|
Critique : Ploy |
 |
|
Un hôtel, un couple, une adolescente… autant de possibilités d'explorer les différentes facettes du désir.
Pen-Ek Ratanaruang est l'une des figures majeures du cinéma thaïlandais depuis ses débuts, il y a maintenant dix ans. Auteur de l'acclamé Last Life in Universe en 2003, il avait manqué son retour avec Vagues invisibles, aussi soigné esthétiquement que vide et prétentieux. Qu'en est-il alors de Ploy, variation sur le désir entretenant une parenté thématique indéniable avec le chef d'œuvre de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut ?
Wit et Daeng, expatriés thaïlandais aux Etats-Unis, reviennent à Bangkok pour assister à des funérailles. A l'hôtel où ils séjournent, ils rencontreront Ploy, une jeune fille de 19 ans … Elle sera le point de départ d'une exploration du désir et de son érosion au sein du couple, le prisme de ses différentes expressions en fonction de chacun. La nécessité de sa matérialisation, la peur de ne plus séduire, la jalousie envers la fraiche jeunesse, l'ardeur de sa naissance, sa sensualité intrinsèque, la prédation de l'homme… nombreux sont les thèmes qu'investit Ploy. Naturellement, le fantasme s'invite à son tour, entrainant le spectateur dans ce tourbillon de sens et de réflexions.
Là où son précédent long-métrage tournait à vide, Pen-Ek Ratanaruang s'appuie ici sur un questionnement universel, qui prendra toute son ampleur par son traitement. Comme trop peu souvent, la forme prolonge le fond pour l'interroger d'avantage. Le cinéaste renoue pour cela la collaboration avec son chef-opérateur originel Chankit Chamnivikaipong, après deux escapades auprès de Christopher Doyle, technicien habituel de Wong Kar-Waï. Ploy prend ainsi l'allure d'un bijou de mise en scène par ses cadres léchés, à l'ambiance évanescente, sur lesquels souffle une musique indicible, tel un murmure. Ploy est alors un sommet d'érotisme contenu, et suinte la sensualité par tous ses pores. Il n'en reste pas moins chaste graphiquement, ce frisson parcourant le film étant sous-tendu et insidieux. Les dialogues sont alors très rares, les plans parlant d'avantage. De quoi légèrement regretter les quelques conversations clés distillées ça et là, pour ne pas perdre le spectateur dans ce scénario aux allures pirandelliennes et aux faux-semblants fantasmés.
Ploy illustre également à nouveau le goût pour la sexualité et l'iconoclastie du cinéma asiatique, de Tsai Ming-liang à Hong Song-Soo (pour le coté très sexuel) ou Bong Joong-ho (pour la verve iconoclaste). Les pistes empruntées par le récit peuvent alors en égarer plus d'un, dont la vivacité d'esprit se serait trop habitué à la classique narration compartimentée occidentale. Le film n'hésite ainsi pas à dériver vers un autre genre cinématographique qu'affectionne le réalisateur. Difficile d'en dire plus sans déflorer le plaisir de la découverte, si ce n'est de préciser que le peu d'acteurs, pour la plupart peu expérimentés, sur lesquelles repose le récit s'en tirent à merveille, entre personnage brisé (Lalita Panyopas), incarnation de l'innocence (Apinya Sakuljaroensuk) ou fantasme érotique (Phorntip nai).
|
| |
|
Publié
le 19/04/2008 par Steve Gallepie
|
| Verdict |
Ploy se révèle être un bijou esthétique et réflexif, retranscrivant le désir de manière organique et viscérale tout en restant vivifiant intellectuellement. |
8/10
|
|
|
|