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Critique : Deux jours à tuer |
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Pour Deux jours à tuer, Jean Becker abandonne ses habituels cadres de la comédie française au profit d'Albert Dupontel. La greffe a-t-elle pris ?
Antoine a la quarantaine, une compagnie de publicité rémunératrice, une jolie femme dévouée et deux beaux enfants… cependant il décide de tout plaquer du jour au lendemain. Sans long préambule, commence alors le jeu de massacre de la petite bourgeoisie et de son mode de vie. La première partie du film gorgée d'humour noir aligne ainsi les répliques vachardes misanthropiques, où chacun sera descendu dans les règles. C'est toute la société de consommation et son hypocrisie qui est alors brocardée, pourtant le cœur ne semble pas y être, l'attaque n'est que superficielle, la jubilation un peu vaine, une provocation sans réelle profondeur.
Le cœur du film est ailleurs, derrière la rigolade se cache le drame d'un homme contraint de changer de vie, et le déchirement qu'il éprouve à cette idée. Plus tard, les raisons profondes de ce besoin seront révélées, approfondissant certes son aspect humain, mais vidant un peu plus la première partie du récit de son sens, pour la cantonner à une vision unilatérale. L'analyse acide de la société pointant l'hypocrisie ambiante, le lissage des pensées voire une certaine décadence morale perd définitivement tout son poids. Le cinéma de Jean Becker reprend alors ses droits.
Abandonnant la fronde, il réinvestit ses terrains de prédilection, l'homme et les drames qui l'anime, les liens familiaux ou le retour à la nature et aux choses simples. L'œuvre est alors touchante dans les rapports humains qu'entretient le personnage principal avec son entourage proche, sa femme, ses enfants, mais aussi son père, bien qu'elle manque singulièrement de profondeur. C'est la résultante du parti-pris très tranché du cinéaste. Jean Becker ne s'embarrasse en effet que de peu de fioritures dans son récit. Suivant une ligne narrative rectiligne, il mène avec efficacité sa barque à bon port en à peine 1H26. La mise en scène, sans fard, privilégie donc la caméra à l'épaule pendant un long moment avant de s'assagir au contact de la nature. Une démarche carré et efficace.
Cette qualité de mise en scène débouche pourtant donc sur un manque de profondeur de l'ensemble. Si l'histoire est incarnée et claire, elle ne prend pas le temps de l'introspection et de la réflexion. Elle pourrait être même taxée d'un certain didactisme par sa volonté d'expliciter, plutôt que de faire ressentir. Car si l'on devait pointer une carence majeure, ce serait son incapacité à transmettre au spectateur cette pulsion de vie, quête du personnage principal.
Niveau interprétation, rien à redire. Albert Dupontel est aussi à l'aise en maniant un humour corrosif qui rappellera ses débuts, qu'en livrant l'intimité de son personnage, avec toujours cette incroyable présence physique. Le reste du casting bénéficie de moins de temps de présence, qui permet néanmoins à Pierre Vaneck de livrer une interprétation paternelle subtile et à Marie-Josée Croze de camper une bien belle femme bafouée.
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Publié
le 30/04/2008 par Steve Gallepie
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| Verdict |
Drame efficace, à l’humour mordant, Deux jours à tuer manque tout de même d’une certaine profondeur qui limite sa portée. |
7/10
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