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Critique : Keane |
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Keane, c’est l’histoire poignante d’un père qui a perdu sa fille et qui tente désespérément d’accepter ce fait douloureux.
Il y a des films qui n’ont besoin d’aucun artifice pour être poignant. C’est le cas de ce Keane, l’histoire profondément triste d’un père, William Keane qui a perdu sa fille 6 mois auparavant et qui tente difficilement d’accepter cela, sombrant par moments dans une obsession qui le pousse à se repasser dans sa tête ce jour tragique. Alors qu’il est au plus bas moralement, il fait la rencontre d’une femme et de sa fille de 7 ans à qui il ne dit rien et auprès desquelles il trouve du réconfort.
Le film de Lodge H. Kerrigan est un vrai, un beau travail d’artisan. Il n’utilise aucun effet sonore ou visuel pour illustrer son histoire en filmant au plus près son personnage principal, souvent caméra à l’épaule, interprété par un Damian Lewis en parfait équilibre entre rage et pudeur. Il n’y a guère qu’au début du film où on a peur que le film verse dans le trop démonstratif, Damian Lewis étant à l’extrême limite dans sa partition d’homme à la limite de la folie obsédé par la perte de sa fille. Heureusement, il sait rester crédible et rend son personnage finalement assez fascinant. Ainsi, on peut dire que le film se scinde en deux parties qui analysent deux états différents du héros. Tout d’abord donc, dans cette première partie, remplie de rage et de désespoir, où l’évocation émeut car la détresse de ce père de famille est réellement palpable. On le suit déambuler dans la gare où a eu lieu la tragédie, alors qu'il se perd dans ses émotions, qu'il sombre dans la détresse et qu'il utilise tous les moyens pour oublier (drogue, alcool et sexe). Damian Lewis porte alors le film à bout de bras jusqu’à cette rencontre hasardeuse avec cette femme et sa fille, toutes deux dans une situation temporaire délicate.
Elles logent dans une chambre voisine de l’hôtel où séjourne William Keane. Celui-ci va rapidement se rapprocher de la mère dans une rencontre pleine de pudeur entre deux personnes visiblement mal dans leur peau et paumées. Aussi, lorsque celle-ci va lui demander de s’occuper de sa fille pendant son absence, il ne pourra évidemment pas refuser. Avec cet enfant – brillamment interprétée par Abigail Breslin (vue dans Signes) - il va retrouver les automatismes qu’il devait avoir autrefois avec sa propre fille, en étant tout de suite autoritaire dans le bon sens du terme, en portant toute son attention sur elle, en étant protecteur et en sortant s’amuser avec elle. C’est pour lui un nouveau départ et il retrouve ainsi un peu de bonheur dans ce monde désenchantée, jusqu’au moment où son obsession pour l’enlèvement de sa fille reprend le dessus et va l’inciter à commettre un acte similaire.
Nous sommes là devant un film où l’identification au héros joue un rôle important et nous fait comprendre les conséquences de la perte d’un être cher, et le déchirement qui en découle, sans jamais tomber dans des scènes larmoyantes. A la fin, on ne sait plus si on doit aimer ou craindre ce Keane-là, qui semble être pris à son propre piège, et dont la douleur pourrait le pousser à commettre une chose aussi effroyable que celle dont il a été victime. Voilà un film dépouillé, radical et profondément viscéral qui vous colle à la peau un bon moment après sa vision.
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Publié
le 27/09/2005 par Cyril Perraudat
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| Verdict |
Damian Lewis porte sur lui toute la détresse du monde et impressionne vraiment dans le rôle de ce père complètement paumé, filmé au plus près par Lodge H. Kerrigan, qui n’utilise ici aucun artifice pour livrer une évocation forte sur un sujet sensible. Bouleversant. |
8/10
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