Un thriller fantastique et énième remake signé par les réalisateurs de Ils. A regarder les yeux fermés.
De tous les projets proposés par le gratin des studios américains aux petits frenchies
David Moreau et
Xavier Palud, précédemment responsables du thriller
Ils (exercice de style plutôt bien foutu), ces derniers ont choisis de travailler sous le joug du duo de choc
Tom Cruise/
Paula Wagner afin de mettre en boîte le remake du film des frères Pang. Choix malencontreux s'il en est puisque le talent en construction de nos compatriotes est ici étouffé dans l'œuf.
L'idée en soi de refaire une nouvelle version de
The Eye cru 2003 n'est pas la plus saugrenue dans l'histoire actuelle de la « remakisation » intensive des derniers hits asiatiques. L'original n'étant aptès tout qu'un vulgaire mix d'éléments scénaristiques issus des derniers cartons mondiaux de l'époque (
Sixième sens,
Ring,
Independance Day) baignant dans une mise en scène puisant allégrement dans le travail des autres. Il y avait donc là une occasion d'améliorer grandement le produit de base. Encore fallait-il que ce soit l'ambition première de la production et force est de constater que non.
Le but affiché est - communément à tous les autres remakes précédents – de refaire à l'identique le même film tout en prenant soins de gommer les quelques composants trop rattachés à la culture asiatique et considérés comme trop excentrique pour le public nord américain. Pas la peine alors d'espérer de gros changements dans le récit des malheurs d'une violoniste, atteinte de cécité depuis son plus tendre âge, qui devient la victime de visions fantomatiques et cauchemardesques après qu'elle a subi une transplantation de la cornée. Mis à part un déplacement de l'action de l'est à l'ouest, une conclusion positive suintant le happy-end nauséabond et un changement de finalité vis-à-vis de la tragédie finale de l'œuvre inspiratrice (le climax n'est plus traité en tant que tel mais en tant que twist amené grossièrement par les rêves prémonitoires de l'héroïne), le reste est exactement à l'identique.
Côté réalisation cette nouvelle monture n'est guère mieux lotie. Si en leur temps, celle de
Danny Pang et
Oxide Pang trouvait sporadiquement le moyen de filer une petite frousse aux spectateurs, celle de notre paire de réalisateurs, enfin celle de
Lionsgate Films et
Cruise/Wagner Productions devrait-on dire (un reshot de 3 semaines dirigé par
Patrick Lussier (
Dracula 2001) a été effectué) ne mise que sur des soubresauts sonores pour nous faire bondir de notre fauteuil, procédé exaspérant qui ne marchera que sur les personnes les plus impressionnables. L'omniprésence du son (vu le sujet n'aurait-il pas fallut miser sur le visuel ?) en devient même antinomique : les apparitions des spectres est toujours annoncée par l'ouïe. Le scénario aurait-il omis de nous préciser que Sydney s'est fait greffer de nouveaux tympans par la même occasion ? Parcequ'on ne comprend pas très bien comment elle arrive à percevoir avec ses yeux les bruits de ces entités.
Étonnamment c'est la plus attendue au tournant qui s'en sort le mieux : et oui, l'actrice principale
Jessica Alba, au jeu ordinairement peu enthousiasmant (misant plus sur sa plastique et sa belle frimousse, qui lui va si bien d'ailleurs), démontre pour la première fois un vrai talent dramatique : la comédienne donne réellement l'impression d'être une aveugle retrouvant progressivement la vue. Maigre consolation dans ce
The Eye 2008, se posant comme l'équivalent du
Ghotika de
Matthieu Kassovitz : un pâle thriller fantastique calibré, simple commande destinée au plus grand nombre, dans laquelle nos deux exportés démontrent aux majors leurs capacités à livrer le produit désiré en temps et en heure afin de bénéficier de plus de libertés dans l'avenir. Pour leur première aventure américaine, le duo Moreau/Palud se plante totalement en livrant une péloche horrifique sans fumet, encore moins bon que l’original dont il s’inspire (c’est dire) et laissant le trouillomètre désespérément à zéro.