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Critique : Phénomènes |
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Avec son dernier film, M. Night Shyamalan persiste dans la voie du seul contre tous. Un drôle de phénomène mais pas dans le bon sens du terme.
Depuis son Incassable, M. Night Shyamalan ne cesse de diviser le public. Surdoué pour les uns, fumiste pour les autres, les arguments défensifs du premier camp deviennent sujets à critique de l'autre côté et vice versa. Mais depuis La Jeune fille de l'eau il devient de plus en plus difficile aux amateurs de son cinéma de cautionner certains de ses partis pris, qui handicapent parfois sa narration au point de réduire considérablement l'impact de son travail. Son dernier né, Phénomènes, n'y échappe pas et demeure son premier (vrai) échec artistique.
Le réalisateur est revenu à une formule (celle du thriller paranormal sous une visée intimiste) censée lui permettre de retrouver les faveurs de la majorité des spectateurs incommodés par les précédents twists, s'inscrivant pourtant dans une parfaite logique thématique, de Signes et surtout Le Village. Pas sûr qu'ils trouveront leur compte dans cette mystérieuse épidémie suicidaire collective touchant subitement la population du nord-ouest américain, où un petit groupe d'individus tente de fuir une menace imprévisible et invisible. Postulant brillant, propice à toutes les spéculations, si son auteur ne tuait dans l'oeuf le mystère qui imprègne son introduction glaçante d'effroi. L'explication est volontairement résolue dès le premier quart d'heure, tant les indices et hypothèses sont écrits au rouleau à peinture. Ainsi on comprend vite qu'il ne peut que s'agir de l'action de mère nature (par l'intermédiaire des végétaux rejetant une toxine bloquant notre système de préservation), nous punissant de tous les maux qu'elle a subis par la main de l'homme. D'accord le réalisateur a voulu s'affranchir de toute explication finale pour échapper aux critiques, mais pour pouvoir s'en passer encore aurait-il fallu donner de la vraie matière à un script se mordant la queue.
Car le vrai problème de Phénomènes est son manque de relief narratif. Calquée sur la structure de La Guerre des Mondes de Steven Spielberg (on est plus proche du plagiat que de la référence), l'histoire - dans la grande tradition du fantastique paranoïaque des années 50 - a parfois bien du mal à convaincre: l'intrigue multiplie les personnages secondaires et les scènes sans but afin de pallier une évidente carence de substance de ce discours écologique légèrement surfait (enfin pas non plus du niveau du Jour d'après). De la sorte de nombreux protagonistes font un passage éclair dans le récit, chaque péripétie se transforme en pétard mouillé (le refuge chez la vieille dame) où évoluent passivement des personnages psychologiquement défaillants. Surprenant de la part d'un metteur en scène habituellement rigoureux, ne transigeant sur aucun détail de la production.
Ici, Shyamalan semble prendre par-dessus la jambe toutes les composantes de son film. Mis à part John Leguizamo (sacrifié trop vite), tous les comédiens ne s'avèrent pas la hauteur de leur tâche, Mark Wahlberg fait une sévère régression alors que Zooey Deschanel postule pour le Razzy Awards de la pire actrice en femme du héros tentant de cacher son 'infidélité' (elle a été manger une part de gâteau avec un collègue sans le dire à son époux). De même, les dialogues sont d'une grande pauvreté dans des situations dont on ne sait pas trop bien si c'est le premier ou second degré qui prédomine (la référence à la pharmacienne, l'épisode de la plante factice). Shyamalan n'y croit plus, ou se rend-t-il coupable d'abus de confiance? On ne saurait répondre de peur que la réponse ne soit la plus négative.
Seul encouragement : quelques pointes de suspense pleines de maîtrise (on flippe devant de l'herbe poussée par le vent) et une poignée de séquences violentes esthétiquement superbes (la chute des ouvriers, le relais mortel d'une arme à feu) limitent les dégâts. Un talent se cache bel et bien derrière ce ratage, il faudrait juste qu'il arrête d'hiberner et se remette sérieusement au boulot.
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Publié
le 14/06/2008 par Julien Munoz
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| Verdict |
Quand le réalisateur de Sixième Sens se plante, la photosynthèse ne donne évidemment pas des pousses phénoménales. Il faut vous ressaisir Mr. Shyamalan, ne gâchez pas votre filmographie (encore) intéressante. |
4/10
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