Critique : Enfances

Critique : Enfances

A travers six petits films basés sur des anecdotes d'enfances de grands metteurs en scène se cache un long métrage passionnant et universel.


Enfances est constitué de six courts-métrages dans lesquels six jeunes réalisateurs mettent en scène des instants d'enfances décisifs, des passages à l'âge adulte, des façonnements d'identité de six cinéastes incontournables du cinéma mondial. En effet, on retrouve dans Enfances Fritz Lang, Orson Welles, Jacques Tati, , Alfred Hitchcock et Ingmar Bergman dans leur jeune âge, cinéastes en devenir dont les instants filmés ici détermineront leur œuvre et leur personnalité. Réalisations sobres et délicates, anecdotes admirablement choisies mêlant à partir d'une base réelle (citations biographiques à l'appui) la vérité à la fiction, le projet du réalisateur et scénariste Yann Le Gal s'avère être une excellente surprise dans le cinéma français contemporain.

Enfances
La plupart du temps émouvants (segments sur Fritz Lang, Orson Welles et Jean Renoir) mais aussi ludiques (« L'enfance de Jacques Tati »), effrayants (Alfred Hitchcock) ou tout cela à la fois (« l'enfance d'Ingmar Bergman »), Enfances est un long-métrage aux ambiances diverses mais à la cohésion impeccable. On connaît la difficulté pour les films dits « à sketches » d'être égaux dans leur tout. Souvent, on retient telle ou telle partie du film et rares sont ceux qui font exception à la règle. Si Enfances jouit d'une telle unité au niveau de la qualité de ses récits, c'est probablement que les courts qui le composent ne sont, à proprement dit, pas des sketches comme le laisserait supposer le concept mais bien de véritables petits films, résultat du travail de jeunes metteurs en scène inspirés qui tout en mettant en image les scénarios de Yann Le Gal gardent la singularité de leur univers cinématographique en se fondant en même temps dans celui des personnes dont ils parlent.

Enfances
Obsessions, peurs enfantines liées à l'identité, perte ou autorité des parents, impossibilité de s'intégrer dans une société qui ne fait pas de place à la différence (constat on ne peut plus actuel), les thèmes exploités dans ces fragments d'enfances ont tous en commun leur grande humanité. Celle de Jean Renoir bien sûr qui naît dans l'affrontement des rencontres, celle de Fritz Lang qui, touché par le mal qui le fascine, va prendre conscience de l'horreur, celle de Jacques Tati qui par sa grande taille ne rentre pas dans la « normalité »...

Enfances
Relayé par une réalisation inspirée de Yann Le Gal lui-même, Isild Le Besco, Joana Hadjithomas, Khalil Joreige (dont le prochain film Je veux voir sera en compétition à Cannes dans la sélection « Un certain regard »), Ismaël Ferroucki, Corinne Garfin et Safy Nebbou (Le cou de la girafe avec Sandrine Bonnaire et Claude Rich), interprété avec talent par tous les gamins mais aussi par Julie Gayet (bouleversante en mère de Fritz Lang), Elsa Zylbestein ou Clothilde Hesme (Les Chansons d'amour), le film est à la fois une réussite esthétique et narrative incontestable et un beau moment réflexif sur le cinéma et la construction de l'état adulte. Pour tout cela et tout simplement parce qu'on y prend un plaisir énorme, Enfances mérite largement d'être vu.
 
Publié le 13/05/2008 par Christophe Hachez

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Verdict
Les six courts qui composent Enfances sont, chacun à leur façon, des petits bijoux. Un long-métrage avec, à l’intérieur, une multitude de petits bonheurs.
8/10



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