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Critique : Désengagement |
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Juliette Binoche est confrontée à la dure réalité du conflit israélo-palestinien dans la dernière œuvre engagée d'Amos Gitai.
Curieux titre que celui de Désengagement. Surtout lorsque l'on connaît le cinéma engagé d'Amos Gitai (Kippour, Free Zone…). Le réalisateur israélien aurait-il renoncé à explorer les troubles géopolitiques de son pays ? Bien évidemment que non, l'apparition du titre coupé en deux par une séparation typographique faisant ressortir le mot « engagement » le démontre amplement. Ce désengagement dont il est question c'est celui de la Bande de Gaza en 2005, période pendant laquelle les colons juifs se sont vus expulsés de leurs habitations par les autorités palestiniennes. Evènement auquel va assister la française Ana (Juliette Binoche) partie à la recherche de sa fille abandonnée il y a 20 ans, et son demi-frère Uli (Liron Levo) chargé d'évacuer en douceur les colonies.
Deux destins croisés pour exprimer les tourments politiques d'une nation où les notions de frontière, d'héritage, de possession et d'attachement à la terre ont vite fait de voler en éclats pour laisser la place à la douleur de l'abandon. Le parallèle parabolique peut paraître tiré à gros traits, mais c'était sans compter sur l'aptitude de son auteur à trouver le point de vue adéquat, tout en proximité, de chaque parti afin d'éviter tout jugement boiteux, polémique, maintenu par ces longs plans séquences naturalistes pleins de vie (très éloignés du simple artifice stylistique) ; et il y a toujours cette volonté de briser les barrières (quelque soit leur nature) entre les peuples et les individus. Le plus bel exemple serait de citer cette rencontre déchirante entre Ana et sa fille : après un long silence en suspension, la jeune fille ne peut contenir l'émotion qui la submerge face à la découverte de la femme lui ayant donné la vie et se jette amoureusement dans ses bras, faisant abstraction de la peinture qui lui recouvre les mains (elle était en train de s'occuper d'enfants)… tout simplement désarmant.
La seule chose qui empêche Désengagement de figurer dans le peloton des meilleures œuvres d'Amos Gitai c'est ce premier tronçon (situé en France) repoussant, à la limite de l'anesthésie mentale et en total décalage avec le reste du film, y compris dans l'interprétation très gauche de Juliette Binoche, se révélant pourtant sublime dans la seconde partie (elle n'est pas l'une de nos meilleures actrices pour rien) en femme tragique en quête d'elle-même. Le cinéaste paraît vouloir furtivement se lancer dans un cinéma qui n'est pas le sien, c'est tout à son honneur d'expérimenter d'autres horizons, néanmoins peu d'artistes à l'univers marqué sont capables de s'en échapper sans perdre de leur intérêt et Amos n'est jamais meilleur que quand il fait du Gitai.
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Publié
le 11/04/2008 par Julien Munoz
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| Verdict |
La première partie désagréable de ce Désengagement ne saurait gâcher un drame intimiste parsemé de moments émotifs puissants et touchant dans lequel le savoir-faire d’Amos Gitai fait une nouvelle fois merveille. |
6/10
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