L'Espagne, nouveau berceau de cinéastes de films d'horreurs ? On veut bien le croire car après le réussi Orphelinat, voici REC, et attention, ça secoue.
Le cinéma d'horreur ibérique s'épanouit ces derniers temps grâce à une cuvée de cinéastes inspirés et à l'accueil plus que réceptif du public espagnol. Nous avons pu apprécier dernièrement
L'Orphelinat de
Juan Antonio Bayona, récompensé lors de nombreux festivals. Dans un style différent, voici venu
REC, déjà auréolé d'une réputation solide de film qui fait peur.
Paco Plaza et
Jaume Balaguero n'en sont pas à leur coup d'essai puisque nous avons pu voir dans le même genre
Les Enfants d'Abraham et
L'Enfer des loups du premier, puis
Darkness et
Fragile du second.
De par les choix de prises de vue « caméra à l'épaule », on pense immanquablement au
Projet Blair Witch et au récent
Cloverfield. Cela dit, nous sommes ici dans une approche légèrement différente. Une journaliste et son caméraman accompagnent une brigade de pompiers une nuit pour les besoins d'une émission de télé-réalité. L'immersion se fait en douceur, et le premier tiers du film nous plonge dans la réalité quotidienne des journalistes et des pompiers. Les choses sérieuses commencent lorsque l'équipe débarque dans un immeuble à cause de hurlements d'une vieille dame. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, l'immeuble est mis en quarantaine et la tension monte de plusieurs crans. Le film bascule alors dans une espèce de chaos incontrôlable, c'est brut, éprouvant et incroyablement intense.
La très bonne interprétation de
Manuela Velasco, sans qui ce cauchemar n'aurait pas eu la même saveur, nous aide à plonger dans l'action. La mise en scène n'est pas non plus étrangère à nos belles frayeurs. Le film étant réalisé comme un reportage, nous avons droit à quelques incidents techniques qui n'aident franchement pas à nous rassurer. Défaut de mise au point, micro un peu trop sensible, torche aléatoire, vision infrarouge, bref, on joue avec nos nerfs, et on le fait très bien. Les amateurs remarqueront les différentes références à des jeux vidéo tels que Resident Evil ou Silent Hill, pionniers de l'horreur sur consoles, où le lien entre le spectateur/joueur ressemble étrangement à celui que ressent le spectateur de
REC. Le point de vue subjectif de la caméra aidant à nous laisser dans l'inconnu le plus total, on découvre comme on peut ce qui se cache dans l'immeuble, à nos risques et périls, et les frissons sont assurément garantis.
Là où les deux cinéastes sont remarquables, c'est dans l'écriture des personnages puisqu'ils parviennent, à travers leurs réactions, à dépeindre le climat dans lequel baigne notre société. Alors que les habitants sont séquestrés dans leur propre immeuble pour une raison totalement inconnue, la paranoïa s'installe en raison d'une désinformation totale de la part des autorités militaires et scientifiques, le tout enregistré par le témoignage de nos très chers journalistes. La crédibilité des personnages renforce les tensions et les peurs chez nous, spectateurs. Chacun défend sa vie, tente d'être rationnel, se veut témoin devant la caméra mais tous sont victimes d'événements qui les dépassent. Une très grande réussite donc pour tous ceux qui aiment bondir de leur siège. REC est tourné comme un reportage TV et nous plonge dans une réalité cauchemardesque. L’originalité de la mise en scène, le jeu des acteurs et la bonne écriture parviennent à nous filer une frousse mémorable. On n’avait pas sursauté comme ça au cinéma depuis un moment !