Les super-héros ne sont plus aussi serviables et fringants qu'autrefois comme le prouve notre Big Willie ne manquant certes pas de Style.
Hancock (
Will Smith) pourrait figurer au panthéon des supers justiciers de la Marvel: il a la force de dix Hulk réunis, laisserait loin derrière un Flash lors d'une course du cent mètres, malgré les années au compteur (80 ans !) est aussi vivace et fringant qu'un Wolverine, plus invincible qu'un Superman dont il aurait vite fait de botter les fesses… Seulement il y a un petit hic. Si
Hancock à toutes les capacités pour devenir le chouchou homérique de tous les simples mortels de la Terre, il lui manque juste la volonté de bien faire. Car entre deux sévères cuites aux whisky, le bonhomme règle les crimes avec dédains et précipitation, sans se préoccuper des menus destructions matérielles et autres dégradations publiques causées, qui ont tendances à plus énerver la population de Los Angeles que forcer leur admiration. Bref, l'image médiatique de
Hancock est plus basse que celle d'un super vilain déchaîné. Et s'est à Ray Embrey (
Jason Bateman), conseiller en image de marque, qu'il incombe de lui faire remonter la pente...
Il est bon de voir que quand Hollywood lâche un peu la grappe de ses exécutives, ceux-ci ne se privent pas pour égratigner sa pratique du politiquement correct, en instance depuis plus de vingt ans. D'accoutumé droit, honnête et propre sur lui, le super-héros devient entre les mains des scénaristes
Vince Gilligan et
Vincent Ngo, une figure moins glamour : vêtu comme un clochard, alcoolique convertit, mal luné, misanthrope, n'hésitant pas à insulter la mégère le sermonnant ou à faire catapulter le mioche trop embêtant. Irrévérencieux, le film de
Peter Berg (
Le Royaume) l'est à plus d'un titre (en dépit d'un adoucissement opéré par Columbia Pictures, effrayé à l'idée de perdre son label tout public). C'est ce qui fait tout le charme de cette comédie à la première partie très drôle (quoique non dénué de raccourcis narratifs la rendant un brin fugace), ne sombrant jamais dans la vulgarité abrutissante d'un
Brett Ratner ou d'un
Rob Cohen (avec une telle note d'intention initiale le risque était grand), car traité avec humanisme et sérieux.
Première partie d'une oeuvre scindée en deux segments distincts, délimités par une belle trouvaille scénaristique nous impliquant par la suite dans un changement de ton. Il est vrai que passé le coup d'éclat du personnage (son intervention lors d'un braquage de banque explosif), sa reconquête du public et sa « normalisation »,
Hancock avait toutes les chances de tomber à plat. Le mérite de ce virage à 180 degrés est d'autant plus estimable, qu'il imbrique sur une touchante histoire d'amour durant laquelle s'intègre sciemment une référence existentielle divine de l'être surnaturel, démontrant ainsi la parfaite compréhension et la considération faite des auteurs au sous-texte mythologique institué par les comics (tout le monde ne peut pas en dire autant).
Hancock a beau se moquer des archétypes du genre, il n'en reste pas moins respectueux des règles du film de super-héros (la découverte du talon d'Achille de notre irréductible, l'apparition d'un opposite…), illustrées par une belle technique (les scènes d'actions sont sèches et spectaculaires justes ce qu'il faut) et une interprétation générale infaillible (
Will Smith qu'on n'avait pas vu aussi convaincant depuis Ali). Pour remporter le prix d'excellence, il ne manquait qu'un bon gros bad guy à stopper et un véritable climax (la scène de l'hôpital est un peu chiche) en place d'une conclusion facile où l'on constate sinistrement la reprise en main du studio, instituant sa sempiternelle mécanique. Au final c'est quand même du « bon travail ». Malgré ses quelques ratés, Hancock demeure un blockbuster estival atypique, intelligent et neuf qui a toutes les chances de postuler au titre de bonne petite surprise de l’été.