Après le magnifique Night and Day sorti il y a un mois, Hong Sangsoo revient avec son film précédent, Woman on the beach.
Heureuse initiative de
Sophie Dulac Distribution que de sortir, à un mois d'intervalle, les deux derniers films du grand cinéaste coréen
Hong Sangsoo, rétrospectivement le huitième,
Night and Day, et le septième,
Woman on the beach. Adulé en France, le cinéaste, on le sait, admire
Eric Rohmer bien qu'il s'avoue plutôt séduit par des metteurs en scène comme
Yasujiro Ozu,
Luis Bunuel ou bien encore
Friedrich-Wilhelm Murnau. Mais son artiste préféré c'est le peintre Paul Cézanne. Et pour cause, comme dans ses films,
Hong Sangsoo retrouve dans les tableaux de Cézanne un mélange d'abstraction et de réalité (dans la même veine, il se dit que c'est la vision du
Journal d'un curé de campagne de
Robert Bresson qui l'a décidé à devenir cinéaste).
Difficile de choisir son préféré entre les différents films du metteur en scène, tellement ceux-ci se répondent et traitant, à première vue, du même thème : la déraison du désir et la peur qui s'ensuit, le questionnement sur l'amour. C'est vrai depuis son premier film,
Le jour où le cochon est tombé dans le puits (datant de 1996 mais sorti en France en même temps que les deux suivants en 2003) jusqu'à
Night and Day. Pourtant, si
Hong Sangsoo travaille toujours de façon similaire (ses scénarii se composent du début et de la fin du film auxquels viennent s'ajouter l'apport environnemental, celui des acteurs, des pensées du moment…), ses films ne sont jamais, à proprement parler, les mêmes.
Night and Day se passait à Paris et nul doute que cela a joué dans le déroulement de l'histoire ainsi que dans la façon de la traiter. La majorité de l'action de
Woman on the beach se situe à Shinduri, station balnéaire des côtes sud-coréennes et il est certain que la plage (et donc la mer) apporte au film un coté léger et aérien. Les personnages (de nouveau situész dans le monde de l'art puisque le « mâle » séducteur est ici réalisateur) sont moins lâches, plus réfléchis sur leur situation. Là où
Night and Day se terminait par une scène d'une ironie grinçante,
Woman on the beach se finit dans la sérénité. Et la femme, bien qu'elle soit toujours bafouée, débouche sur une note d'espoir.
Du point de vue de la mise en scène,
Hong Sangsoo continue à se sentir bien dans la contemplation. Le plan fixe reste sa « marque de fabrique », les personnages bougeant (pas toujours cependant) à l'intérieur du cadre. Quelques zooms aussi pour montrer leur isolement. Et ça donne des scènes simples et magnifiques, d'une beauté à tomber par terre (un chien abandonné qui court derrière une voiture, un homme qui murmure son terrible secret à une femme endormie …). Plus court que
Night and day (et c'est tant mieux),
Woman on the beach séduira (forcément) ceux qui aiment l'univers du cinéaste tout en étant un film idéal pour partir à la découverte de l'œuvre « hongsansienne ». Moins cruel dans son propos mais plus aérien que Night and day, Woman on the beach est un digne représentant du cinéma de Hong Sangsoo, à la fois beau, ludique et réflexif.