Dossier : Tim Burton


Plein feu sur Tim Burton, l'un des réalisateurs les plus prolifiques à l'heure actuelle. Après l'usine à chocolat de Charlie, et en attendant les noces funèbres de Victor, Cinema-France.com vous propose l'autopsie de ce cinéaste hors du commun.


Tim Burton, de son vrai nom Timothy William Burton, est né le 25 août 1958, à Burbank en Californie. Il est l’aîné d’une famille de deux enfants. Son père travaille pour Burbank Parks and Recreation Departement et sa mère tient une boutique de cadeaux-souvenirs. Tim Burton n’est pas du genre à faire le fou, il est introverti, il passe son temps libre devant la télévision ou au cinéma, mais dessine aussi beaucoup, et développe un certain talent. A 12 ans, il quitte sa maison familiale, et part s’installer chez sa grand-mère. A l’adolescence, il refait ses films préférés avec une caméra Super-8, et réalise déjà des films d’animation en image par image, tout ça, largement inspiré par les oeuvres de Mario Bava ou de Ray Harryhausen.

La vie de monsieur Burton

A 18 ans, poussé par un professeur, il entre dans un école d’art, la California Institute Of The Arts, qui prépare les jeunes talents à intégrer les studios Disney. Peu sensible par le travail de la boîte de Mickey, il sera ignoré pour son travail sur Rox & Rouky. Encouragé par deux cadres importants de Disney, Julie Hickson et Tom White, lequel lui offrira 60 000 dollars, il réalisera un court-métrage d’animation : Vincent (1982), en hommage à son père spirituel, Vincent Price. Réalisé avec trois collaborateurs, Rick Heinrichs, Steven Chiodo et Victor Abdalov, Vincent raconte l’histoire d’un jeune garçon, Vincent Malloy, qui se projette dans les films tirés de l’œuvre d’Edgar Allan Poe. Le court-métrage ayant convaincu, il se voit confier 166 000 dollars pour réaliser une version du conte des frères Grimm, Hansel et Gretel (1982), pour le compte de Disney Channel. Sous grosse influence asiatique, et surtout japonaise, le métrage est à moitié animé, à moitié 'live'. C’est ainsi le premier film de Tim Burton avec des acteurs réels, amateurs pour la plupart.

Après ces deux coups d’essai réussis, il va pouvoir mettre en scène les histoires qu’il a dans la tête. Une avec des personnages d’halloween (qui sera plus tard L’étrange Noël de Mr Jack), et une autre inspiré des films Frankenstein. C’est cette dernière qu’il va d’abord réaliser, avec un budget conséquent d’un million de dollars. Frankenweenie (1984) raconte donc l’histoire de Victor, dix ans, qui redonne vie à son chien Sparky. Expérience nouvelle pour Tim, qui pour la première fois dirige des acteurs pro, et par la même occasion, réalise un film 100% images réelles. Le film étant interdit aux moins de 12 ans à sa sortie, il connaît un succès mitigé. Tim Burton quitte donc Disney.

Peu de temps après, Tim est repéré pour son travail sur Frankenweenieet est contacté par Paul Reubens (Pee-Wee Herman), star des shows pour enfants outre-Atlantique. A la suite de ceci, Tim réalisera Pee-wee's big Adventure (1985), Beetlejuice (1988) et Batman (1990), et se fera ainsi un nom dans le grand monde du cinéma. En 1989, il crée sa société de production avec Denise Di Novi, et se lance dans des projets éminemment personnels, dont découleront Edward aux mains d'argent (1990), L'Etrange Noël de Monsieur Jack (1993) et Ed Wood (1995).

Avec Ed Wood, il essuie son premier échec depuis longtemps, malgré deux oscars. Puis vient Mars Attacks! (1997), qui fera légèrement mieux. Il renoue donc avec son univers favoris, le gothique, avec Sleepy Hollow (2000). Plus tard, bien que ce ne soit pas son style, il fait le remake de La Planète des Singes (2001), ce qui lui permettra de revenir au top du box office. Vient ensuite Big fish (2004), qui décevra quelques fans, de par le décalage avec l'univers habituel de Tim Burton. Ensuite, le récent Charlie et la chocolaterie (2005), adapté d'un roman, qui fait un carton, et enfin il renouera avec l'animation dans Les Noces Funèbres (2005).

Et des autres

Tim Burton s'est entouré de personnes depuis le début de sa carrière, une véritable famille, qui le suit maintenant sur tous ses films. Il s'est lié d'amitié avec Vincent Price, son père spirituel rencontré sur le tournage de Vincent. Ce film a été réalisé en son hommage, et c'est lui-même qui était la voix-off de ce court-métrage. Celui-ci est apparu également, et pour la dernière fois, dans Edward aux mains d'argent. Il s'est éteint le 25 octobre 1993. Tim Burton avait par ailleurs commencé un documentaire sur son mentor, célébrant sa carrière prolifique, Conversations with Vincent.

Viens ensuite Lisa Marie Smith, compagne et muse de Tim Burton depuis 1992. Après avoir été mannequin, elle a fait quelques apparitions dans des films, mais ses rôles les plus importants, elle les doit à son mari. Elle a assuré les rôles de Vampira dans Ed Wood, d’une surprenante séductrice martienne dans Mars Attacks!, a été la mère du héros Ichabod Crane dans Sleepy Hollow, et a même incarné Nova, une guenon très aguicheuse, dans La Planète des Singes. Pour Tim, c'est une séductrice redoutable, un fantasme inaccessible et dangereux.

C'est sur le tournage de Beetlejuice que Tim Burton a connu Michael Keaton et dès lors, ils sont devenus amis. Ce sera lui son futur Batman. Quant à Johnny Depp, il l’a rencontré pour la première fois sur le tournage de Edward aux mains d'argent. Depuis, les collaborations sont nombreuses. On le retrouve dans Ed Wood en réalisateur passionné, dans Sleepy Hollow en inspecteur effarouché, dans le récent Charlie et la chocolaterie où il incarne le patron d'une grande fabrique de chocolat, et dans les prochaines Noces Funèbres, en jeune marié déboussolé. On retrouve aussi Helena Bonham Carter, qui apparaît sur bon nombre de génériques Burtoniens.

Depuis ses débuts, Tim Burton garde la même brillante équipe technique. C'est ainsi qu'on retrouve Rick Heinrichs (décors et effets visuels), Chris Lebenzon (montage), Stefan Czapsky (photographie), et le génial Danny Elfman à la musique. Ce dernier a signé tous les métrages de Burton (sauf Ed Wood, en raison d'une brouille passagère). Elfman, très demandé à Hollywood, a également composé les bandes originales de Spider-Man, Men In Black 2 ou encore Hulk.

L'univers Burtonnien

Lorsqu'on parle d'un film de Tim Burton, on pense immédiatement à un univers unique, décalé, différent. Mais qu'est ce qui nous fait dire ça ? En quoi les films de Burton sont-ils si différents des productions traditionnelles ?

Tim Burton était un enfant introverti, il a grandi avec les films de genre. Il sera sous cette influence lorsqu'il réalisera ses films, une atmosphère qui mélange la poésie au gothique, mais aussi le fantastique au monde merveilleux de l'enfance. Il s'inspire et rend hommage aux films qui l'ont vu grandir, ceux de la Hammer, d'Harryhausen, ou aux écrivains tels que Dr Seuss (The Grinch), et Roald Dahl, duquel il a récemment adapté Charlie et la chocolaterie. Il puise aussi son inspiration dans les oeuvres d'Edgar Allan Poe, et aussi dans l'univers graphique d'auteurs qu'il admire particulièrement, les japonais Rintaro (Metropolis) et Honda (la série des Godzilla). Plusieurs thèmes reviennent dans les films de Burton, des thèmes qui lui tiennent à cœur, et qui traite dans beaucoup de ses films.

Un des thèmes récurrents dans les films de Burton est l'enfance. Pas celle de l'insouciance, mais l'enfance meurtrie. Les jeunes personnages chez Burton traversent une passe, une épreuve jusqu'à l'âge adulte. L'enfant chez Tim est celui qui apprend la vie, qui va choisir sa voie, qui trace son futur. Son Bruce Wayne (Batman) désirera le bien, il voudra soigner ses blessures du passé, tandis que Mary Van Tassel (Sleepy Hollow) voudra le mal. L'enfance est ici le point de départ d'un être, l'origine du futur adulte. La période de l'enfance, chez Tim Burton, est pervertie par le monde extérieur. Nous pouvons le voir très clairement dans Charlie et la chocolaterie, où des enfants sont confrontés par ce qui les détruit. Une enfant 'pourrie-gâtée', un garçon obsédé par les nouvelles technologies, une fille aveuglée par son désir de compétition. Ces enfants sont sous pression du monde extérieur, et c'est ce que Tim a voulu nous montrer.

Le personnage de l'enfant dans les films de Burton se situe au même rang que les autres, il ne bénéficie pas de faveurs, il subit le même sort que n'importe quel personnage. Dans Sleepy Hollow, lors du massacre de la famille Killian, l'enfant assiste à la tuerie, et le garçon n'échappe pas au sort de la famille, il se fait lui-même décapité. L'enfant peut faire face à des personnes aux actes violent, mais il peut aussi être torturé par ses propres pensées, comme dans Vincent, par exemple, où le jeune garçon est tourmenté par son imagination. Mais le chemin de l'enfance passe aussi par l'adolescence, ultime étape d'apprentissage de la vie. Edward aux mains d'argent illustre parfaitement la vision de Burton sur l'adolescence. Le personnage qu'incarne Johnny Depp vit dans un monde qui ne le veut pas. Il est repoussé, tel un monstre, par une foule de gens. Les ciseaux qu'il porte en guise de mains, illustre très bien l'auto-mutilation de l'adolescent au cours de cette période de transition. C'est après toutes ces épreuves que l'enfant est prêt pour affronter la vie adulte.

Un point important que traite Burton est le lien entre l'enfant et les parents. Dans Batman, Bruce voit ses parents se faire assassiner, et c'est cette vision qui déclenchera son désir de vengeance. Dans Charlie et la chocolaterie, la relation entre l'enfant et ses parents est très forte, il existe un lien d'amour très fort. Les choix de Charlie se font d'abord en faveur de ses parents, il préfère d'abord renoncer à ses rêves afin de leur venir en aide. C'est aussi ça l'enfance chez Burton, le choix difficile entre ses propres désirs et l'intérêt des autres. Dans ce même film, on peut aussi voir la relation entre Willy Wonka (Johnny Depp) et son père (Christopher Lee), qui le privait de ce qu'il aimait le plus étant enfant, engendrant l'éloignement l'un de l'autre, puis le manque évident qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, une blessure qui perdurera dans le temps jusqu'à ce qu'une aide extérieure survienne.

Le héros chez Tim Burton n'a rien de glorifiant, il est tout le contraire de celui qu'on peut voir dans les productions traditionnelles. Il est souvent maigre, pâle, discret, introverti, mal coiffé, il ressemble d'ailleurs fortement à Tim Burton adolescent. Il est tellement en retrait que c'est bien souvent le méchant de l'histoire qui pique la vedette au héros. Dans Batman, c'est le Joker qui focalise toute l'attention sur lui. Dans le second opus, les personnages du Pingouin et de Catwoman sont bien plus développés et mis en valeur que le héros lui-même. De même, dans Beetlejuice, c'est ce dernier qui est mis en avant, et non le couple Maitland. Tim Burton aime développer ses personnages, et ce sont le plus souvent les méchants qui sont les plus complexes, à l'inverse du héros, qui est lisse et terne. Oogie Boogie, Beetlejuice, et le Joker sont mis en avant car ils ne pensent qu'à s'amuser, à l'inverse du héros, qui est sage et sérieux. Tim Burton arrive à creuser la personnalité d'un personnage qui n'a pas de limites. Les enfants n'en ont pas encore, il leur faut découvrir leurs limites. C'est en cela que les personnages complexes sont ceux qui s'amusent, et gardent une partie de leur personne en enfance. Les héros qui arrivent à rester en avant, sont ceux qui ont une âme d'enfant, Edward, Pee-Wee ou Ed Wood.

Tim Burton réalise un film comme il raconte une histoire. Dès sa première réalisation, Tim mêle le conte au cinéma. Vincent, un jeune garçon plein d'imagination, dont l'histoire nous est contée par Vincent Price, et sa voix sera le fil conducteur du métrage. Le spectateur évolue au même rythme que le personnage, tout comme dans un conte. La narration est toujours soigneusement traitée dans les films de Tim Burton, ses films sont de véritables fables, dans lesquelles nous sommes transportés. Dans Big fish, les histoires grandioses s'accumulent, et le spectateur est véritablement transporté dans un autre monde. Dans Charlie et la chocolaterie, tiré d'un livre de Roald Dahl, l'histoire est mise en place par une voix-off, qui installe la situation et nous amène jusqu'à l'intrigue. Tim Burton est finalement un véritable père, qui nous raconte à chacun de ses films un morceau de lui, de son être, et nous fait partager des histoires magiques.
 
Publié le 27/09/2005 par Sébastien Sosa




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