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Critique : Broken flowers |
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Attendu comme le Messie, le nouveau film de Jim Jarmush sort enfin sur les écrans français.
Encore tout auréolé de sa gloire cannoise (le film avait reçu le Grand Prix du jury en mai dernier), et précédé par une rumeur plus que flatteuse, c’est avec tous les attributs d’un succès annoncé que Broken flowers débarque sur les écrans du public français. Délicate œuvre à tiroirs portée par le génie d’un Bill Murray en pleine forme, le dernier opus du génial Jim Jarmush est aussi à ce jour son ouvrage le plus accessible au grand public. Assumant pleinement son caractère de cinéaste « branché », le réalisateur reprend à son compte en les transcendant les caractéristiques les plus fondamentales du cinéma indépendant américain de ces dernières années.
En premier lieu donc, un héros semi dépressif et monolithique, incarné avec flegme par Murray, l’acteur le plus hype du moment depuis son come-back fabuleux dans le Lost in translation de Sofia Coppola. Peut-être un peu trop surdirigé par un cinéaste méticuleux, l’acteur semble, au tout début du film, un peu coincé dans son rôle déjà vu de personnage en fin de gloire. On se rappelle ainsi instantanément du comédien en fin de carrière de Lost in translation, du marin minable de La vie aquatique, etc… Mais le charisme de Murray, l’intelligence du scénario, et la finesse des situations reprennent finalement le dessus, et c’est avec un œil attendri que l’on regarde ce Don Juan en fin de course tenter de remettre de l’ordre dans sa vie. Ce qui se fera par le biais de scènes toutes plus touchantes les unes que les autres, quand elles ne sont pas tout simplement à mourir de rire. De plus, le casting est composé d’une brochette d’actrices absolument délicieuses et incroyables, au premier rang desquelles on retrouve les toujours admirables Julie Delpy et Tilda Swinton. Deux actrices fabuleuses qui méritent bien plus que le peu d’honneurs qui leur sont accordés. A noter aussi la découverte de la fraîche et charmante Alexis Dziena. Une jeune actrice pétillante et radieuse d’à peine 21 ans, dont on espère fort avoir des nouvelles d’ici peu.
Broken flowers, un film dans l’air du temps ? Certainement, l’ambition est clairement revendiquée. Mais ce film se pose avant tout comme l’avènement d’un auteur, d’un maître, dont on s’aperçoit qu’il a été l’inspiration majeure des nouvelles pointures du cinéma underground américain. Zach Braff (Garden State), Wes Anderson (La vie aquatique, La famille Tenenbaum), Alexander Payne (Sideways), ou même la surdouée de la promotion, Sofia Coppola, tous sont redevables du style Jarmush. Et cela se ressent dans leurs œuvres aussi bien à travers l’atmosphère diaphane et nostalgique, que dans le travail des bandes-sons, ou bien dans la manière ciselée d’écrire les scénarios, en recherchant un ton décalé et en peignant des portraits de personnages désabusés. Jim Jarmush est grand, on le savait depuis Stranger than Paradise et Dead Man, mais c’est Broken flowers qui en apporte la preuve.
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Publié
le 10/09/2005 par Sabine Garcia
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| Verdict |
Passant du statut d’auteur culte chef de file d’un cinéma indépendant et décalé, à celui de pointure incontournable, Jim Jarmush parvient avec Broken flowers à concilier son style inimitable avec les standards actuels. On arrive à une œuvre touchante et pleine de sensibilité, qui ne renie pas les moments d’humour. Un très beau film. |
7/10
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