Ewan McGregor face à
Hugh Jackman dans
Manipulation : ou comment gâcher un bon casting dans un film insignifiant.
Jonathan (
Ewan McGregor) est un comptable sans histoires, introverti, qui traverse la vie les épaules voutées ; il rencontre un soir Wyatt (
Hugh Jackman), avocat très à l'aise, sûr de lui. Un échange fortuit de téléphone portable plus tard, et voilà Jonathan en possession de tout un tas de numéros de femmes célibataires, puissantes, qui aiment coucher avec des inconnus. Les femmes se succèdent, jusqu'à ce qu'il tombe sur S., blonde, fragile, sourire timide : c'est le coup de foudre, bien sûr. Mais Wyatt n'est pas si bien que ça : capturant S., il force Jonathan à détourner de l'argent …
Eh oui, encore un de ces films où on pousse un petit innocent à faire de mauvaises choses. En mettant au dessus de sa tête, attention, la mort d'une jeune femme qu'il ne connaît que depuis deux jours mais dont il est, bien sûr, éperdument amoureux. Le héros, joué par un
Ewan McGregor loin d'être au mieux de sa forme, n'a visiblement jamais vu ce genre de films et tombe donc gentiment dans tous les pièges. Malheureusement pour nous, ce n'est pas notre cas, et nous pouvons prévoir tout ce qui va arriver.
Le scénario est en effet extrêmement téléphoné et aligne les clichés avec une régularité remarquable, en allant jusqu'à faire de faux retournements de situation. Tout commence bien, pourtant. Bon les clichés sont déjà là mais l'ambiance fonctionne bien, le rythme, posé, nous donne envie d'en savoir plus. Et puis l'inanité du scénario nous prend, les ficelles sont de plus en plus grosses, et on s'étouffe à moitié dans la lourdeur d'un faux suspense. Le réalisateur utilise sagement les poncifs du thriller en entreprise : le décor tout en lignes droites et couleurs bleutées, les hommes séparés par du verre, les bars froids, les femmes fatales. Mais tout est trop parfait pour qu'on puisse entrer dedans, et trop de classicisme a tué dans l'œuf le moindre suspense qu'on aurait pu ressentir. Ajoutons à cela toute une dimension de sexe illicite, sans doute pour nous faire accrocher, mais ça ne marche toujours pas.
Cependant, le film n'est pas réellement mauvais. Il est juste tellement transparent que ce n'est pas la peine de le voir. Si on vous y traîne vous ne souffrirez pas, mais honnêtement évitez de perdre du temps. Pourtant le casting principal était, au départ du moins, franchement excitant. Et à vrai dire, c'est ce qui permet au film de passer de lamentablement transparent à vaguement supportable. Il nous reste le travail de
Hugh Jackman, très bon et tranquillement pervers, et de
Michelle Williams, toute fragile – dommage que son personnage soit en trop. Manipulation, sans être réellement mauvais, est beaucoup trop plat et transparent pour réussir à intéresser. On s’y ennuie, et le jeu des acteurs parvient à peine à rattraper le film.