Des états d'âme, on n'en a absolument aucun et on ne va pas se gêner…
Vincent Marano était directeur de la photographie sur des téléfilms et séries françaises ; était, et il aurait dû le rester. D'inspiration communiste, Sans Etat d'Ame se veut une critique de la haute bourgeoisie française, affamée, corrompue, sordide, prête à tout, hypocrite, hargneuse, individualiste, en un mot sans état d'âme. Au moins, ça, on s'en serait douté. Par contre pour le reste, il ne faut pas s'imaginer que
Luchino Visconti ait trouvé son héritier.
Sans Etat d'Ame est clair, net et précis dès le générique d'introduction : les protagonistes seront sans état d'âme. Les lumières s'éteignent et les noms des principaux acteurs s'affichent sur fond d'aquarium :
Hélène de Fougerolles, un requin traverse l'écran,
Thierry Frémont, en voilà un autre…on va pas tous vous les faire. Donc nos acteurs sont assimilés à de féroces requins, merci pour le suspense, pour un peu on se croirait dans
Les Dents de la Mer ou
Les Seigneurs de la Mer ou non,
La Vie aquatique, c'est plus à la mode. Sarah est prostituée de luxe, Martin Delvaux, un juge d'instruction, Jeanne une journaliste et Grégoire est flic, et ce sont tous des méchants vilains – ça on a compris mais peu lui importe, Vincent Marano vous le répètera sans cesse. Bon, les présentations sont faites.
Malheureusement, ils baignent irrévocablement dans un aquarium sans fond d'où il n'y a rien à repêcher. Derrière une histoire de meurtre maquillé en suicide dans laquelle sont impliqués nos quatre larrons, le réalisateur s'emmêle trop facilement les pinceaux où plutôt s'entortille trop facilement les nageoires. Machin aime chose, puis rencontre truc bidule qui vient de planter truc chouette qui aime machin mais c'est pas possible parce que STOP. Les intrigues sont mal goupillées et les rebondissements incessants font perdre le fil(m) des kilomètres sous terre. Et aux acteurs de se dépatouiller de cette mélasse deux heures durant ; pas évident et pourtant, ils donnent un peu, c'est pas facile de se détrousser des affreux clichés que leur a collé Vincent Marano en guise d'écailles. Vite une bouchée d'air parce que les requins (pas vraiment truites, pas encore piranhas) s'essoufflent à forcer de sortir les crocs. Qu'ils en finissent avec leur proie facile.
Il y a bien quelques effets par-ci (bien kitchs quand même), quelques idées par-là (des décors lustrés, parisiens, bourgeois, pas désagréable à l'oeil) mais bien trop insignifiants pour que le tout puisse avoir d'autre prétention que de rivaliser avec un téléfilm lambda de la case du jeudi soir – A ce propos, ils n'auraient jamais dû la tuer Corinne Touzet, maintenant on va devoir faire avec Véronique Genest. C'est ça le coche ? Ok, on arrête le jeu de massacre sans état d'âme ; puisqu'il ne mène nulle part. C'est quand même 9 euros une place de ciné… Un cinéaste qui noie son film dans un courant froid. Perdu et désarmé, on espère qu’après ça quelqu’un voudra bien lui tendre une bouée.