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Critique : Wonderful Town |
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Aditya Assarat présente sa ville merveilleuse : Takua Pa, une cité fantôme, splendide, magique, à l'abandon.
Petit détour par la ville magnifique de Takua Pa. Takua Pa se situe en Thaïlande, au bord de la mer. Cité perdue à plusieurs heures de Bangkok, c'est ici que se réfugie Ton, architecte en bâtiment dans le vague, pour se restructurer. Installé dans le seul hôtel de la cité, vide, il est pris d'amour pour Na, l'hôtelière.
Pure beauté formelle construite à partir d'une ombre, deux serviettes et trois fils à linge, l'image du film est inspirée, le réalisateur fait preuve d'un sens du cadre remarquable : chaque plan se vaudrait à lui seul pour le plaisir qu'il procure à l'œil. Chacun suffirait aussi à rendre compte de l'émergence toute nouvelle du cinéma thaïlandais porté par son chef de file Apichatpong Weerasethakul (Syndromes and a Century). Ambiance zen, les courtes averses de la saison des pluies qui s'enlacent comme le yin dans le yang avec les machines à linge de Na, l'hôtelière de la ville, découpent le récit. Celui-ci perd tout espoir de temporalité grâce à la répétition des mêmes gestes et des mêmes schémas. L'histoire d'amour ressemble à une amourette de passage, une semaine tout au plus ; mais la calme sérénité des interprètes relayée par celle de la caméra nous feraient croire qu'ils fêtent leur premières noces.
De là en découle la première chose marquante de ce Wonderful Town, la mise en place d'une ambiance particulière propre à cette cité merveilleuse et magistralement retranscrite dans le film. Mieux, le film impose sa définition de l'adjectif contemplatif, au sens le plus pur : qui se plaît à observer attentivement les choses. C'est ce que fait Aditya Assarat. Il rend compte de la manière la plus précise possible de la situation de Takua Pa en multipliant les vues sur le paysage. En dirigeant le moins possible le regard du spectateur. Et en installant cette ambiance trouble, mélange du beau et du glauque qui explique le mot « magique » utilisé par l'auteur pour qualifier la cité.
Quelle situation ! Il va bien falloir finir par vous l'avouer, le réalisateur opère un fade-out de cette histoire d'amour qui occupe de moins en moins d'importance, et replace au centre du film le thème essentiel, celui qui soutient la structure, qui lui donne du corps et une nécessité : le Tsunami. On a parlé d'ombre et c'est finalement surtout de cela qu'il s'agit. Assarat persiste et fait de Takua Pa une cité fantôme. Les âmes perdues dans ce non-lieu sont les seules rescapées de la tragédie et si elles sont encore en vie, l'écume de la mer a emporté tout le reste. Plus de familles, une plage sans touristes, de rares revenus, les quelques hommes qui sont encore présents ne font plus guère que contempler l'œuvre de cette nature indomptable. Le provocateur et mal-aimé Maurice Pialat disait que « sur le plan du fantastique, Lumière dépasse Méliès ». Wonderful Town, cité fantôme mystique kafkaïenne plus que jamais inscrite dans le réel, semblerait lui donner raison.
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Publié
le 08/05/2008 par Florent Boucheron
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| Verdict |
Un très beau film, simple, intelligent, peu bavard, qui rend compte du désastre par l’image. La romance imaginée ne devient plus qu’un prétexte pour entraîner le spectateur vers cet après tsunami effroyable. |
8/10
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