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Critique : Le Voyage perpétuel |
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Un documentaire anthropologique qui renoue avec ce qui avait fait le succès de Nanouk L'esquimau : les Inuits, la banquise, le quotidien.
En 1922, Robert Flaherty avait révolutionné le cinéma avec Nanouk L'esquimau. Premier documentaire anthropologique de l'histoire du cinéma, premier documentaire « mis en scène » où le quotidien des Inuits du grand pôle était reconstitué sans qu'il perde un soupçon de saveur exotique. 85 ans plus tard arrive sur nos écrans Le Voyage perpétuel, une remise au goût du jour du chef d'œuvre de Flaherty. Simple, efficace, poétique et innocent. Et pourtant les premières minutes du film peuvent surprendre, voire même faire douter les plus intéressés. Plutôt que les cartons du cinéma muet, c'est une narratrice qui expose le problème : montrer comment vivent les esquimaux aujourd'hui, cloîtrés sur les grandes plaines entre les pressions technologiques américaines et le communisme russe. L'image reste d'un noir et blanc indémodable et l'équipement est en triple fourrure de cerf. Ca n'étonnera personne, là-haut, il fait froid. La narratrice, issue du peuple Nenet, explique donc les fondements de cette société, leur mythologie et leur manière de voir les choses. Elle laisse ensuite ses semblables dans des situations quotidiennes, on les voit construire un traîneau, pêcher l'otarie, scier les bois d'un cerf, …
Très riches d'un point de vue informatif, ces séquences étonnent et rafraîchissent ; elles sont muettes, et lorsque les « acteurs » parlent, la production a choisi de ne pas encombrer le film avec des sous-titres. Un choix judicieux tant l'image parle d'elle-même. Par ces nombreux aspects, Le Voyage perpétuel fait échos à Nanouk L'esquimau. Néanmoins, grosso modo, 80 ans séparent les deux films ; le cinéma à très largement évolué et le film des finlandais Anastacia Lapsui et Markku Lahmuskallio utilise tout un tas de procédés mis à leur disposition pour attirer un public rebuté à l'idée de visionner un film aussi ancien. Un tas. Comme le choc des cultures est toujours aussi vif entre la société occidentale et la société nenet et que les explications de la narratrice sont un brin compliquées, de petites animations enfantines et colorées viennent se greffer au noir et blanc. Choc des civilisations, choc des visuels pour un rendu heureux : le film devient accessible à tous et révèle une nouvelle facette de ce qu'il ambitionne. A l'image du film Le Chien jaune de Mongolie qui pourrait se rapprocher d'un documentaire pour enfants, Le Voyage perpétuel est suffisamment simple et joyeux pour s'adresser aussi bien aux enfants qu'aux adultes, chacun se satisfaisant des éléments qui lui sont offerts.
Il y a aussi un étrange côté western qui se dégage du film. Les décors, la dilatation du temps, la répétition des gestes, l'efficacité des séquences débrouillardes et le noir et blanc lumineux rendu possible par la réverbération du soleil participent à cela. La référence la plus significative de cet aspect étant sans conteste Le train sifflera trois fois de Fred Zinneman. Enfin, et puisqu'on vous a gardé le meilleur pour la fin, on ne pouvait omettre la musique. Prépondérante, la bande-son « musique du monde » devient indispensable tant sa présence est nécessaire au rythme du film. Cette performance de composition n'a plus rien à voir avec la partition piano du Nanouk de Flaherty, et vaudrait à elle seule le déplacement.
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Publié
le 10/04/2008 par Florent Boucheron
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| Verdict |
Très bonne surprise, Le Voyage perpétuel nous offre une vue anthropologique tout ce qu’il y a de plus saine sur les Inuits méconnus. Finalement, 80 ans ont passés et Nanouk n’a pas vraiment changé. La manière de nous le représenter, si. |
6/10
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