Un voyage dans le temps, une fille nue, un drôle de bonhomme errant dans les bois… tels sont les pièces d'un puzzle pas si imprévisible que cela.
Actuellement toute puissante en terme de cinéma de genre, il arrive cependant parfois que la montagne espagnole n'accouche finalement que d'une souris. C'est le cas avec
Los Cronocrimenes, qui à l'image de
La Nuit des tournesols l'année dernière, part d'un pitch prometteur pour mieux se perdre dans la multiplication des points de vue.
Suite à la vision d'une femme à demi-nue dans la forêt adjacente à sa propriété, Héctor part à sa recherche avant de tomber sur un homme étrange à la tête enrubannée dans un bandage rose. En fuyant, il se retrouvera projeté dans le passé, un peu avant sa découverte initiale… Pour son premier long-métrage,
Nacho Vigalondo ne s'essaie pas à moins qu'au thriller temporel, genre hautement périlleux où la suspension d'incrédulité du spectateur se doit d'être entière afin d'avaler les inévitables couleuvres inhérentes même aux plus grandes réussites, tels la saga
Retour vers le futur ou le récent
Déjà Vu.
En effet, il y a toujours à un moment donné un grain de sable enrayant la machine, avec plus ou moins de conséquences. Le problème de
Los Cronocrimenes est de s'enrayer dès son exposition qui ne trouvera jamais d'explication plausible au démarrage de ce rollercoaster pirandellien. L'entreprise se révèle ainsi rapidement n'être qu'un simple exercice de style, certes relativement maitrisé et même parfois signifiant, mais définitivement vain. Ainsi, le second acte du film apparait d'une redondance extrême, tant chaque action s'avère prévisible. Seul un rebondissement complexifie faussement l'intrigue afin de livrer une dernière partie un peu plus intéressante où commence à poindre une thématique dans un univers jusque là désincarné, soit l'inéluctabilité du destin donnant alors à l'œuvre un léger ton nihiliste. Trop peu, trop tard.
A vouloir être trop malin,
Nacho Vigalondo a malheureusement grandement limité la portée de son premier long. Se focalisant sur ses qualités d'écriture, le réalisateur/scénariste, jonglant avec une certaine habileté entre les diverses temporalités, a oublié d'insuffler de la vie à son histoire où tout ne semble que mécanique scénaristique, et dont les personnages ne sont alors que les rouages. Bien loin, donc, des captivantes thématiques soulevées par ses comparses au travers d'histoires et de personnages forts dans les récents
Abandonnée ou
L'Orphelinat.
Cependant, il a l'intelligence de ne pas surcharger son récit trop manipulateur par une mise en scène ostentatoire, afin de ne pas perdre le spectateur plus qu'il ne faut. Mieux, le jeune ibérique fait même preuve d'une réelle maitrise de la gestion de l'espace, retranscrivant à merveille l'environnement où évoluent les personnages, afin de concentrer notre attention sur leurs errements temporels. Chose pas aussi aisée qu'il y parait, même s'il ne fait pas preuve d'autant de virtuosité que
Nacho Cerdà et
Juan Antonia Bayona.
Le choix de la tragédie moderne, puisque respectant l'unité de lieu, de temps et d'action, prouve également l'astuce du néo-réalisateur par sa propension à se jouer d'un budget manifestement limité, lui permettant ainsi de se contenter de quelques lieux de tournage (deux maisons et une forêt) et d'une poignée de comédiens dont lui-même. Budget qui excuse par la même l'aspect un peu désuet de cette machine à remonter le temps et de ce boogeyman Moltonel armé d'une seule paire de ciseaux. Ainsi même dans ces égarements, le cinéma espagnol reste plein de promesses. En l’état, Los Cronocrimenes n’est qu’un honnête thriller temporel pour peu que la suspension d’incrédulité fonctionne. Sinon, l’ennui, voire l’agacement, risque de se faire rapidement sentir. Nacho Vigalondo reste cependant un réalisateur à suivre.