Critique : Les âmes grises

Critique : Les âmes grises

En décembre 1917, dans un village situé près du front mais à l'abri de la guerre, une enfant est retrouvée assassinée. Une enquête est alors ouverte.


Les âmes grises est le cinquième film d’Yves Angelo en l’espace de 11 ans. On se souvient de son premier film très conventionnel Le colonel Chabert (1994) mais on oublie quelquefois ses œuvres plus intimistes et plus personnelles comme le très beau Voleur de vie en 1998 et Sur le bout des doigts en 2002 qui inaugura sa collaboration avec le romancier Philippe Claudel. Cette osmose nous conduit aujourd’hui aux Ames grises, réflexion très dure sur l’importance des vies humaines dans une période en pleine perturbation, la première guerre mondiale.

Les âmes grises
Mais la guerre n’est ici qu’une toile de fond et non le véritable sujet du film. L’ennemi n’est jamais montré, et les champs de batailles jamais filmés, pourtant parties intégrantes du paysage, du quotidien des personnages, comme le martèlement sourd des bombes qui règne tel un métronome sur ce petit village du nord de la France. Ainsi, la guerre rend fou l’instituteur de l’école. Il est alors remplacé par une jeune femme énigmatique, qui cherche à se rapprocher de l’homme qui fait battre son cœur, un soldat envoyé sur le champ de batailles. Le procureur voit en elle le reflet de son épouse disparue et va commencer à se rapprocher de l’institutrice tout d’abord en la logeant dans une maison presque en face de chez lui puis en ouvrant subrepticement son courrier. Cependant, le film ne prendra pas les sentiers d’un film à l’eau de rose et cassera vite dans l’œuf cette amorce de romantisme. En effet, la jeune femme est vite retrouvée morte, pendue. A-t-elle été assassinée par le procureur ? Ce sera bientôt au tour de la jeune fille de l’aubergiste d’être retrouvée morte et là encore, le procureur qui a été vu en sa compagnie la veille au soir est encore un coupable potentiel. A moins que l’affreux crime n’ait été commis par ces deux déserteurs vus lors de cette même nuit ?

Manifestement, ce qui intéresse Angelo n’est pas le pourquoi et le comment des meurtres mais davantage la notion de Mal qui est devenue monnaie courante en cette période de guerre. Rien n’est blanc ou noir pour le metteur en scène et seule une certitude existe, celle que nous sommes tous des âmes grises en puissance. Et c’est la tête pleine de questions que l’on ressort de la projection. Le dénouement est à l’image de la représentation de la vie selon Yves Angelo, mouvements incessants, aléatoires dans lesquels les évènements se déroulent sans raison logique. La seule fausse note dans un tel scénario est l’apparition d’un personnage vers la fin du film qui va nous donner une nouvelle piste quand au meurtre de la petite fille, une sorte de Deus Ex Machina qui laisse un goût amer au spectateur tant le procédé est facile et ne vient en rien aider le film.

Les âmes grises
Malheureusement, si sur le plan du fond le film est à la hauteur du roman de Philippe Claudel, il en est tout autrement de la réalisation, Yves Angelo s’empêtrant dans une mise en scène des plus académiques. Qui plus est, le choix de tourner en numérique (support qui n’aura jamais le rendu de la pellicule photo) est ici catastrophique et pointe du doigt un des gros problèmes de l’industrie cinématographique d’aujourd’hui. Le numérique se doit, en effet, d’être utilisé à des fins biens précises (voir le très beau Collatéral de Michael Mann) et non sur n’importe quel sujet, juste pour réduire les coûts de production. Les âmes grises se parent ainsi d’un rendu télé, notamment dans les scènes de nuit durant lesquelles la pellicule numérique atteste de ses limites et peut, par conséquent, gêner la vision des spectateurs (et pourtant on notera que Yves Angelo est également directeur de la photo, entre autres, sur les films d’Alain Corneau et de Bertrand Tavernier). Ajouté à une réalisation assez conventionnelle et à une mauvaise direction d’acteurs, trop théâtrale et ampoulée (hormis l’excellent Denis Podalydès), on a parfois l’impression d’assister à une pièce de théâtre et non à une véritable œuvre de cinéaste.
 
Publié le 06/10/2005 par Christophe Hachez

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Verdict
Yves Angelo n’a pas réussi à allier mise en scène, jeu des acteurs et scénario bien que ce dernier s’avère suffisamment passionnant pour que le spectateur puisse passer outre ces nombreux défauts. On ressort hanté par le film, par le pessimisme et le désespoir qui l’habite et prêt à n’en aimer que plus la vie. Un film plus littéraire que cinématographique donc, mais un bon film cependant.
7/10

» INFO FILM
Les âmes grises
Nom: Les âmes grises
Réalisateur(s) :
Yves Angelo
Acteur(s) :
Michel Vuillermoz
Marina Hands
Jean-Pierre Marielle
Jean-Michel Lahmi
Jacques Villeret
Denis Podalydès
Cyrille Thouvenin
Serge Riaboukine
Producteur(s) :
Gilles Legrand
Frédéric Brillion
Société(s) de production :
France 2 cinéma
Epithête film
Scénariste(s) :
Yves Angelo
Philippe Claudel
Compositeur(s) :
Joanna Bruzdowicz
Genre: Drame
Sortie FR: 28/09/2005
Sortie DVD: 05/04/2006
Classification : Avertissement
Site Web de Les âmes grises

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