Précédé d'une réputation peu flatteuse, le nouveau Matthieu Kassovitz débarque enfin en France. Mais avec quel résultat ?
Dans un futur proche, le mercenaire Toorop tente de survivre dans une Europe de l'est ravagée par les conflits guerriers. Homme solitaire, Toorop a maintes fois fait démonstration de son professionnalisme aux cours de missions dangereuses toujours menées à bien. C'est pourquoi la mafia locale l'engage pour transporter un colis vers les Etats-Unis. Il s'agit en fait d'une jeune femme nommée Aurora suscitant l'intérêt de plusieurs personnes se bataillant pour l'obtenir. Qu'a-t-elle de particulier ? La réponse pourrait se trouver dans son corps...
Depuis quelques mois,
Babylon A.D., projet d'adaptation du roman de science-fiction de
Maurice G. Dantec (
Babylon babies) - jugé inadaptable -, a accumulé les rumeurs prétextant d'une gestation des plus contrariées : un budget qui joue les filles de l'air, une star internationale imposée (
Vin Diesel), des divergeances de point de vue avec le réalisateur
Mathieu Kassovitz, soi-disant dépossédé de son final cut de 2h27 … et la liste est encore longue. Au final, quelques démentis (la version d'une 1h40 visible chez nous est officiellement la version voulue par
Kassovitz), beaucoup de zones d'ombres et une crainte commune que le résultat final de cette production ambitieuse et très attendue pâtisse de ces multiples « complications ». Comment aurait-il pu en être autrement ?
Une fois le générique terminé et les lumières de la salle rallumées, une seule sensation demeure, celle désagréable d'avoir assisté à la vision d'un pétard mouillé qui n'a tenu aucune de ses grandiloquentes promesses. Un spectacle inconsistant et inoffensif, gâché par une incohérence dans son traitement s'effritant dans un dernier acte avorté, annihilant une quelconque logique. Indubitablement la production chaotique de
Babylon A.D. est à mettre en cause dans cet échec … mais cela n'explique pas tout.
Mathieu Kassovitz a beau avoir souffert de pressions, de ces conflits avec
Vin Diesel la plupart du temps absent (environ deux heures et demi de présence à en croire les échos), et de tout le reste, cela n'occulte pas certains de ses choix artistiques loin de tout reproche. D'un metteur en scène du calibre de celui de
La Haine, on était en droit d'attendre beaucoup plus qu'une réalisation pantouflarde, mille fois vue (les "bullet time") et brouillonne dans ses moments d'action ; qu'une direction d'acteurs miséreuse (hormis
Michelle Yeoh échappant au naufrage) et le plus grave, qu'un manque total de fond.
Contexte futuriste oblige,
Babylon A.D. se voudrait une fenêtre sur notre société actuelle, la mettant en garde contre ses dérives et ses inquiétudes (pollution, guerres, clonage, capitalisme sauvage, terrorisme), au détour de petites allusions n'apportant rien de neuf à l'édifice érigé par les figures de proue du genre : on pense irréfutablement à
Blade Runner pour la mégalopole submergée d'écrans publicitaires et surtout au dantesque
Les Fils de l'Homme auquel toute la première partie fait écho sans jamais lui arriver à la cheville. Là où
Alfonso Cuaron transcendait son sujet par une mise en scène directement pensée dans l'optique des thématiques développées,
Kassovitz se contente d'illustrer un récit tentant de dissimuler l'inconsistance consciente d'une vraie réflexion sur le devenir de l'Homme. A se demander si l'intéressé ne serait déjà pas devenu un cinéaste en bout de parcours ... Prions pour que ce ne soit pas le cas. De l’incroyable trip mystico-religieux littéraire de Dantec, il ne reste plus ici qu’un blockbuster pâteux, parfois laid, quelques fois grotesque et habité d’un vide abyssal. Tout le contraire de ce qu’on espérait, quoi.