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Critique : Le Premier venu |
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Le nouveau film de Jacques Doillon, Le Premier venu… mais pas forcément le dernier sorti de la salle.
En amour, il y a celles qui préfèrent attendre le bon moment, trouver l'homme idéal, le prince charmant … avant de passer à l'acte charnel. Et puis il y a celles qui s'offrent tout de suite, sans compter. Et d'autres qui se lancent par dépit, par ennui, afin de donner un peu de piquant à une vie fade et cantonnée… un peu comme Camille, jeune femme de 20 ans issue d'un milieu très favorisé, qui a décidé de céder aux envies sexuelles du premier venu. Et celui-ci sera Costa, une petite frappe multirécidiviste sans avenir, ayant une petite fille qu'il n'a pas vu depuis trois ans. Dans le genre « coup d'un soir », on peut trouver mieux. Peu importe, Camille a pris sa décision et elle donnera son amour (sentimental) sans aucune retenue, malgré une première expérience physique désastreuse. S'ensuit alors une relation ambiguë entre rejet et attraction, pas vraiment du goût de Cyril, flic et ami d'enfance de Costa, tombé sous le charme de la jeune fille.
Et puis ? Et bien pas grand-chose puisque le dernier film de Jacques Doillon ne résume qu'à une banale histoire de triangle amoureux figée dans la nonchalance de dialogues interminables et trop écrits pour sonner justes. On serait tenté de dire qu'il ne se passe absolument rien dans ce drame rural aussi plat que les paysages nordiques servant de cadre, si dans sa seconde moitié le scénario ne bifurquait pas vers une sous-intrigue criminelle du pauvre, à faire passer un épisode de Julie Lescaut pour un summum de suspense, d'action et de mise en scène burinée, c'est dire. Ne faisons pas l'étonné non plus, on savait très bien que nous allions voir une œuvre naturaliste de Doillon et non pas un film de genre, mais quand on voit le côté risible de certaines situations et une conclusion propre sur soi (tout se règle pour le mieux dans le meilleur des mondes), totalement factice (le comble du naturaliste !), on se dit qu'une bifurcation vers un cinéma plus carré n'aurait pas pu faire de mal.
Tout n'est bien évidemment pas à jeter : heureusement que l'exploration des sentiments, si chère à son auteur, se montre occasionnellement d'une vérité imparable, accentuée par des comédiens au diapason. Seulement il n'empêche que ces mêmes comédiens finissent en définitive par énerver (Clémentine Beaugrand et son regard pénétrant charment un temps, ensuite elle exaspère) et l'aspect vidéo des images d'une totale laideur - certes dans le pur style brut, réaliste et sans fard du réalisateur – s'accommodent très mal d'un écran de cinéma. Le débat sur le droit de certaines œuvres, en marge du circuit commercial, à bénéficier des salles obscures pourrait être relancé. Mais à quoi bon ? Le Premier venu est le reflet d'une certaine conception du septième art en valant une autre. Pas forcement celle de l'auteur de ces lignes.
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Publié
le 04/04/2008 par Julien Munoz
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| Verdict |
Drame sentimental sclérosé et artificiel au possible, Le Premier venu ne suscite rien d’autre qu’une indifférence polie. Ni trop ennuyeux pour s’endormir ni assez intéressant pour se laisser envahir par l’émotion. Les amateurs de Jacques Doillon apprécieront peut-être. |
4/10
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