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Critique : Les Citronniers |
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Ne pas se fier au titre : il n'est pas seulement question de citrons dans le dernier film du réalisateur de La Fiancée Syrienne, on y parle aussi d'éléments beaucoup plus graves.
Les histoires de voisinage difficile, en temps normal, sont souvent compliquées à résoudre. Mais il y a toujours possibilité de trouver un moyen de s'arranger, de trouver une solution satisfaisante pour chacun des partis. Dans le cas de Salma, veuve cultivant tranquillement sa plantation de citrons léguée par son père disparu, les choses vont se compliquer exponentiellement lorsque son nouveau voisin lui demande de couper ces arbres. L'affaire ne devrait pas dépasser l'anodine querelle de voisinage, oui mais voilà, il se trouve que le nouvel arrivant est le Ministre de la Défense israélienne, que Salma est palestinienne et son jardin est situé juste à la frontière de la Cisjordanie. Trop de risques que des terroristes en profitent pour exécuter l'homme d'état, invoque le service de sécurité. Commence alors pour Salma un combat judiciaire destiné à sauver sa propriété.
Sorti chez nous quelques semaines après le Désengagement d'Amos Gitai, revenant sur l'expulsion des colons juifs de la bande de Gaza, le cinéma israélien continue d'explorer la situation géopolitique mouvementée du pays avec le dernier film de Eran Riklis (La Fiancée Syrienne), Les Citronniers. Les deux compères ont beau discourir sur des évènements apparemment éloignés, il n'empêche qu'ils ont la même thématique : le déracinement. Déracinement culturel, politique (les colons) pour le premier, déracinement physique (les arbres) pour le second. Que ce soit homme ou végétal cela ne change rien car comme le souligne le vieux jardinier aidant la plaignante, « un arbre est un homme ». Les abattre reviendrait à tuer impunément des êtres humains et donc à agrandir la plaie d'un conflit qui ne demande qu'à saigner abondamment.
Les Citronniers ressemblerait à une fable si le drame s'y jouant n'était pas inscrit dans une profonde et triste réalité qu'Eran Riklis traite avec humanisme, sans distiller une amertume impudente (bien que le film prenne le parti de Salma, les israéliens ne sont pas montrés comme de simples méchants sans cœur). Le réalisateur ne cherche pas à dénoncer des responsables, il pointe seulement du doigt une guerre politique dont l'impasse influe sur le quotidien des habitants, ne faisant que renforcer l'emprisonnement ethnique des deux civilisations et les barrières physiques entre elles. Leitmotiv ici récurrent (le grillage entourant la propriété, le mur colonial en construction entre les deux pays, les lunettes de soleil des gardes du corps insensibles aux malheurs de Salma, l'amour interdit entre la femme et son avocat…) d'un drame à la beauté sobre, porté par son actrice principale (Hiam Abbass brûlante de l'intérieur) et tendant à l'universalité de son propos pacifiste, à peine égratignée par un zeste de bonne conscience (la femme du ministre) en trop.
Si Eran Riklis fait preuve d'œcuménisme altruiste, cela ne l'empêche pas toutefois de sombrer dans le scepticisme lorsqu'il conclue sur un plan final laissant un goût amer dans la bouche. Vu l'enracinement invariable de la conjecture actuelle, comment aurait-il pu en être autrement ?
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Publié
le 24/04/2008 par Julien Munoz
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| Verdict |
Plutôt que de s’enfermer dans une simple déclinaison du problème épineux israélo-palestinien, Les Citronniers demeure une œuvre bienfaisante ouvrant ses portes au plus grand nombre. |
7/10
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