donc pas très haut puisque derrière ces femmes fortes se cachent finalement des petites filles fragiles. Parfois même rétrograde quant à la condition féminine, elle opte pour un premier degré total, peinant à créer le décalage complice ; là où les clichés inhérents à ce type de fiction auraient pu être intelligemment détournés au profit du sens, et ce via une forme scénaristique et formelle exigeante ici absente, la réalisation oscille entre tubes FM, faux raccords et effets datés.

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Le tout est renforcé par une musique indisposante appuyant lourdement la dramaturgie, à mi-chemin entre le mélodrame et le soap. Il est alors réellement dommageable que l'humour ne fonctionne pas, empêchant définitivement la série d'obtenir son statut de gentil divertissement policé et mignon. D'autant que, peu aidées, les interprètes sont alors au diapason, Brooke Shields y est fade, Kim Raver à peine juste tandis que le charme de Lindsay Price ne rattrape pas sa prestation entre cabotinage et minaudage.

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De plus, aucun arc scénaristique pertinent n'apparait dans ce premier épisode, dont c'est pourtant la vocation. Pire, l'on imagine difficilement quelles pourraient être les intrigues capables d'évoluer dans ce non-univers, hormis les sempiternelles dissensions amoureuses ou les querelles intestines du monde du cinéma, de la mode et de l'édition, à l'intérêt tout relatif.

Le développement de certains personnages est bien entendu à attendre, comme celui du minet arriviste campé par Robert Buckley ou de la fille du personnage joué par Brooke Shields ; certains nouveaux venus devraient également faire leur apparition, c'est d'ailleurs le cas dès le second épisode avec Janice Lashera, Némésis de Wenda Healy ; mais la série devra à ce moment prouver sa capacité à gérer tout ce petit monde, chose qu'elle peine déjà à faire, passant constamment de l'une à l'autre des trois protagonistes par un surdécoupage au dépend du rythme. On notera même, faute de créativité, un début d'hypocrisie et de racolage lorsqu'elle s'appuie sur le prestige de Leonardo DiCaprio pour assoir la crédibilité du rôle de Wenda Healy, sans jamais avoir la présence physique ni vocale de l'acteur à l'écran.





Le fait que les deux instigatrices de la série, DeAnn Heline et Eileen Heisler qui ont déjà œuvré sur des shows de bonne réputation (Murphy Brown, Committed ou How I Met Your Mother), aient été débarquées par la production cette été, explique certainement ce résultat sans personnalité propre. On se rend ainsi compte que la campagne marketing entourant la série bénéficie d'une plus grande attention que le produit original ne semble mériter, entre partenariat commercial avec la marque de cosmétique Maybelline ou bien Calvin Klein, une version en ligne du magasine Bonfire édité par Nico Reilly, ou encore l'espace communautaire dédié aux fans prenant la forme d'une grande pyjama-party.


Finalement, le faible score réalisé lors de sa première diffusion confirme l'ennui poli suscité par ce pilote. Lipstick Jungle s'avère donc dispensable de par sa futilité confondante, et l'on peine malheureusement à croire qu'elle puisse redresser le cap.
 
Publié le 21/02/2008 par Steve Gallepie

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