|
Critique : Voyage au centre de la Terre - 3D |
 |
|
Une excursion souterraine en relief qui a plus sa place à Disneyland que dans une salle de cinéma.
Le cinéma en trois dimensions est-il la véritable révolution, capable de faire revenir en masse un public de plus en plus déserteur des salles obscures ? Oui, si l'on se fie aux avis des producteurs et exploitants tentant de nous convaincre que nous sommes en train de vivre l'équivalent de l'arrivée de la couleur. Une telle affirmation est assurément à prendre avec des pincettes quand on observe la réalité de la situation et la pertinence faite de son utilisation, notamment dans Voyage au centre de la Terre - 3D, nouvelle monture du célébrissime roman de Jules Verne destinée à nous en mettre plein la vue.
Dix ans après la disparition mystérieuse de son frère Max, le scientifique proscrit Trevor reçoit la visite de son neveu lorsqu'il détecte le signal d'une balise sismique située en Islande, posé dans le passé par Max. Désireux de comprendre ses origines, Trevor se rend sur place, accompagné de son hôte. Escorté par une guide locale, notre groupe d'explorateurs se retrouve soudain emprisonné dans une montagne, ce qui les obligea à s'enfoncer dans les entrailles de la Terre dans l'espoir de dénicher une sortie. C'est là qu'ils découvrent un monde souterrain étrange, correspondant exactement aux écrits de Jules Verne...
Davantage une espèce d'hommage au romancier visionnaire (reprenant les grandes lignes du texte) qu'une farouche adaptation du livre, Voyage au centre de la Terre - 3D aurait pu s'avérer malicieux si son but avait été de jouer sur une approche drastiquement « entomologiste » de son matériau d'origine. Malheureusement la note d'intention diverge complètement, le but étant d'offrir une (très longue) attraction de parc à thème pour toute la famille. On se retrouve donc avec un trio de personnages archétypaux, dans les normes actuelles hollywoodiennes : un beau héros un peu niais (Brendan Fraser), un teenager rebelle (et tête à claque !) et une jeune femme forte et jolie (enfin ça dépend du point de vue), dans une grossière succession de péripéties inoffensives collées/montées - où se calque plus ou moins l'univers de Jules Verne – privilégiant la perception de profondeur de champ, en proposant un maximum d'objets en premier plan (lampe torche, bouquin jeté à la figure, bave de dinosaure, mâchoires de poissons carnivores …).
Pensé, écrit et mis en scène uniquement dans l'optique de son procédé technologique (tout le contraire de La Légende de Beowulf), Voyage au centre de la Terre - 3D ne vaut pas tripette sans. Mais même avec il n'est guère beaucoup plus enthousiasmant. Au bon fonctionnement de leur manège Walden Media a occulté deux facteurs importants : 1) quand un spectateur se déplace au cinéma c'est pour y voir une œuvre cinématographique et non un substitut narratif vide, lui rappelant qu'il est devant un écran 2) toute attraction a pour but de fournir un lot de sensations. Et le film peine à faire vibrer tant la notion de danger passe désespérément à la trappe.
Alors le cinéma en trois dimensions est-il la véritable révolution, capable de faire revenir en masse un public désertant de plus en plus les salles obscures ? Pas s'il continue à demeurer un artifice cachant une carence d'idées, un simple gadget de la futilité duquel l'usager se rendra vite compte : il retournera sagement à l'encadrement réduit de son téléviseur, ou pire de son iPod.
|
| |
|
Publié
le 16/07/2008 par Julien Munoz
|
| Verdict |
3D ou non, cette paresseuse descente au cœur de la planète n’a ni l’exotisme ni le souffle de l’aventure, tous deux chers à Jules Verne. Pour une dose forte de sensations préférez le grand huit, le rapport qualité/prix est sans appel. |
3/10
|
|
|
|