|
Critique : Funny Games U.S. |
 |
|
Dix ans après Funny Games, Michael Haneke nous présente son remake américain. Quelques raisons d'aller le voir.
Critiquer Funny Games U.S. c'est un peu faire la critique de l'original, celui tourné il y dix ans en Autriche et en Allemagne. Mais c'est aussi s'interroger sur l'intérêt du processus. Pourquoi refaire son propre film plan par plan avec la même musique, les mêmes dialogues, les mêmes lettrages rouges vifs aux génériques ? Gus Van Sant s'était il est vrai questionné sur le sujet il y a quelques années en refaisant à l'identique le Psychose de Alfred Hitchcock, lui-même ayant réalisé 2 versions (une anglaise et une américaine) de L'homme qui en savait trop. Dans le dernier cas, la mise en scène différait ce qui rendait l'exercice compréhensible. On sait que Michael Haneke a voulu, à travers Funny Games, dénoncer la banalisation de la violence à l'intérieur du cinéma américain. Son film, joué par des acteurs allemands inconnus (Ulrich Muhe qui joue le mari ne connaitra une consécration plus large que peu de temps avant sa mort avec La Vie des autres) ne sera pas vu aux Etas-Unis. Le message ne passera pas. D'où ce remake américain qui ne diffère de l'original que par la langue et les acteurs.
Faut-il rappeler le sujet ? Une famille bourgeoise composée de la femme, du mari et du fils (sans compter le chien) s'achemine paisiblement vers leur villa secondaire, le bateau accroché au derrière de la voiture. Sur une musique de Haendel, le véhicule glisse avec douceur sur les routes jusqu'à ce plan dans lequel l'identité de la famille se dévoile. La musique classique est brutalement chassée par la musique cacophonique de John Zorn. On comprend alors que ces Funny Games ne seront pas si drôles que ça. Et on a raison. Deux jeunes gens, bien sous tout rapport, réussissent à pénétrer dans la maison afin de « s'amuser » avec toute la petite famille. Le jeu où plutôt le cauchemar est prêt à démarrer.
N'en dévoilons pas trop pour ceux qui n'auraient pas vu l'original. Avertissons-les tout de même du caractère extrême de l'expérience. Le film étant le même que celui de 1998, l'horreur reste dérangeante, voire insupportable. Pas forcément dans les images d'ailleurs (tout y est montré hors champs) mais par le côté malsain qu'il projette. En effet, si Funny Games U.S. s'avère d'une efficacité redoutable en tant que thriller, c'est surtout sa réflexion sur la violence qui en fait tout le prix (comme dans tous les films de Michael Haneke d'ailleurs). Ici, la violence n'est pas jouissive comme dans les blockbusters américains. Elle est répugnante, vomitive. Le réalisateur fait de tout spectateur son complice, le renvoyant du même coup à son statut de voyeur. Clin d'œil, apartés des personnages aux spectateurs, jeu sur la narration (retour en arrière) sèment la terreur. Dans son questionnement primordial, le film devient implacable et unique. D'une intelligence rare qui le rend essentiel.
Cinéaste éblouissant, Michael Haneke met en scène son film avec une précision millimétrée. Son déroulement (lenteur, accélération, lenteur et accélération bis) met le tournis. C'est indéniable, le film est grand. Mais pourquoi donc ce remake plan par plan ? Michael Haneke pense probablement que le fait de changer quelque chose à son film aurait apporté de l'eau aux moulins de ses détracteurs qui lui reprochent, avec ce film, de vouloir réaliser un coup marketing et s'assurer ainsi un succès chez le pays de l'oncle Sam. N'ayant touché à rien, il prouve par là-même qu'il n'a rien accentué et que le message passera (ou pas) selon sa volonté première. De toutes manières, il faut bien mal connaître le cinéma de Michael Haneke pour le penser voyeur et sadique dans la mesure où son discours est le même depuis ses tout débuts (Le septième continent, Benny's video…) montrant à quel point un auteur est obsédé par l'univers qui le hante.
Funny Games U.S. a quand même plusieurs atouts au détriment de son homologue allemand. Le jeu des acteurs est plus précis. De plus, voir Naomi Watts ou Tim Roth dans de telles situations renforce le malaise. Michael Pitt interprète la folie avec beaucoup plus d'efficacité qu' Arno Frisch qui était plus froid et distant. De plus, la réflexion sur la réalité des images est, dans cette nouvelle version, accrue par le statut même du film (le remake). Enfin, la photo de Darius Khondji est plus travaillée. Cependant, il n'est pas sûr que Funny Games U.S. marchent sur les plus jeunes, la banalisation des images s'étant encore accentuée avec les nouveaux outils de communication. Mais en tout cas, il est à recommander pour sa radicalité, sa réflexion restée intacte ainsi que pour son admirable réalisation. Imparable et indispensable. Un choc !
|
| |
|
Publié
le 24/04/2008 par Christophe Hachez
|
| Verdict |
Michael Haneke réussit à gagner sur tous les plans. Horreur renforcée, réflexion décuplée, interprétation plus convaincante, son film a tout d’un nouveau chef d’œuvre dans une carrière de cinéaste déjà exceptionnelle. |
9/10
|
|
|
|