Critique : Le Grand Alibi

Critique : Le Grand Alibi

Agatha Christie continue d'œuvrer à l'écran par l'intermédiaire des adaptations de ces romans. Dernière en date : Le Grand Alibi.


Qui n'a pas déjà lu un roman d'Agatha Christie ? Qui ne connaît pas le bonheur de suivre un suspense tiré au cordeau afin de savoir qui parmi une multitude de suspects est l'auteur du crime survenu une centaine de pages plus tôt, et de se trouver inlassablement surpris par la révélation finale ? Peu on imagine. Alors quand l'un des romans de la maîtresse du whodunit est sujet à une adaptation cinématographique, on est toujours un peu curieux de voir ce que cela va donner à l'écran.

Le Grand Alibi
Troisième transposition hexagonale d'un ouvrage de la dame depuis trois ans (après Mon petit doigt m'a dit, L'Heure zéro et en attendant Le Crime est mon affaire, tous de Pascal Thomas), Le Grand Alibi (d'après Le vallon, 1946) tend à prouver que celle-ci reste une valeur sûre dans le cinéma policier. A charge alors à Pascal Bonitzer de dépoussiérer le récit tout en conservant bien précieusement les ingrédients nécessaires à son bon déroulement. Dans un premier temps, l'époussetage semble de mise, les services d'Hercule Poirot (présent dans le bouquin) n'étant pas sollicités. Vient une introduction en forme de mise en place de la scène du meurtre : week-end champêtre entre (faux) amis, pendant lequel la future victime (Lambert Wilson), détestable à souhait, est entourée de ses proches quasiment tous sujets à suspicion : La femme trompée (Anne Consigny), la maîtresse (Valeria Bruni Tedeschi) jalouse de l'ancienne conquête fraîchement débarquée (Caterina Murino), l'écrivain envieux (Matthieu Demy) ou encore l'hôte (Pierre Arditi) adepte des armes à feu dont la collection suffirait amplement à faire revivre la Résistance. Tous les éléments sont là, l'enquête peut commencer … enfin presque.

Le Grand Alibi
Avant même que le forfait criminel ne s'exécute, l'évidence saute aux yeux : la trame policière Pascal Bonitzer, s'en moque éperdument. Elle n'est qu'une toile de fond (l'inspecteur de l'affaire est mis au second plan) devant laquelle le réalisateur orchestre d'abord un concours de piques verbales entre les différents protagonistes, faisant éclater les apparences de la bonne société, pour déboucher sur une étude psychologique cynique et peu finaude sur les liens de la vie à deux. Que Le Grand Alibi s'extirpe de son moule (l'affiche est en cela sacrément trompeuse) pourquoi pas, après tout, l'intrigue ne compte pas parmi les plus fabuleuses de l'écrivain. Sauf qu'on ne doit pas disculper une forme dont le traitement infligé amplifie la platitude globale du film - alors qu'elle aurait mérité une meilleure attention. Ne pas s'intéresser aux codes du genre ne pardonne pas de les torcher avec dédain (le climax).

Seule une poignée de bons mots et quelques comédiens (Wilson, Miou-Miou, Arditi) s'en tirent à bon compte laissant le reste de la troupe loin derrière. On ne les plaindra pas, l'unique victime ici étant Agatha Christie.
 
Publié le 01/05/2008 par Julien Munoz

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Verdict
Une partie de cluedo ressemblant davantage au jeu de l’amour et de l’ironie qu’à un jeu de piste, ça vous dit ? Non ? Et bien nous non plus.
3/10




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