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Critique : Moi, toi et tous les autres |
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Couronnée par une Caméra D’or cannoise, récompensant la meilleure première œuvre des sélections parallèles, Miranda July est la dernière découverte de la croisette. Découvrez à votre tour sans tarder le charmant Moi, toi et tous les autres.
Le résumé de l’histoire fait peur : une jeune trentenaire un peu loufoque tente désespérément de trouver l’âme sœur. Ouch… Mais non, ne fuyez pas ! Moi, toi et tous les autres n’est pas, mais alors pas du tout, une énième resucée plus ou moins regardable de Bridget Jones et de son malheureux journal.
Né sous la plume de la débutante Miranda July lors de l’atelier d’écriture du festival de Sundance en 2004, le script de ce qui allait devenir la future Caméra d’Or 2005 a connu bien des obstacles avant de finalement taper dans l’œil d’une productrice au flair bien aiguisé (Gina Kwon). On ne peut que la en remercier car sans elle, on n’aurait probablement jamais eu accès à cette merveille de sensibilité, de poésie, et de romantisme. Car du romantisme, le film en a à revendre tout en réussissant à éviter tout sentimentalisme malvenu. Chaque scène possède une sensibilité et une délicatesse incroyables. Mais Miranda July sait aussi faire rire ! Et elle le fait drôlement bien d’ailleurs ! Travaillés au cordeau, les dialogues décalés et savoureux sont servis par des cadres ciselés parfaitement ordonnés, mais qui ne vont jamais à l’encontre de la folie douce ambiante.
Une folie douce colportée par une galerie de personnages tous plus enthousiasmants les uns que les autres. Film choral, l’histoire comporte pas moins d’une dizaine de personnages principaux en dehors de l’héroïne, interprétée avec brio et conviction par la réalisatrice elle-même. Cette dernière, loin de se mettre en valeur avec condescendance, prend le temps de dresser pour chacun de ses protagonistes un portrait fin et original, à cent lieues de tous les standards actuels. Elle le fait d’ailleurs d’autant mieux quand il s’agit d’enfants. Citons par exemple les charmants Robby (Brandon Ratcliff) et Peter (Miles Thompson), de respectivement 6 et 14 ans. Ou encore les deux ravissantes pimbêches Heather (Natasha Slayton) et Rebecca (Najarra Townsend). Où Miranda July a-t-elle bien pu trouver des interprètes aussi convaincants pour leur jeune âge ? Le jeu du petit Brandon Ratcliff lors d’un dialogue torride sur Internet est absolument hilarant. Quant aux deux personnages principaux, Christine (Miranda July) et Richard (John Hawkes), pauvre vendeur de chaussures dans un grand magasin, ils sont si attachants et si paumés qu’il est impossible de ne pas fondre devant leur hypothétique idylle naissante.
Cependant, tous ces personnages doivent prendre place dans un film construit sur une succession de saynètes, un procédé qui a ses limites. Et c’est là que l’on trouve matière à reproche. En effet, organiser un film de la sorte est en réalité la meilleure façon de mettre en relief la moindre petite erreur de construction, le moindre essoufflement dans la narration. Là se trouve l’un des principaux défauts du film. D’autre part, Miranda July n’échappe pas aux grandes ficelles désormais caractéristiques du cinéma indépendant américain actuel. On sent d’ailleurs un lien étroit entre Moi, toi et tous les autres et Garden State de Zach Braff. Bande-originale très recherchée, cadre très travaillé, univers à la fois familier et décalé… Autant de points communs auxquels on pourrait également ajouter les protagonistes trentenaires un peu paumés, les couleurs pastels délavées, les nombreuses références à différentes sortes d’art contemporains, etc.
Moi, toi et tous les autres s’inscrit donc parfaitement dans l’air du temps, tout en accusant de très (trop ?) fortes influences plus ou moins revendiquées. Mais reprocher cela à la cinéaste serait faire preuve d’une certaine sévérité. Car il s’agit là, rappelons-le, d’un premier film. Et si Miranda July n’a pas eu le coup de génie de livrer un chef-d’œuvre du premier coup, elle a au moins eu le mérite de créer une œuvre riche et réjouissante qui se savoure avec grand plaisir.
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Publié
le 21/09/2005 par Sabine Garcia
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| Verdict |
En plein renouvellement, le cinéma américain ne cesse de nous offrir d’alléchantes et prometteuses découvertes. Dernière perle venue d’outre-atlantique, Miranda July s’offre une renommée bien méritée avec Moi, toi et tous les autres, un film touchant et drôle. Une véritable réussite ! |
7/10
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