Le cinéaste de Nos meilleures années revient sur une page historique qui a noirci le cinéma italien des années 30-40.
Comédiens phares d'un cinéma transalpin aujourd'hui occulté par l'histoire (celui appelé des « téléphones blancs »), car produit durant le règne du tyran Mussolini,
Osvaldo Valenti et
Luisa Ferida ont profité du régime dictatorial pour devenir d'importantes vedettes de l'époque, menant une vie de luxe et de débauche qui leur valut d'être accusés de pratiquer la torture sur des prisonniers résistants et d'avoir fait du trafic de stupéfiants durant la grande guerre. Peu de jours avant la libération de l'Italie,
Valenti et
Ferida ont été jugés de ces crimes par les partisans, juste avant d'être exécutés le 30 avril 1945.
Après ses merveilleuses
meilleures années, le réalisateur
Marco Tullio Giordana revient, avec
Une histoire italienne, à la fresque historique qui l'a révélée au public. A travers le parcours du couple controversé Valenti/Ferida, le metteur en scène tente d'ausculter cette fois-ci l'industrie du cinéma de son pays, marquée durant le conflit par la censure, affadie par l'inoffensivité de ses ambitions et la glorification du fascisme instauré par le « Duche ». Si on avait voulu adhérer complètement à cette œuvre volontairement classique, quoique dotée d'une narration fragmentée moderne (hélas pas toujours maîtrisée), on ne peut que regretter un résultat légèrement approximatif vue les ambitions affichées.
Il y avait tant de choses à dire sur ce sujet mais le film ne semble vouloir que demeurer en surface, préférant faire la lumière sur l'existence intime, mouvementée (flirtant parfois avec l'anecdotique) et au dénouement tragique de ces personnages principaux, apportant ainsi des réponses sur les zones d'ombres planant au-dessus d'eux. Celles-ci apparaissent d'ailleurs obtuses tant elles manquent légèrement d'ambiguïtés sur des faits historiques non éclaircis. Avec une durée plus conséquente (affichant pourtant déjà plus de 2h30),
Une histoire italienne aurait pu étendre son regard sur la situation économico-politique de cette période et y gagner en grandeur et en faste.
Cependant on ne peut occulter les évidentes qualités d'une belle écriture, d'une mise en scène, certes sage mais opérante, d'un rythme de bon allant (mis à part un petit essoufflement en milieu de parcours) et d'un trio de comédiens principaux dont une
Monica Bellucci sensuelle, se révélant à la hauteur de son personnage fouillé. Tout cela justifie suffisamment l'intérêt porté à cette histoire nationale… finalement quelque peu universelle dans un sens. Une belle histoire italienne, qui cependant ne révèle pas tout son potentiel didactique, la faute à sa fâcheuse disposition à digresser vers l’épisodique.