Entre boxe et sentiments, Mabrouk El Mechri nous livre un film surprenant pour une production française par les temps qui courent.
Mabrouk El Mechri, auteur de quelques courts-métrages remarqués, nous livre un film sympathique et surprenant sur
Virgil (
Jalil Lespert), un boxeur en proie à plusieurs tourments. En effet, toutes les semaines, il va au parloir de la prison où son père, Ernest (
Jean-Pierre Cassel), se trouve afin de lui raconter ses soi-disant exploits de boxeur pour lui faire plaisir. Il y fait également la rencontre de Margot (
Léa Drucker), une femme qui vient voir son père et qu’il essaie tant bien que mal de séduire. Ernest lui annonce qu’il va bientôt sortir et qu’il va enfin pouvoir le voir à l’œuvre sur le ring. Seulement voilà, ça fait trois ans que
Virgil n’a pas touché des gants.
Il y a des films qui pourraient ressembler à tant d’autres s’ils n’étaient mis en scène de façon audacieuse, en sortant des sentiers battus par rapport aux productions françaises du genre, comme le fait ici
Mabrouk El Mechri. Son film respire tellement l’originalité et la fraîcheur qu’il emporte notre adhésion sans grand mal. Tout d‘abord, grâce au talent du réalisateur, qui réussit à traiter des différentes intrigues du film - la boxe, l’amour filial et l’amour tout court - sans s’embrouiller les pinceaux. Même s’il y a bien quelques maladresses compréhensibles pour un premier film comme des scènes pas forcément utiles ou des mouvements de caméra superflus,
El Mechri met en place une mise en scène tonique emballée par une bande-originale pêchue et une narration qui lorgne du côté des films de
Tarantino, ce qui n’est pas pour déplaire. Tous les personnages sont vraiment attachants, des premiers aux seconds rôles, ils ont tous une bonne place et une réelle profondeur. On ne peut que saluer au passage des dialogues pour la plupart vraiment percutants, l’irrésistible
Jean-Pierre Cassel se taillant la part du lion en homme cynique mais attachant aux répliques cinglantes qu’un Audiard n’aurait pas reniées. On est heureux de voir
Léa Drucker, trop rare dans les premiers rôles, qui est vraiment ici parfaitement dans le ton de son personnage de femme forte et sauvage qui ne tombe jamais dans la caricature. Le duo qu’elle forme avec
Jalil Lespert, auteur également d’une prestation remarquable, est tout à fait crédible et donne dans une sensibilité jamais mièvre.
La force du film est donc également du côté des seconds rôles, tous assez forts, de l’entraîneur de boxe au patron du kébab en passant par le père de Margot, personnage complexe au lourd secret subtilement interprété par
Philippe Nahon. Il y a également le « méchant de service », si on peut dire, qui se révèle très crédible car proche de monsieur tout-le-monde. Le film réussit à voyager entre rires et larmes sans tomber dans l’outrance ou le lourd grâce à des comédiens vraiment appliqués et à la réalisation qui sait rester discrète quand il le faut sans appuyer les effets.
Virgil est un de ces films qui fait vraiment plaisir à voir, tant on a l’impression d‘assister à un spectacle unique en son genre dans le paysage cinématographique français actuel. On attend le prochain film de
Mabrouk El Mechri de pied ferme. Virgil est assurément l’une des comédies populaires françaises les plus originales qu’il ait été donné de voir depuis un bon moment, grâce à une réalisation tonique et à des acteurs au sommet de leur forme.