Ducastel et Martineau filment sur trois heures quarante ans d'histoire collective à travers le parcours personnel d'une famille. Exercice pompeux ou épopée touchante ?
Depuis le bien nommé
Jeanne et le garçon formidable en 1998, film musical et social avec
Virginie Ledoyen et
Mathieu Demy,
Olivier Ducastel et
Jacques Martineau n'ont eu de cesse de nous livrer, au rythme d'un film tous les deux ou trois ans, des petits bijoux de cinéma engagé, à la fois graves et légers. La pesanteur, le duo de réalisateurs ne connaît pas. Qu'ils parlent du sida, de la découverte de soi-même, du poids de la famille, ces deux-là, sans renier l'émotion, évitent avec dextérité le pathos.
Nés en 68 dure 2h53 (il sera projeté sur Arte en deux parties d'une heure et demie à la fin de l'année). D'un film aussi long pouvait naître l'inquiétude. N'ayez crainte, ces 3 heures passent à une vitesse folle, le spectateur étant pris dans un tourbillon d'évènements, ceux des personnages mais aussi ceux de l'Histoire, des évènements phares qui se sont déroulés de mai 68 à mai 2007, mois durant lequel il s'est passé ce que l'on sait.
A vingt ans, la vie de trois étudiants, Catherine, Yves et Hervé, va être « chamboulée » par les évènements de Mai 68. Ils décident alors de tenter l'expérience communautaire pour affirmer leurs convictions sur la vie. Ils s'installent donc avec plusieurs amis (dont le frère de Catherine) dans une ferme abandonnée du Lot. La personnalité profonde de chacun finira par dissoudre le groupe et seule Catherine, attachée à ses idéaux, gardera la ferme. Vingt ans plus tard, on retrouve les enfants de Catherine dans une société qui a bien changé. Apparition du sida, chômage accru, élection de François Mitterand à la tête de la France, autant d'éléments qui touchent au plus près les jeunes adultes de la fin des années 80.
Le film est donc divisé en deux parties bien distinctes (ce qui parait évident vu la nature du projet). Les idéaux des parents d'une part (la vie dans la ferme, la dissolution du groupe) puis d'autre part l'impact d'une société nouvelle sur les enfants de la génération soixante-huitarde.
Olivier Ducastel et
Jacques Martineau jouent à fond la carte du romanesque et la pléthore d'événements qui compose
Nés en 68 rend le film passionnant. Naviguant entre humour et émotion, destins personnels et événements collectifs (apparition de la trithérapie, éviction des sans–papiers de l'Eglise Saint-Bernard…),
Nés en 68 trouve son aboutissement dans sa vision d'ensemble qui brosse un tableau parfois ponctué de clichés (mais les clichés ne sont-ils pas la représentation banalisée d'une vérité ?) mais toujours sincère et sensible.
Coté acteurs,
Ducastel et
Martineau ont eu raison de faire confiance à
Laetitia Casta. Il est grand temps, aujourd'hui, de reconnaître son grand talent de comédienne. En jeune hippie libérée ou en mère déçue par la vie, elle est d'un naturel confondant. Ce n'est pas renier les autres qualités du film que dire que
Nés en 68 lui doit beaucoup. Le reste du casting va du meilleur (
Christine Citti et
Marc Citti,
Sabrina Seyvecou…) au moins bon. La narration faite d'ellipses peut sembler un peu compliquée dans la mesure où, tout comme les évènements, les personnages sont nombreux. Mises à part ces petites réserves,
Nés en 68 reste dans la veine des films du tandem. Frais, humain avant tout, engagé en arrière-plan. On aurait pu croire à une faute de parcours, il n'en est rien : le cinquième film d'
Olivier Ducastel et
Jacques Martineau est au moins tout aussi beau que ses admirables prédécesseurs. Pour cela et beaucoup d'autres choses (la dernière scène est magnifique), il est urgent d'aller voir ce film-fleuve qui, tout en alliant l'émotion à l'intelligence du propos, vous fera passer un sacré bon moment. Sincère, touchant sans renier l’humour, sensible, engagé, autant d’adjectifs qui peuvent définir Nés en 68. Quelques défauts, certes, mais peu importants au regard du bonheur que le film, emmené par une Laetitia Casta impeccable, nous apporte. Follement attachant.